Migrations

La solidarité européenne vis-à-vis des migrants discutée à Bruxelles

Des tombes symboliques pour évoquer la tragédie des migrants, devant le Bundestag, le 21 juin 2015.
Des tombes symboliques pour évoquer la tragédie des migrants, devant le Bundestag, le 21 juin 2015. REUTERS/Stringer
Texte par : Béatrice Leveillé
6 mn

Les ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne se réunissent ce lundi 22 juin à Bruxelles pour, disent-ils, « trouver des solutions aux pressions migratoires », c'est-à-dire à l’afflux de migrants sur les côtes italiennes. Lors d'une réunion au Luxembourg, une mission navale de lutte contre le trafic de migrants en Méditerranée a été lancée. Elle sera limitée dans un premier temps à une surveillance accrue des réseaux de passeurs.

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Les ministres des Affaires étrangères de l’Union européennes doivent trouver un consensus à Bruxelles ce lundi 22 juin pour accueillir les migrants, ceux qui sont considérés comme des réfugiés. Ils doivent également prévenir le flux de migrants en Méditerranée en ciblant les réseaux criminels.

Sylvie Guillaume, eurodéputée socialiste, vice-présidente du Parlement européen et spécialiste des questions de migrations, explique qu'il y a « une très grosse attente sur cette réunion, parce que c’est le deuxième étage de la fusée après l’annonce faite par la Commission sur ce plan d’action transversale sur les migrations. Je crois que sur les constats, tout le monde va pouvoir s’accorder. Le problème, c’est de mettre tout le monde d’accord sur la solidarité en action. C’est l’enjeu majeur de cette réunion. »

Solidarité et responsabilité des Vingt-Huit

Cette solidarité entre pays du nord de l’Europe et pays du sud de l’Europe, notamment l’Italie qui doit faire face aux flux de migrants, ne s’est pas encore exprimée. La Commission européenne soutenue par le Parlement propose une clé de répartition basée sur la situation économique et les capacités d’accueil des pays membres. « On ne parle pas de la totalité des migrants en Méditerranée, on parle des refugiés, des gens qui ont besoin d’une protection internationale », rappelle Mme Guillaume.

« Donc, la réflexion de la Commission, c’est de dire : avec la clé de répartition, on va faire en sorte que tout le monde participe à l’effort pour accueillir des gens qui fuient des pays en guerre. Ce sont des familles, des bébés, des personnes âgées, des gens qui fuient des tueries qui ont besoin d’une protection internationale. Donc qu’est-ce qu’on fait pour partager entre 28 Etats membres cette responsabilité ? C’est ça qui est en jeu », souligne Sylvie Guillaume.

Intervention militaire contre les trafiquants

Autre sujet qui sera débattu au cours de la réunion, une éventuelle intervention militaire pour cibler les trafiquants. Elle a été annoncée par le Conseil le 18 mai dernier, mais cette opération militaire n’a pas encore été mise en œuvre et Jean-François Dubost, responsable du Programme personnes déracinées à Amnesty International, doute de sa faisabilité et de son efficacité. « Il appartient aux Etats membres de l’Union européenne, et c’est une obligation qui s’impose à tous les Etats au nom du droit international, de lutter contre le trafic de migrants », rappelle-t-il préalablement.

« Maintenant, sur le principe d’une intervention militaire, nous sommes assez dubitatifs sur l’efficacité qu’elle pourrait avoir, car les trafiquants sont assez flexibles et se redéploient assez facilement au gré des évènements. Mais il semble qu’il y ait de toutes façons un blocage du côté du Conseil de sécurité, qui doit donner son aval quant à la possibilité réelle d’intervenir militairement dans les eaux territoriales libyennes. »

Un trafic juteux

En attendant, des organisations criminelles continuent à racketter les migrants. « Ils font des millions d’euros avec ces gens qui paient parfois 10 à 12 000 euros pour tenter de traverser la Méditerranée sans garantie qu’ils y parviennent. Il y a donc un signal à donner vis-à-vis de ces passeurs qui ont des sortes d’agences dans les ports. Je suis assez circonspecte sur la façon de détruire cette économie-là. »

Et d'énumérer les pistes : « Il y a peut-être un autre fil à tirer, celui des flux financiers. On peut pister les flux qui se font de façon quasiment ouverte ; on peut utiliser la traque financière », explique Sylvie Guillaume. La meilleure solution pour les organisations des droits de l’homme comme Human Right Watch ou Amnesty international : distribuer des visas de façon plus souple pour permettre aux réfugiés de ne pas utiliser des moyens illégaux et dangereux pour rejoindre l’Europe.


Trouver des pistes pour faire face à la pression migratoire ? Pour les organisations de défense des droits de l'homme, la solution est d'augmenter de manière significative le nombre de réfugiés sur le territoire de l'Union européenne. Jean François Dubost, d'Amnesty International :

« On estime qu'il y a environ 380 000 Syriens qui sont en attente d'être réinstallés depuis les pays voisins de la Syrie dans le monde. L'Union européenne n'a pas vocation à prendre les 380 000, mais pourrait prendre sa part. Elle ne le fait pas ; on est à peine à 60 000 personnes vulnérables installées sur son territoire. On peut développer aussi des possibilités de délivrer des visas de façon plus souple, plus adaptée, pour permettre justement aux personnes qui ont besoin de fuir et de se mettre à l'abri de ne pas être obligées de prendre des voies irrégulières.

On peut aussi décider, c'est dans nos recommandations, qu'à la frontière, on ne se comporte plus de façon répressive, mais d'abord de façon humaine et respectueuse de la dignité des personnes ; que l'on n'emploie pas des moyens comme des barbelés, des lames de rasoir, ou des tirs en balles de caoutchouc, comme ça a pu être le cas en Espagne, ou tout autre dispositif vraiment répressif, qui donne l'impression qu'on est face à une menace, alors qu'on est d'abord et avant tout face à des personnes humaines. »

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