Turquie

Turquie: des caricatures dans le collimateur de la justice

Dans l’après-midi de mercredi, des manifestants islamistes ont été interpellés par la police alors qu’ils voulaient protester devant les locaux du journal Cumhuriyet, à Istanbul.
Dans l’après-midi de mercredi, des manifestants islamistes ont été interpellés par la police alors qu’ils voulaient protester devant les locaux du journal Cumhuriyet, à Istanbul. AFP PHOTO/OZAN KOSE

Le quotidien d'opposition turc Cumhuriyet a publié ce mercredi, en même temps que Charlie Hebdo en France, de nombreux dessins et caricatures empruntés à l'hebdomadaire satirique, sans être inquiété. En revanche, la justice a décidé de bloquer la diffusion de reproductions de Charlie Hebdo sur la Toile.

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Avec notre correspondant à Istanbul, Jérôme Bastion

C’est une liberté de la presse et d’expression, non seulement fragile et menacée, mais aussi à géométrie variable qui se pratique en Turquie. Quatre sites internet, dont les pages détaillaient l’intégralité des caricatures de Charlie Hebdo, ont été bloqués suite à une plainte pour incitation à la haine sur des motifs religieux.

Quelques heures plus tôt pourtant, le journal Cumhuriyet avait publié une sélection - environ la moitié - des dessins de Charlie Hebdo. Ils avaient été « méticuleusement » choisis pour ne heurter aucune sensibilité religieuse, convenait son directeur. Mais la justice a censuré les sites internet car bien des dessins, écartés par Cumhuriyet, étaient trop crus.

Le mode de diffusion a sans doute également joué dans cette politique du deux poids, deux mesures. L’impact d’un quotidien tiré à 60 000 ou 70 000 exemplaires reste limité, alors qu’une publication sur internet risquait rapidement de faire un effet boule de neige.

Passée inaperçue dans les pages intérieures du journal, en noir et blanc et de la taille d’une photo d’identité, la caricature du prophète s’étalait sur ces sites en couleur et en plein écran. Nul doute que cela allait déplaire aux milieux islamistes et d’extrême droite qui avaient déjà manifesté leur mécontentement devant les bureaux de Cumhuriyet.

D'ailleurs, dans l’après-midi de mercredi, des manifestants islamistes ont été interpellés par la police alors qu’ils voulaient protester devant les locaux du journal, à Istanbul. D’autres appels à des rassemblements ont été lancés dans la soirée.

Charge du Premier ministre Davutoglu

Par ailleurs, ce jeudi 15 janvier, le Premier ministre islamo-conservateur turc a dénoncé la publication dans Charlie Hebdo d'une caricature du prophète Mahomet. « La publication de cette caricature est une grave provocation [...], la liberté de la presse ne signifie pas la liberté d'insulter », a ainsi estimé Ahmet Davutoglu.

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