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Migration / Italie

En Sicile, les cimetières sont pleins des migrants tués en mer

Un migrant subsahairen, ce 21 avril 2015, lors d'une manifestation devant le Parlement italien, à Rome.
Un migrant subsahairen, ce 21 avril 2015, lors d'une manifestation devant le Parlement italien, à Rome. REUTERS/Yara Nardi
Texte par : RFI Suivre
6 mn

Chaque jour, des bateaux chargés de migrants débarquent sur les côtes siciliennes. L'île accueille les rescapés, mais elle enterre aussi ceux qui ont péri en mer, avec le sentiment d'être abandonnée par le reste de l'Europe. Alors que le naufrage d'un chalutier le week-end dernier a fait plus de 800 morts et qu'un demi-million de migrants pourraient tenter cette année de traverser la Méditerranée, un sommet extraordinaire se tient ce jeudi 23 avril à Bruxelles.

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Avec notre envoyée spéciale en SicileJuliette Gheerbrant

Le cimetière de Catane est une ville dans la ville. On y circule en voiture entre les somptueux caveaux de la noblesse sicilienne et des bâtiments de plusieurs étages où les cercueils de familles plus modestes sont dans des cases empilées les unes au-dessus des autres. 

C’est dans la partie neuve que reposent les dépouilles de 17 migrants morts dans le naufrage du 12 mai dernier. Agata Napoli, venue se recueillir sur la tombe de son père, nous y conduit. Elles sont là, enterrées sous une large dalle de pierre de lave, ornée d’une sculpture sur laquelle sont placées les pierres tombales de marbre blanc. « On ne connaît même pas leur nom, mais il y a une poésie sur une stèle. Vous la voyez ? De l’autre côté ? » Et sur chaque pierre un vers de la poésie : « Les lendemains vont et viennent, jour des épaves sur la plage... »

« Nous sommes tous des êtres humains »

De l’autre côté, se dresse une stèle de la communauté islamique de Sicile. « Nous sommes des Siciliens, le sens de l’hospitalité c’est important. Nous n’abandonnons personne. Blanc, Noir ou de couleur, nous sommes tous des êtres humains, non ? » Le monument a été inauguré il y a quelques semaines seulement. Les cimetières d’Italie sont pleins, c’est une réalité. Il aura fallu presque un an pour faire une place aux naufragés.

« C’est terrible, cette tragédie. Terrible. La mort est absurde, dans les cales des bateaux, c’est absurde », lâche Agata, émue. Elle voudrait qu'une solution soit trouvée pour tous ces migrants. Mais elle n'y croit pas beaucoup. Face à l'horreur de la situation, elle a le sentiment, comme beaucoup de Siciliens, d'être bien seule.

« La Sicile est abandonnée à elle-même. Ça fait un moment que nos ministres essaient de faire quelque chose mais nous sommes toujours abandonnés. Même Rome ne nous aide pas, alors les autres régions d'Europe, vous pensez... »

C'est la même impression qui transparaît chez Gabriele Farina. Ce trentenaire ne se fait guère d'illusions. « Tout ça, nous les Siciliens, on n'y croit pas beaucoup. Nous sommes assez résignés. C'est l'Italie toute seule qui prend en charge tous ces réfugiés. C'est une dépense pour nous. Je ne sais pas... Enfin, j'espère qu'ils vont trouver quelque chose pour nous aider. »

La Sicile déjà touchée par le chômage

Finalement, quand on les interroge dans la rue, c'est avant tout aux 22% de chômeurs de l'île que pensent les Siciliens. Comme Rossana Nadico de Fiore, qui tient un restaurant. « Ils doivent régler cette situation sinon, à la fin, nous non plus nous ne pourrons plus vivre. Avant, les Siciliens n'acceptaient pas les petits boulots. Maintenant qu'ils voient ces gens les prendre, ils veulent tous faire la plonge. Nous sommes comme un chien qui ronge un os qu'on veut lui enlever. »

Les Siciliens font chaque jour la preuve de leur solidarité avec les migrants mais, comme le dit Agata Napoli, ils ont le sentiment d'être la « dernière roue du carosse européen ».

→ A (re)lire : A la Une: l'Europe au chevet des migrants


■ Matteo Renzi demande la refonte de Dublin II

Cela fait dix ans que l'Italie demande à ses partenaires de l'aider à gérer le flux des migrants qui arrivent sur ses côtes. Le sommet extraordinaire qui se tient aujourd'hui à Bruxelles est l'occasion pour le chef du gouvernement italien Matteo Renzi de se faire entendre, alors que la pression monte, tant du point de vue humanitaire que politique.

Avec notre correspondante en Italie, Anne Tréca

Des rescapés viennent de débarquer sur le port d'Augusta, en Sicile, le 22 avril 2015.
Des rescapés viennent de débarquer sur le port d'Augusta, en Sicile, le 22 avril 2015. AFP PHOTO / ALBERTO PIZZOLI

Matteo Renzi mettra sur la table européenne une liste de cinq décisions. D’abord, l’augmentation des ressources financières du programme Triton de surveillance en mer. Ensuite, un renfort de l’action policière contre les trafiquants. 

Il veut aussi la création de centres de rassemblement des candidats au droit d’asile dans les pays de départ : c’est l’idée d’un corridor humanitaire. Pour le chef du gouvernement italien, il faut aussi revoir le règlement de Dublin II : ne plus imposer au pays d’arrivée de gérer seul toutes les demandes d’asile mais partager le devoir d’accueil des réfugiés entre tous les pays de l’Union européenne.

Enfin, il faut stabiliser la Libye, devenue la base opérationnnelle des départs en bateaux. Il en appelle à un effort politique et diplomatique, excluant toute intervention militaire.

Cinq points compatibles avec le projet de Bruxelles. Mais ce qui inquiète le plus Matteo Renzi, c'est la dérive fréquente des accords européens, qui n'aboutissent pas toujours à des résultats concrets.

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