Grèce

Grèce: Athènes ne veut plus négocier avec la troïka

Le président de l'Eurogroupe Jeroen Dijsselbloem et le ministre grec des Finances Yanis Varoufakis à Athènes, le 30 janvier
Le président de l'Eurogroupe Jeroen Dijsselbloem et le ministre grec des Finances Yanis Varoufakis à Athènes, le 30 janvier REUTERS/Kostas Tsironis

Les négociations sur la dette grecque sont entrées dans le vif du sujet avec la visite à Athènes du président de l'Eurogroupe. Et elles s'annoncent difficiles. C'est ce qui ressort de la rencontre entre le président de l'Eurogroupe et le gouvernement grec ce vendredi. Jeroen Dijsselbloem, le président de l'Eurogroupe, s’est entretenu avec le Premier ministre grec Alexis Tsipras, avant de rencontrer une partie du gouvernement.

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Avec notre correspondante à AthènesCharlotte Stiévenard

Jeroen Dijsselbloem a également rencontré le ministre des Finances Yanis Varoufakis pour discuter du programme d’aide apporté à la Grèce et dont l’échéance approche à grands pas. Athènes n'a pas l'intention de coopérer avec la troïka formée par l'UE, la BCE et le FMI, et ne demandera pas une extension du programme d'assistance financière, a déclaré le ministre des FInances Ianis Varoufakis.

Dès la sortie de la réunion, Joroen Dijsselbloem a été clair. « La Grèce aura le soutien des membres de la zone Euro, à une condition, à savoir selon lui qu' il est très important que la Grèce reste sur le chemin de la reprise. Elle doit donc s'impliquer dans les réformes et la mise en place d'une fiscalité viable. Prendre des décisions unilatérales ou ignorer des accords déjà existants n'ira pas dans le bon sens. »

Le président de l’Eurogroupe a expliqué que les Grecs avaient fait de nombreux sacrifices et qu’il serait dommage de ne pas en récolter les fruits aujourd’hui. Or cette solution, le gouvernement grec n’en veut pas. Le ministre des Finances Yanis Varoufakis a été clair : il ne négociera plus avec la troïka. Mais il compte quand même continuer à discuter séparément avec les différents partenaires concernés, soit la Commission européenne, la Banque centrale européenne et le Fonds monétaire international.

En jeu, le versement de la dernière tranche du plan d'aide, soit 3,6 Milliards d'Euros fin février ou la prolongation du programme. Mais pour Ianis Varoufakis, la Grèce préfererait se passer de l'aide européenne, plutôt que d'appliquer une nouvelle couche d'austérité. « Le gouvernement a été élu sur la base d'une contestation de la logique même du programme, affirme-t-il. Notre première action en tant que gouvernement ne sera donc pas de cesser toute contestation en demandant sa prolongation. »

La Grèce a jusqu’au 28 février pour appliquer les dernières mesures d’austérité demandées par la troïka en échange des 3,7 milliards d’euros de la dernière tranche d’aide. Sinon il lui faudra prolonger le mémorandum, mais avec les positions actuelles du gouvernement grec anti-austérité, cela sera difficile.

Yanis Varoufakis va donc devoir trouver des soutiens pour appliquer sa politique. Le ministre grec des Finances se rendra pour ça à Londres dimanche, puis en France lundi et en Italie mardi où il terminera sa tournée européenne. Le nouveau Premier ministre grec Alexis Tsipras doit quant à lui se rendre mardi à Rome pour rencontrer son homologue Matteo Renzi et mercredi à Paris pour s'entretenir avec le président français François Hollande.

Avec notre correspondant à Bruxelles, Grégoire Lory

La mise en garde du président de l’Eurogroupe atteste une fois de plus de la méfiance de l’Union européenne à l’égard du nouveau gouvernement grec. Depuis plusieurs jours, les responsables européens se relaient à Athènes ou à Bruxelles pour tenir le même discours. Tous se disent prêts à discuter, mais il est hors de question de renégocier la dette grecque.

Cette fermeté des Européens n’est cependant pas synonyme d’une fin de non-recevoir. Au contraire, c’est dans l’intérêt de l’Union de maintenir le dialogue pour ne pas voir Athènes agir de façon unilatérale dans ce dossier. Le président du Parlement Martin Schulz s’est ainsi rendu sur place jeudi dans un rôle d’éclaireur pour évaluer justement les dispositions du nouveau Premier ministre grec. Alexis Tsipras dit vouloir travailler avec ses partenaires européens, mais l’atmosphère s’annonce âpre.

Les 28 attendent donc les propositions de la nouvelle équipe gouvernementale en Grèce. Toutefois le ton employé par les responsables européens indique aussi les limites fixées par l’Union. Et de ce point de vue là les propos du président de l’Eurogroupe sont évidents, la marge de négociation sera mince. 

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