Grèce

Syriza en Grèce: l’Europe se décrispe

Alexis Tsipras et Matteo Renzi, le 3 février à Rome.
Alexis Tsipras et Matteo Renzi, le 3 février à Rome. REUTERS/Remo Casilli

Le Premier ministre grec Alexis Tsipras est reçu ce mercredi en France par le président François Hollande, après des rencontres à Bruxelles avec le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker et celui du Conseil, Donald Tusk. Hier, le chef de l'exécutif grec a rencontré son homologue italien Matteo Renzi à Rome. Il s'agit d'une véritable offensive diplomatique de la nouvelle équipe au pouvoir à Athènes, après des premiers jours consacrés à des mesures de politique intérieure.

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Relèvement du salaire minimum à 751 euros, réintégration de certains employés des services publics licenciés par le gouvernement précédent, rétablissement des fournitures d’électricité pour les personnes dans le besoin : le gouvernement d’Alexis Tsipras avait annoncé très vite des mesures en faveur des Grecs qui ont le plus souffert à cause de l’austérité imposée au pays.

Les réactions à ces premières mesures ont été très positives de la part des gens qui ont voté pour la formation de la gauche radicale Syriza, relève Emmanouil Athanasiou, avocat des droits de l’homme et observateur attentif de la société grecque. Mais il souligne aussi que « ceux qui n’ont pas voté pour Syriza ont eu peur lorsqu’ils on vu les premières mesures du gouvernement et surtout la façon dont les médias ont rapporté les contacts avec l’Union européenne sur le plan économique ».

L’Allemagne réagit comme une bête blessée

« Maintenant cette peur s’estompe, Syriza est toujours accusée de populisme, mais cette peur initiale d’un clash avec l’Europe est en train de disparaître », poursuit Emmanouil Athanasiou. Très vite, « toute la dynamique du gouvernement d’Alexis Tsipras s’est orientée vers l’étranger, afin de mettre sur les rails sa politique européenne concernant la dette », relève le politologue Georges Kontogiorgis. Il tient à souligner une évolution favorable à l’égard de la Grèce, non seulement en Europe mais également ailleurs dans le monde, avec le soutien du président américain Barack Obama.

« L’Allemagne apparaît de plus en plus isolée dans sa défense de l’austérité à tout prix et sur sa politique intransigeante envers la Grèce, elle réagit comme une bête blessée », enfonce le clou Georges Kontogiorgis. Certes, d’autres pays, comme l’Espagne et le Portugal, sont défavorables à un allégement important des conditions de la dette grecque, mais cela est dû à un contexte politique particulier.

Les gouvernements, de droite, de Madrid et de Lisbonne ont imposé aussi des sacrifices à leurs populations, pour redresser les comptes. Résultat, en Espagne par exemple, la formation anti-austérité Podemos pourrait obtenir prochainement une victoire comparable à celle de Syriza en Grèce. Et ce serait d'autant plus envisageable si le gouvernement grec parvenait à maintenir le budget à flots tout en brisant le carcan de l'austérité.

Sceptique sur l'évolution de l'Europe, Emmanouil Athanasiou reste confiant dans le rôle particulier de la Grèce. Pour lui, l’Europe a adopté un modèle de capitalisme sauvage et elle a arrêté de promouvoir l’école de la démocratie sur la scène mondiale. Dans ce contexte, la Grèce arrive aujourd’hui en Europe en disant « L’humain d’abord et après les chiffres ! »

Et même les chiffres peuvent changer parfois. La preuve, après avoir baissé, les bourses européennes en général et celle d'Athènes en particulier ont repris des couleurs, le spectre d'une faillite de la Grèce et de sa sortie de l'euro semble s'éloigner. Le soutien de la France et de l’Italie en faveur d’une nouvelle politique de croissance pourrait s’avérer crucial.

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