MAcédoine

La route des Balkans, passage des migrants pour rejoindre l'Europe

Migrants syriens au port du Pirée, en Grèce le 14 juin 2015.
Migrants syriens au port du Pirée, en Grèce le 14 juin 2015. REUTERS/Yannis Behrakis

Pour gagner l’Europe occidentale, de plus en en plus de migrants choisissent d’emprunter la route des Balkans, plus longue et plus difficile mais peut-être moins dangereuse que la route de la Méditerranée. Entre le 1er janvier et le 1er juin 2015, près de 50 000 personnes ont traversé la Macédoine, et la vague ne cesse de grossir.

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On estime que 2 à 3000 migrants pénètrent chaque jour en Macédoine depuis la Grèce. Ils viennent principalement de Syrie, mais aussi d’Irak, d’Afghanistan ou de Somalie. Ils franchissent la frontière gréco-macédonienne près de la ville de Gevgelia, et cherchent à gagner la frontière serbe, 250 kilomètres plus au nord. La police ne tente plus de les arrêter mais la loi leur interdit d’utiliser les transports en commun. Les plus fortunés prennent des taxis collectifs, qui peuvent exiger jusqu’à 1 500 euros par personne, les autres marchent à pied. Ils parviennent à traverser le pays en une dizaine de jours, en suivant la voie ferrée ou l’autoroute qui remontent vers le nord.

A pied mais aussi...en vélo

Depuis deux semaines, toutefois, un nouveau mode de transport a fait son apparition : des malins vendent des vélos pour 150 euros à l’entrée dans le pays, que les migrants peuvent céder pour une vingtaine d’euros avant de passer en Serbie. Du coup, ce sont des dizaines de groupes de cyclistes qui pédalent chaque jour sur l’autoroute, sous une chaleur accablante, le thermomètre frôlant la barre des 35° dès 9 heures du matin. Il y a majoritairement des jeunes hommes, mais aussi des familles entières, des femmes, des enfants. Certains zigzaguent et chutent, en état de déshydratation, mais les plus éprouvés sont les marcheurs, qui s’effondrent dès qu’ils trouvent un peu d’ombre. Les autorités ne font rien, ni pour endiguer le flux, ni pour aider les migrants, les faibles capacités d’accueil du pays sont totalement submergées.

Solidarité des Macédoniens

Depuis quelques semaines, un mouvement de solidarité ne cesse de croître dans le pays, pourtant très pauvre et affecté par une longue et profonde crise politique. Il n’est pas rare de voir des voitures s’arrêter sur l’autoroute pour donner de l’eau aux cyclistes. Aucune ONG n’est encore présente sur le terrain, mais des initiatives individuelles se fédèrent, pour créer un système de points relais tout au long de la route. Des Macédoniens de confession orthodoxe et musulmane collaborent pour venir en aide aux migrants. A Veles, dans le centre de la Macédoine, une femme qui vit au bord de la voie ferrée a ainsi transformé sa maison en une véritable entrepôt, où les migrants peuvent trouver de l’eau, de la nourriture, des chaussures ou encore soigner leurs plaies.

L’opposition, qui campe depuis le 17 mai dans le centre de Skopje en exigeant la démission du Premier ministre Gruevski, a aussi appelé les citoyens à faire preuve de solidarité. Malgré cela, la Macédoine conserve une mauvaise image auprès des migrants, qui redoutent d’être attaqués par des gangs criminels qui les séquestrent et les rackettent. La semaine dernière, la police a investi Vaksince, un village majoritairement albanais situé près de la frontière serbe où des centaines de migrants étaient détenus. 128 d’entre eux ont été conduits au centre de rétention de Skopje, mais le chef du réseau, un Afghan surnommé Ali Baba, court toujours.

La route des migrants se poursuit vers la Serbie

En effet, ils franchissent chaque soir la frontière, par grands groupes de 300 ou 400 personnes. Ils doivent ensuite se présenter au poste de police de la ville de Presevo, où ils reçoivent un document leur permettant de séjourner 72 heures en Serbie. Ils peuvent prendre le train ou le bus pour Belgrade, puis gagnent la frontière hongroise qu’ils essaient de franchir illégalement, mais que Budapest menace de fermer. L’Union européenne, destination finale des migrants, est étrangement absente, et se contente d’appeler les pays des Balkans à mieux contrôler leurs frontières, une réponse qui semble totalement inadaptée face à l’ampleur de la crise.

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