Russie

Vu de Moscou, Nemtsov est mort, mais c'est Poutine la victime

Une femme porte une pancarte représentant Poutine et une photo de Nemtsov, lors de la marche du 1er mars à Moscou.
Une femme porte une pancarte représentant Poutine et une photo de Nemtsov, lors de la marche du 1er mars à Moscou. REUTERS/Maxim Shemetov

Des dizaines de milliers de personnes se sont rassemblées dans les rues de Moscou pour rendre hommage à l'opposant russe Boris Nemstov, ancien vice-Premier ministre du pays, abattu par balle tout près du Kremlin vendredi 27 février. Il y a également eu des rassemblements à Saint-Pétersbourg et dans plusieurs autres villes de Russie. La mobilisation est réussie, mais pour autant, y a-t-il de quoi inquiéter Vladimir Poutine ou changer la donne politique en Russie ?

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Avec notre correspondante à MoscouViktoria Dorman

Il n'y avait pas eu autant de monde dans la rue depuis longtemps en Russie. Mais les manifestants ne représentent qu’une minorité de la société. L’écrasante majorité des Russes restent derrière leur président, et semblent plutôt indifférents à ce qu'il s’est passé. Comme le titrait un quotidien favorable au pouvoir ce week-end, l’assassinat de Boris Nemtsov va consolider les Russes autour de Vladimir Poutine. La propagande officielle, à la suite du président, présente ce meurtre comme une « provocation », une tentative de déstabilisation du pouvoir. Finalement, vu de Moscou, Boris Nemtsov est mort, mais la victime de toute cette histoire, c’est Poutine.

Dans l’ensemble, sur les chaînes fédérales, le ton est à la retenue. Les médias officiels ont cessé de traîner Boris Nemtsov dans la boue, sort généralement réservé à tous les opposants. Un documentaire diffamatoire consacré à l'ancien vice-Premier ministre de Boris Eltsine était programmé sur l’une des chaînes ces jours-ci, mais sa diffusion a été annulée.  Sur le plateau d’une émission très regardée, un avocat proche de l’opposition a pu s’exprimer. Il a accusé les médias russes d’avoir instauré le climat de haine qui a rendu le crime possible. Mais jamais la parole n’a été donnée aux proches de M. Nemtsov, qui blâment ouvertement le pouvoir.

Pour Marie Mendras, universitaire et spécialiste de la Russie, tout « printemps russe » est impossible pour le moment, compte tenu du climat politique et de la force de répression du régime. C'est ce qu'elle explique sur RFI.

La plupart des dirigeants qui vivent encore en Russie sont soit arrêtés soit en résidence surveillée, et un certain nombre d'opposants ont choisi l'exil

Marie Mendras

→ À la Une de la revue de presse ce lundi : jusqu'où ira Poutine ?


• Réaction

Le chef de la diplomatie française se joint au nombreuses voix qui se sont élevées pour condamner l'assassinat de Boris Nemtsov, ce lundi matin sur l'antenne de BMFTV-RMC Info. Et de réclamer une enquête indépendante sur cette brutale disparition.

Laurent Fabius, ministre français des Affaires étrangères: «C'est absolument révoltant».

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