Grèce

Comment la crise grecque est-elle perçue à Moscou?

Alexis Tsipras et Vladimir Poutine, au Kremlin, le 8 avril 2015.
Alexis Tsipras et Vladimir Poutine, au Kremlin, le 8 avril 2015. REUTERS/Alexander Zemlianichenko
Texte par : Muriel Pomponne
4 mn

En Russie comme ailleurs, on suit ce qu'il se passe en Grèce. Les médias titrent sur les négociations. Il faut dire qu'Alexis Tsipras s’est rendu deux fois en Russie, en avril et plus récemment en juin. Certes, il existe des liens culturels et historiques entre la Grèce et la Russie. Et dans son bras de fer avec Bruxelles et le FMI, Alexis Tsipras n'a pas hésité à mettre en avant cette relation.

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La Grèce fait la Une des titres de la presse russe, mais également des journaux télévisés ou de la radio. Mardi 30 juin, dans un journal, un gestionnaire de capitaux expliquait que les institutions financières internationales ne pouvaient pas se permettre de céder à la Grèce, car sinon, le prochain pays susceptible d'organiser un référendum, et de refuser de payer ses dettes, serait l’Ukraine ! Plus concrètement, que faire quand on a un compte en banque en euros ? C'est le cas des Russes qui ont quelque peu les moyens. A court terme, il faut s’attendre à une hausse du dollar et à une baisse de l’euro et du rouble. Mais à long terme, l’euro pourrait remonter. Bref, les conseils des banquiers ne sont pas très clairs !

Les Grecs n'ont rien demandé aux Russes

Alexis Tsipras s’est rendu deux fois en Russie, en avril et plus récemment en juin. Est-ce à dire que la Grèce compte sur l’aide de la Russie ? La question a encore été posée mardi 30 juin au porte-parole du Kremlin, qui a répondu que cela n’était pas à l’ordre du jour. A vrai dire, il n’a jamais été question que la Russie apporte une aide financière à la Grèce. « C’est un problème entre la Grèce et ses créanciers », dit-on au Kremlin. D’ailleurs, les Grecs n’ont rien demandé aux Russes, et les Russes n’ont rien proposé. Ce n’est pas leur rôle et ils n’en ont pas les moyens.

En fait, ce que les Russes ont proposé, c’est d’investir en Grèce, dans les infrastructures, dans l’énergie, dans les installations portuaires et le transport maritime. Mais les Russes ont voulu imposer leurs conditions : on investit et on gère. Les Grecs ont refusé. Ils veulent rester maîtres chez eux. Alors, quand Alexis Tsipras est revenu en Russie à la mi-juin, un seul accord a été signé, sur la construction du gazoduc Turkish Stream. C’est tout.

Tsipras-Poutine : le duo de choc

Il existe des liens culturels et historiques entre la Grèce et la Russie. Les deux pays sont orthodoxes, ils ont souvent été alliés de fait, car tous deux sont des adversaires de la Turquie. Dans son bras de fer avec Bruxelles et le FMI, Alexis Tsipras a mis en avant cette relation et a insité sur la nécessité d’un monde multipolaire, exactement la même réthorique que les Russes. Vladimir Poutine a donc trouvé un allié objectif, qui pouvait lui servir à diviser l’Europe. Aujourd’hui, un analyste russe écrit que - ironie du sort - l’Europe et la Grèce sont pour une fois en difficulté sans l’intervention de Moscou. En fait, les journalistes et analystes russes ne sont pas tendres avec les dirigeants grecs, qu’ils trouvent très amateurs. Quant à la diplomatie russe, elle semble regarder et compter les points.

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