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Allemagne

Pegida en Allemagne, «un mouvement très hétérogène»

Les partisans du mouvement anti-islam Pegida ont défilé à Dresde, le 5 janvier 2015.
Les partisans du mouvement anti-islam Pegida ont défilé à Dresde, le 5 janvier 2015. REUTERS/Fabrizio Bensch
6 mn

Ils se désignent comme Européens, patriotes contre l’islamisation de l’Occident. Il s’agit des partisans du mouvement anti-immigration allemand Pegida dont des membres ont encore défilé par milliers hier dans les rues d’Allemagne. Ces rassemblements se multiplient depuis des semaines déjà et également des contre-manifestations pour dénoncer les idées et la montée en puissance de ce mouvement. Nele Wissmann, chargée de mission au Comité d’études des relations franco-allemandes (Cerfa), répond aux questions de RFI sur le sujet.

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RFI : Qui sont ces partisans de Pegida qui défilent dans les rues d’Allemagne ?

Nele Wissmann : Étant donné que c’est un mouvement relativement récent, nous ne disposons pas encore d’études sociologiques. Ce que nous pouvons actuellement dire, c’est qu’il s’agit d’un groupe très hétérogène. C’est ça la nouveauté : un mouvement qui regroupe certes des extrémistes néonazis, d’extrême droite, mais aussi de plus en plus le voisin d’à côté, les étudiants, les retraités. Ces derniers veulent exprimer leur mécontentement avec la politique d’immigration du gouvernement allemand, et ont peur de la hausse des réfugiés en Allemagne.

En 2014, l’Allemagne a accueilli 200 000 réfugiés et ils se sentent menacés par l’islamisation. Pour résumer, c’est un mouvement très hétérogène et c’est ça le danger : le citoyen n’a plus peur de défiler avec les extrémistes, les néonazis et il n’a plus peur d’exprimer son mécontentement. Finalement, la peur de l’islamisation en Allemagne est assez ancrée au sein de la société. Environ 30 % d’Allemands disent avoir peur de cette islamisation en Allemagne.

Alors est-ce que ce mouvement a une dimension géographique ? On a vu en particulier hier cette très importante mobilisation du côté est ?

Il faut faire extrêmement attention. Certes, le mouvement a commencé à l’est, à Dresde et semble pour le moment être plus fort à l’est. Vous avez donné les chiffres : 18 000 personnes à Dresde, c’était uniquement une centaine de manifestants à Cologne, et une contre-manifestation beaucoup plus importante à Cologne. D’autres contre-manifestations à Munster et à Stuttgart, deux villes où Pegida n’a pas encore manifesté pour le moment parce qu’il y avait déjà des contre-manifestations.

Mais quand on regarde les sondages, quand on regarde les personnes qui ont peur, qui ont des ressentiments contre les réfugiés, qui ont peur de l’islamisation, les chiffres entre l’Allemagne de l’Ouest et l’Allemagne de l’Est sont pratiquement identiques avec respectivement pour l’Est 36 % et pour l’Ouest 33 %. Par contre, ce qu’on peut dire, c’est que le mouvement semble plus mobilisé à l’Est pour le moment, et ça c’est un phénomène à étudier à l’avenir, notamment parce que dans la région du Saxe où se situe Dresde, le taux d’étrangers est finalement très faible. Il y a uniquement 0,5 % de la population qui est musulmane et il y a un pourcentage bien sûr beaucoup plus élevé à Berlin ou Cologne où Pegida n’est finalement pas un mouvement aussi important que ça.

Dans ces régions et dans ces villes où l’on a vu justement hier soir des contre-manifestations là beaucoup plus importantes...

Exactement. Et cela serait beaucoup trop simpliste - finalement c’est une erreur qu’on a faite dans les années 1990 - de dire que l’Est est finalement plus xénophobe que le reste de l’Allemagne. Et ça il faut le préciser.

Est-ce que ce mouvement Pegida assez récent peut avoir des prétentions électorales ?

Bien sûr. Au vu de l’hétérogénéité de ce mouvement, une participation politique me semble pour le moment peu probable surtout parce qu’il y avait très peu de contacts avec les partis. Il faut notamment observer le rapprochement de ce mouvement avec le parti eurosceptique Alternative für Deutschland (Alternative pour l'Allemagne) qui milite un peu pour les mêmes positions que Pegida. Les organisateurs de Pegida Dresde vont les rencontrer prochainement et débuter l’assemblée du Land de Saxe. Mais selon les organisateurs, cela va se limiter à cette rencontre et on ne souhaite pas s’engager dans la politique locale et régionale.

Quant aux intentions de vote des Allemands, un sondage récent nous a révélé que 10 % de la population allemande serait prête pour voter pour un parti qui veut se battre contre l’islamisation. C’est un mouvement qui s’exprime dans la rue et ça ne veut pas dire que leurs sujets ne vont pas s’imposer dans le cadre des prochaines élections parce que les partis sont obligés de se positionner face à ce mouvement.

Une personnalité s’est d’ores et déjà positionnée : Angela Merkel les a directement visés dans son discours de début d’année.

Le gouvernement a finalement réagi relativement tard parce qu’on n’a pas tout de suite compris le risque et l’ampleur de ce mouvement. Mais maintenant, les hommes politiques ont pris position contre Pegida. Dans son message de Noël, la chancelière Merkel a demandé aux citoyens allemands de ne pas suivre ce mouvement. Pour elle, il s’agit tout simplement de la haine et elle a d’ailleurs mentionné le slogan « Wir sind das Volk », « Nous sommes le peuple » qui a été secondé par les manifestants de Pegida.

C’est un slogan qui a été utilisé lors la révolution pacifique en RDA dans les années 89. Pour elle, elle a dit aux Allemands, vous n’avez pas le droit d’utiliser ces slogans tant que vous souhaitez exclure quelqu’un à cause de sa religion ou à cause de sa couleur de peau. Elle a été félicitée pour cette prise de position par l’opposition, mais par contre critiquée par le parti eurosceptique, Alternative für Deutschland. Pour ce parti, Merkel stigmatise, elle exclut une partie de la population. 

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