Italie

L’Italie, une simple étape sur la route des migrants

Environ 11 000 personnes sont arrivées sur les côtes italiennes en six jours. Ici, dans le port sicilien de Trapani, le 17 avril 2015.
Environ 11 000 personnes sont arrivées sur les côtes italiennes en six jours. Ici, dans le port sicilien de Trapani, le 17 avril 2015. REUTERS/Guglielmo Mangiapane

Avec l’afflux croissant de réfugiés, les drames se multiplient sur le sol italien. En six jours, environ 11 000 personnes sont arrivées. Le pays est en première ligne face aux flux de migrants qui fuient les guerres, les dictatures ou la misère. Il accueille 80 000 personnes dans ses centres d'accueil. Mais la plupart d'entre eux quittent l'Italie dès qu'ils le peuvent.

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Avec notre envoyée spéciale en Calabre,  Juliette Gheerbrant

L’Italie n’est qu’une étape sur la route des migrants. Presque tous souhaitent rejoindre d’autres pays plus au Nord. Ils y ont souvent de la famille ou des connaissances. Ceux qui le peuvent repartent donc le plus rapidement possible. Un phénomène que connaît bien Oucho Marzollo, médecin du centre de la communauté de vie chrétienne à Reggio de Calabre, tout au sud de l'Italie. Entre mai et septembre dernier, la ville a connu un afflux de réfugiés syriens débarqués en Sicile.

« En Sicile, ils étaient accompagnés par la police, relate Oucho Marzollo. Et une fois arrivés ici, un groupe de volontaires s'est constitué pour les aider et les accompagner. Les réfugiés arrivaient à 8 h du soir et à 10 heures, ils prenaient le train pour Turin ou Milan. Il y avait un passage de 100 à 200 personnes chaque soir. »

Parfois, ce sont même les familles installées au nord qui viennent les chercher. Et c’est exactement ce que reprochent certains gouvernements européens à l’Italie : ne pas contrôler sa frontière et laisser les migrants poursuivre leur route. « Fermer les frontières, je ne suis absolument pas d'accord, parce que l'accueil est une chose fondamentale, souligne Oucho Marzollo. La diversité est une richesse. Si nous étions tous les mêmes, le monde serait extrêmement ennuyeux. »

La solution est politique, poursuit-il. Les pays européens, et quelques autres aussi, doivent prendre leurs responsabilités pour aider les pays de départ à se stabiliser. Une demande partagée ces derniers jours par certains responsables politiques italiens.


• Au sud de l'Italie, des habitants pantois

A Reggio de Calabre, la présence de migrants dans la ville est assez nouvelle. Il n'y a pas si longtemps, ce sont les Calabrais eux-mêmes qui partaient gagner leur vie dans le nord de l'Europe. La ville n'a pas de centre d'accueil permanent pour les réfugiés, mais ceux qui arrivent restent parfois quelques jours avant de se diriger ailleurs. Yuri Desanti est né à Reggio. Il a 28 ans et il est chauffeur de taxi. Comme beaucoup d'Italiens du Sud, il se sent partagé face au phénomène de l'immigration.

« Ça nous frappe dans la vie de tous les jours, dit-il, parce qu'en fait ces migrants, on les voit au quotidien, on les voit aux feux rouges, devant les supermarchés, et puis ils se sont fait des camps improvisés pour la nuit. A côté du stade, il y a des cartons posés au hasard avec des couvertures pour dormir, c'est quelque chose qui nous frappe tout le temps. La pauvreté, ça ne passe pas inaperçu, et les conditions de vie inhumaines non plus.

D'un point de vue humain, ça nous fait vraiment de la peine, et d'ailleurs on les aide. Mais d'un autre point de vue, disons que ça nous fait un peu peur, on ne sait pas si c'est un bien ou un mal d'introduire les migrants dans notre culture. Mais nous sommes des êtres humains et nous les accueillons plutôt bien. Dans leur pays, il y a la guerre. Là-bas, la situation est invivable. Donc, ils ont bien raison de partir. Mais voilà, chez nous, les sentiments sont un peu contradictoires. »


• La stabilisation de la Libye, clé du problème

Des centaines de personnes sont encore arrivées vendredi sur les côtes italiennes, portant à 11 000 le nombre de migrants débarqués en seulement six jours. Tandis qu'hier soir, c'est en Grèce, dans le port du Pirée à Athènes, qu'environ 400 migrants sont arrivés.

Lors d'une conférence de presse commune à la Maison Blanche vendredi, le Premier ministre italien Matteo Renzi et le président américain Barack Obama ont estimé que la crise tragique de l'immigration clandestine en Méditerranée ne pourrait être résolue sans stabilisation de la situation en Libye.

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