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Royaume-Uni / Reportage

L’immigration, enjeu majeur des législatives au Royaume-Uni

Les membres de l’association Skipchen se sont rendus à Calais pour distribuer des repas aux migrants.
Les membres de l’association Skipchen se sont rendus à Calais pour distribuer des repas aux migrants. ©Skipchen
Texte par : Mélissa Chemam
5 mn

La campagne électorale pour les législatives britanniques a été marquée par plusieurs thèmes et celui de l’immigration plus que jamais, alors que l’actualité semble rattraper les déclarations et promesses électorales des candidats. Reportage à Bristol aux côtés de l'association Skipchen qui recycle les denrées alimentaires et les distribue aux migrants.

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Skipchen s’est lancée dans un pari un peu fou. La petite association offre de l’aide alimentaire locale en Grande-Bretagne et a pris le parti d’aider aussi les migrants en partance pour le Royaume-Uni. Installé à St. Pauls à Bristol, le quartier le plus multiculturel de l’ouest du pays, le café de Skipchen ne manque pas de clients mais s’est délocalisé jusqu’à Calais.

L’initiative de recyclage alimentaire a démarré à Leeds en décembre 2013. L’équipe a ensuite rejoint Bristol en octobre 2014, car la ville « a cet esprit frondeur, à l’encontre du système politique actuel », qui leur permet de se sentir soutenus dans ce genre d’initiative, affirme Catie Jarman. Catie vient de Norfolk, elle a étudié la géographie sociale à Leeds où elle a participé à la fondation de Skipchen. Elle en est aujourd’hui la co-directrice. L’association a récemment réussi à convaincre des chaînes de supermarchés de céder leurs pertes pour qu’elle puisse les recycler. Beaucoup de supermarchés refusent le recyclage, vu comme une concurrence. Mais depuis début 2015, ce recyclage est envoyé aux migrants en attente à Calais, avec l’organisation Calais Migrants Solidarity.

En bus de Bristol à Calais

Skipchen est ainsi parvenue à obtenir 750 kilogrammes d’haricots et une tonne de céréales de Waitrose pour sa livraison à Calais. « Nous avons ainsi servi 1 200 repas par jour pendant quatre jours » le week-end passé. Les membres de l’association se sont rendus sur place pour rencontrer les migrants, dont la plupart viennent du Soudan et d’Erythrée. « Nous avons passé cinq jours dans le camp pour distribuer ces repas et aussi dans le but d’attirer l’attention sur ce qui est devenu un thème de campagne mais qui pour eux est une réalité », poursuit Catie. « Nous souhaitons que nos compatriotes s’intéressent aux problèmes liés à l’immigration, au-delà des apparences. Et le fait que la nourriture que nous mangeons au Royaume-Uni vienne de l’étranger et parfois de très loin nous rappelle que le déplacement des personnes est aussi un phénomène amplifié par la mondialisation. Ces migrants n’ont pas fui sans raison », insistent les membres de l’association. « Et nombre d’entre eux ont vécu au Royaume-Uni avant d’en être expulsés, c’est la principale raison pour laquelle ils veulent y revenir, parce qu’ils y ont des attaches : de la famille, des possibilités de travail, ainsi que des souvenirs et des expériences importantes », rappelle Catie.

Carrefour de migrations

La ville de Bristol est également un carrefour depuis plusieurs siècles, et c’est peut-être ce qui la rend particulièrement sensible au sujet. Ancien port lié à la traite d’esclaves, ouvert sur le commerce avec l’Amérique, la principale ville de l’ouest de l’Angleterre compte une large communauté afro-caribéenne, somalienne, nigériane, asiatique, etc. Regroupant également de nombreux étrangers au sein des deux campus universitaires de University of Bristol et University of West England (UWE), la ville présente aujourd’hui une image plutôt positive du melting pot britannique.

Ce qui est certain, c’est que le thème de l’immigration a dominé les dernières étapes de la campagne. En fin de semaine dernière, le leader du Parti travailliste Ed Milliband publiait une tribune dans les médias pour affirmer que seul son parti pourrait proposer une politique migratoire qui ne soit pas déstructurante pour la population, qui soit réaliste aussi, accusant le Premier ministre sortant David Cameron d’avoir formulé des promesses intenables.

Les drames de noyades à répétition ces dernières semaines dans la Méditerranée ont rendu le sujet sensible dans un pays où les enfants d’immigrés sont devenus un réservoir de voix pour les partis se disputant le prochain Parlement. « Selon les sondages, précise Madeleine Sumption, directrice de l’Observatoire des migrations de l’Université d’Oxford, la majorité des Britanniques affirment vouloir voir l’immigration diminuer mais cela est vrai depuis plus de vingt ans ; ce qui a changé récemment c’est que l’arrivée de migrants s’est accélérée et que les sondages montrent que les électeurs ne font pas plus confiance aux conservateurs pour endiguer le phénomène, alors que dans les années 1990, c’était le cas », conclut Madeleine. Cela explique aussi peut-être pourquoi le thème a été si largement disputé dans les débats de campagne

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