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Macédoine

La Macédoine au bord d’une nouvelle guerre civile?

Des blindés de la police à Kumanovo, au nord de la capitale Skopje, lors d'une opération contre «un groupe armé», le 9 mai 2015.
Des blindés de la police à Kumanovo, au nord de la capitale Skopje, lors d'une opération contre «un groupe armé», le 9 mai 2015. REUTERS/Ognen Teofilovski

Le gouvernement macédonien assure avoir défait le « groupe terroriste le plus dangereux des Balkans », mais au lendemain des violents affrontements du week-end à Kumanovo, nul ne connaît les motivations de ce mystérieux groupe. Le bilan est pourtant très lourd : huit policiers ont trouvé la mort, ainsi que quatorze « terroristes » – des Albanais, originaires de Macédoine et du Kosovo.

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De notre correspondant dans les Balkans,

Dès samedi, le gouvernement avait évoqué une infiltration venant « d’un pays voisin » – entendre le Kosovo. La ville de Kumanovo, où cohabitent Macédoniens et Albanais, se situe en effet à quelques kilomètres des frontières de ce pays, mais aussi de celles de la Serbie, en l’occurrence de la région de Presevo, où vit également une forte minorité albanaise. La police serbe a d’ailleurs envoyé des renforts dans cette région, où les tensions sont très vives.

Néanmoins, aucune revendication n’a jamais été émise, et tous les partis albanais ont vivement condamné les opérations militaires du week-end, appelant la population albanaise à ne pas tomber dans le jeu de la « provocation ». Même le général Nikolovski, ancien chef d’état-major de l’armée macédonienne, qui avait dirigé les opérations militaires contre la guérilla albanaise en 2001, a reconnu que les Albanais n’avaient aujourd’hui « aucun intérêt à déstabiliser la région ».

Une crise politique inédite

Petit pays de 2,1 millions d’habitants, la Macédoine est plongée dans une crise politique inédite. Depuis janvier, Zoran Zaev, le chef de l’opposition sociale-démocrate, rend publics d’étonnants enregistrements qui révèlent comment le Premier ministre Gruevski et ses proches, notamment le tout-puissant chef des services secrets Nikola Mijalkov, contrôlent la justice et les médias, dirigent la corruption et gèrent le pays en marge des institutions légales. Nul ne sait comment l’opposition a réussi à se procurer ces enregistrements accablants, et le gouvernement dénonce un « complot de l’étranger » aux contours imprécis – de plus en plus désavouées par ses partenaires occidentaux, les autorités de Skopje se sont d’ailleurs beaucoup rapprochées de Moscou ces derniers mois.

Lundi dernier, les dernières révélations ont montré comment les plus hautes autorités de l’Etat avaient essayé de masquer les responsabilités de la police dans le meurtre d’un étudiant macédonien, en 2011. Aussitôt, les parents de la jeune victime ont appelé à une manifestation, violemment réprimée par la police, qui a réuni des milliers de personnes dans le centre de Skopje. Depuis, les rassemblements se poursuivent chaque jour à 18h, et, dimanche prochain, l’opposition appelle à un grand meeting.

Dans ce contexte tendu, les incidents se multiplient. Dans la nuit du 20 au 21 avril, un poste de police a été attaqué par 40 « hommes armés », qui ont pris la fuite au bout de quelques heures. Aucune revendication n’a été transmise, l’identité de ces assaillants jamais éclaircie et la réalité même de l’opération demeure incertaine. Beaucoup de Macédoniens sont convaincus que le gouvernement a mis en scène cette pseudo-attaque terroriste pour essayer de détourner l’attention de l’opinion publique. L’affaire de Kumanovo relève-t-elle d’un scénario du même type qui aurait dérapé ?

Des risques énormes

Jouer ainsi avec le feu présente des risques énormes. En 2001, la Macédoine avait déjà failli éclater. Six mois de conflit armé provoqué par l’apparition d’une guérilla albanaise s’étaient soldés par la signature des accords de paix d’Ohrid, qui prévoyaient des droits accrus pour la minorité. Bien peu de choses ont changé, même si un parti albanais est associé au pouvoir macédonien. En réalité, il s’agit d’un simple deal mafieux entre le VMRO-DPMNE de Nikola Gruevski et l’Union démocratique pour l’intégration (BDI), de l’ancien chef de la guérilla Ali Ahmeti, les deux formations s’entendant pour se partager les prébendes de l’État – des représentations diplomatiques jusqu’aux postes de fonctionnaires et même aux contrôles des péages d’autoroute.

Alors que la Macédoine a le statut de pays candidat à l’intégration européenne depuis 2005, les officiels de l’UE se sont trop longtemps contentés de cette illusion de coopération intercommunautaire, faisant croire à la « stabilité » de la Macédoine. En réalité, depuis les accords d’Ohrid, les deux principales communautés nationales du pays n’ont jamais cessé de s’éloigner toujours plus l’une de l’autre. Les villages sont monoethniques, les quartiers des villes de plus en plus ségrégués et Albanais et Macédoniens ont de moins en moins d’occasions de se rencontrer.

La menace du radicalisme islamique

Dans le même temps, le VMRO-DPMNE a connu une dérive autocratique sans cesse plus évidente, contrôlant les médias, la justice et l’ensemble de la vie sociale et économique. Même dans les petites entreprises privées, il est « recommandé » d’embaucher des militants du parti pour éviter les contrôles fiscaux. Les appels à l’aide de la société civile, étouffée par le pouvoir, qui la taxe de « cinquième colonne de l’étranger », n’ont jamais été entendus par la communauté internationale.

Dernier facteur d’inquiétude, le radicalisme islamique a solidement pris pied dans le pays : ballotée entre les deux partis albanais rivaux – le BDI et ses adversaires du Parti démocratique des Albanais (PDSh) –, la Communauté islamique a perdu le contrôle d’un bon tiers des mosquées du pays où officient des prédicateurs radicaux. Beaucoup de jeunes musulmans de Macédoine – Albanais, Turcs ou Macédoniens musulmans – sont partis se battre au Proche-Orient. Dans le baril de poudre macédonien, où s’accumulent les frustrations, la moindre provocation revient donc à jouer avec des allumettes.

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