Roumanie

Roumanie: la lutte anti-corruption atteint des sommets

Horia Georgescu, à la tête de l'Agence pour l'intégrité, est lui-même suspecté d'avoir surévalué des biens immobiliers.
Horia Georgescu, à la tête de l'Agence pour l'intégrité, est lui-même suspecté d'avoir surévalué des biens immobiliers. REUTERS/Inquam Photos/Ovidiu Micsik

En Roumanie, la campagne anti-corruption atteint des sommets. En l'espace de quelques jours seulement, le ministre des Finances, et le chef de l’une des plus importantes agences anti-corruption ont été mis en accusation pour des faits de corruption. De même que le maire d’un arrondissement de Bucarest, ainsi que pour les maires des deux grandes villes du pays. C’est le parquet anti-corruption qui mène au pas de charge toutes ses enquêtes.

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Avec notre correspondant à Bucarest.

Horia Georgescu, qui dort en prison depuis deux nuits, présidait jusqu’alors la très puissante Agence pour l’intégrité, qui examinait à la loupe l’origine de la fortune des responsables politiques. Aujourd’hui il est accusé d’avoir surévalué de 75 millions d’euros la valeur de quelques immeubles alors qu’il occupait une autre fonction publique, il y a quelques années. 

Il en va de même pour le maire des cinq arrondissements qui aurait touché des pots-de-vin de 100 millions d’euros pour des contrats d’infrastructure. Enfin, le ministre des Finances est lui aussi accusé par le parquet d’avoir touché deux millions d’euros en pot-de-vin lorsqu’il était maire d’une ville du sud du pays. Il a démissionné en début de semaine.

Un code pénal qui favorise l'effet domino

Cela faisait des mois, voire des années que la justice roumaine n’avait plus de complexes dans les dossiers de corruption. Le premier grand procès remonte à 2012, lorsque l’ancien Premier ministre Adrian Nastase a été condamné à deux ans de prison, mais ce qui se passe depuis plusieurs semaines dépasse tout ce qu’on a pu déjà voir en Roumanie. 

L’un des responsables de cette situation pourrait être le nouveau code pénal qui prévoit des réductions de peine pour les « coopérants », c'est-à-dire pour ceux qui livrent leurs complices ou revèlent leurs malversations. Pour écoper de peines moins lourdes, la plupart de ceux qui sont placés en garde à vue n’hésitent pas à tout raconter sur leurs complices, aussi tous les jours de nouvelles têtes tombent.

Certains dénoncent une « République des procureurs »

En Roumanie, des voix s'élèvent contre cette opération « mains propres » et rappellent qu'en Italie, c'est une opération semblable qui a abouti à l’arrivée au pouvoir de Silvio Berlusconi. Selon eux, le risque existe aussi en Roumanie, car toute la classe politique actuelle est en train de subir un sérieux revers de la part des juges et des procureurs. 

Il est difficile de croire que les magistrats vont s’arrêter ici. L’Union européenne a applaudi à maintes reprises les efforts anti-corruption de la Roumanie, un pays qui est devenu en quelques années l’un des champions européens de la lutte contre ce fléau. Par ailleurs, les Roumains approuvent en bloc les actions du parquet anti-corruption, qui est devenu l’institution la plus populaire dans le pays.

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