Défense

(No) Boots on the ground?

Un soldat américain lors d'un entraînement en Corée du Sud, en mars 2015.
Un soldat américain lors d'un entraînement en Corée du Sud, en mars 2015. REUTERS/Kim Hong-Ji

Faire ou ne pas faire intervenir les forces terrestres dans une zone de conflit. La question trouve toute son acuité particulièrement après les interventions de ce début de millénaire en Irak et en Afghanistan, dont les résultats se sont avérés pour le moins mitigés. Ce qui rend la prise de risque aujourd’hui particulièrement questionnable.

Publicité

Syrie, Irak, Yémen, Mali… La « no boots doctrine » fait débat. Les démocraties sont devenues réticentes à envoyer des forces terrestres. Traditionnellement à l’aise dans les grandes guerres - mais il n’y a plus de grande guerre - les pays occidentaux évoluent plus difficilement dans les guerres asymétriques d’aujourd’hui. Et pour ne parler que des Etats-Unis, il est intéressant de noter que leurs actuelles interrogations trouvent peut-être leur source dans la réponse militaire américaine au 11 septembre 2001, qui a finalement contribué à affaiblir leur légitimité à user de la force au Yémen, au Pakistan, en Irak ou ailleurs.

Le président Obama a retenu la leçon la plus importante de ces dernières années : toujours chercher à minimiser la présence des troupes américaines à l’étranger. L’envoi de troupes est devenu un tabou pour Obama. Un revirement est-il possible ? La question de la visibilité ou plutôt de l’invisibilité est ici essentielle. Le « leading from behind » (diriger depuis l’arrière) ou le « light foot print » (l’empreinte légère) sont devenus l’alternative.

Paris compte en revanche parmi les puissances militaires les plus interventionnistes de la planète. Son outil militaire a été amplement sollicité ces cinq dernières années : Côte d’Ivoire, Libye, Mali… La France réputée être un allié difficile aux yeux des Américains a gagné en respectabilité tout en restant dans une dépendance forte vis-à-vis des soutiens logistiques de Washington. A l’heure où l’on annonce une réduction du format des armées françaises, le fossé se creuse entre l’ampleur de l’ambition militaire affichée et la difficulté de déployer les moyens financiers et humains.

« Guerres de l’ombre »

Epuisée par le double engagement afghan et irakien des années 2000, la Grande-Bretagne pour sa part, marque le pas, tandis que l’Allemagne hésite à raisonner en terme de puissance. Vers un nouveau cycle stratégique ? La réduction de format des armées de terre européennes laisse entrevoir une Europe moins apte à s’engager demain. Moindre aptitude de l’Europe à résoudre les conflits futurs ou à les limiter ? Baisse d’influence ?

Quoi qu’il en soit, les Américains ont de plus en plus besoin de leurs alliés afin de privilégier leur nouvelle posture du « leading from behind ». Une posture dans laquelle la technologie joue un rôle vital (drones, robots). Le modèle américain de « guerres de l’ombre » ou de « guerres par procuration » est-il la voie adéquate ? Peut-on pour autant conclure à l’obsolescence des forces terrestres ? Les analystes sont unanimes à estimer que sur le plan opérationnel la seule supériorité des feux n’a jamais permis de vaincre un adversaire résolu. Au-delà, sur un plan politique, un siège au Conseil de sécurité de l’ONU reste et demeure tributaire de la capacité des pays à engager des forces terrestres dans les opérations de cette organisation.

Pour en savoir plus : (Ré) écoutez notre émission Géopolitique, le débat : (No) Boots on the ground ?

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail