Allemagne

Grèce: feu vert du Bundestag pour l'ouverture des négociations

Angela Merkel et Wolfgang Shäuble au Bundestag de Berlin, le 17 juillet.
Angela Merkel et Wolfgang Shäuble au Bundestag de Berlin, le 17 juillet. AFP PHOTO / JOHN MACDOUGALL
Texte par : RFI Suivre
8 mn

A son tour, le Parlement allemand a donné son aval à l'ouverture de négociations en vue d'un troisième plan d'aide financière en faveur d'Athènes (plus de 80 milliards d'euros). Par 439 voix contre 119, le Bundestag a répondu favorablement à l'accord trouvé au sein de l'Eurogroupe lundi. Quarante députés se sont abstenus. Les députés ont longuement débattu avant le vote. L’opposition n'a pas mâché ses mots pour critiquer la manière dont le gouvernement avait négocié. Le Parlement autrichien a également donné son accord ce vendredi à Vienne.

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C'est un double feu vert, obtenu ce vendredi dans la valse des votes nationaux autour de la crise de la dette grecque. Après le vote du Parlement d'Athènes, puis ceux des assemblées française et finlandaise, et avant que les élus estoniens, lettons, slovaques et espagnols ne s'expriment à leur tour dans les jours à venir, le Bundestag allemand et le Parlement autrichien ont voté « oui » à l'ouverture de négociations en vue d'un troisième plan d'aide à la Grèce contre la promesse de réformes. Deux obstacles, dont peut-être le dernier d'envergure, viennent ainsi d'être levés pour voir arriver de l'argent frais à Athènes.

Concernant l'Autriche spécifiquement, le Parlement réuni en session plénière extraordinaire a donné mandat au gouvernement fédéral pour négocier à la majorité simple de la grande coalition au pouvoir, entre le Parti social-démocrate (SPÖ) et le Parti chrétien-démocrate (ÖVP), mais sans les voix des libéraux et des formations d'extrême droite et écologiste. Cela étant dit, c'est bien le vote en Allemagne, principal contributeur du Mécanisme européen de stabilité (MES) jouissant d'un droit de veto au même titre que l'Italie et la France, dont on savait déjà qu'elles ne feraient pas obstacle, qui était attendu ce vendredi.

« Le côté dramatique des derniers jours en Europe est pratiquement sans précédent. » Dans un discours plus vibrant qu’à l’accoutumée, Angela Merkel n’avait pas cherché à dissimuler la complexité de la situation, avant le vote des députés, qui s'est finalement révélé favorable à l'ouverture de négociations pour aider de nouveau la Grèce. La chancelière allemande avait appelé le Parlement a lui donner un mandat pour entamer ces négociations, elle l'a eu, par 439 voix pour et 119 contre.

« L’accord de lundi est dur pour les Grecs, mais aussi pour les autres, a rappelé Angela Merkel dans son discours avant le vote. Je sais que beaucoup d’entre vous ont des doutes et des inquiétudes, mais nous agirions de façon irresponsable si nous n’essayions pas d’emprunter cette voie. Car l’option alternative serait le chaos assuré. »

Les mots durs de l'opposition

Wolfgang Schäuble, ministre allemand des Finances, auquel Angela Merkel a rendu hommage avant que les députés conservateurs ne l'applaudissent longuement, a parlé ce vendredi à Berlin d’une « dernière chance » pour sortir de la crise grecque sans que cette dernière ne sorte de l'euro.

Mais l’opposition, elle, a eu des mots durs pour critiquer la façon dont le gouvernement allemand avait négocié. « Vous êtes en train de détruire l’idée européenne », a lancé le président du groupe parlementaire du parti de gauche Die Linke Gregor Gysi, évoquant les dommages subis pour l’image de l’Allemagne avec l’hypothèse d’une sortie de la Grèce de la zone euro, mise en avant à plusieurs reprises par Wolfgang Schäuble.

« Il ne doit pas y avoir une Europe où le plus fort s’oppose au plus faible, mais une coexistence d’égal à égal », a déclaré la présidente du groupe parlementaire Di Grünen (Les Verts), tandis que le vice-chancelier social-démocrate, Sigmar Gabriel - très critiqué pour son positionnement proche des conservateurs dans la crise grecque -, a préféré saluer le rôle du tandem franco-allemand dans l'aboutissement d'un accord à l'Eurogroupe :

« C'est bien que la France et l'Allemagne aient ensemble pris la direction » des tractations entre la Grèce et ses 18 partenaires de l'Eurogroupe. Et d'ajouter qu'il est « bon pour l'Allemagne » que la France ait « de nouveau joué un rôle moteur en Europe », expliquant que « l'impression, justifiée ou non, que l'Allemagne dirige seule l'Europe n'est pas bonne pour l'Europe mais également pas bonne pour nous, Allemands. »

Est-ce que l’accord de lundi dernier présente plus d’avantages que d’inconvénients? Oui, j’en suis absolument convaincue. D’abord, les principes qui ont marqué la crise de la dette ces dernières années sont respectés dans cet accord, à savoir la solidarité contre des engagements de réformes de ceux qui en bénéficient. Deuxièmement l’alternative n’aurait pas été une sortie temporaire en bon ordre de la Grèce de la zone euro, qu’Athènes et tous ses partenaires auraient acceptée, mais le chaos. Je sais que beaucoup sont inquiets et sceptiques, et se demandent si ce choix est le bon. Mais je suis convaincue que nous agirions de façon irresponsable si, à tout le moins, nous n’essayions pas de mettre ces solutions en œuvre. Nous le faisons pour les Grecs mais aussi pour nos concitoyens.

Angela Merkel, avant le vote du Bundestag sur la Grèce


■ Toujours plus de soutiens pour alléger le fardeau grec

« La nécessité d'un allègement de la dette de la Grèce est indiscutable », avait déclaré jeudi l’Italien Mario Draghi, dévoilant ainsi la position de la Banque centrale européenne dont il est le président, sur cette question sensible. C'est aussi la position du Fonds monétaire international. Sa directrice générale, la française Christine Lagarde, l'a réaffirmé ce vendredi matin au moment d'évoquer la participation future du FMI au redressement de la Grèce :

« Pour qu’on participe, il faut qu’il y ait d’une part un programme complet (qui) repose sur deux jambes. La première (…), c’est celle qui consiste à réformer en profondeur l’économie pour la libérer, pour lui donner une capacité croissance. Cela consiste à tenir une ligne budgétaire qui soit saine et qui donne une solidité au pays sans être excessive. La deuxième jambe, c’est la jambe des prêteurs. Et c’est celle qui consiste d’une part à fournir du financement et d’autre part à restructurer la dette pour en alléger le fardeau. Pour le FMI, ça constitue un tout pour que le succès soit au rendez-vous. »

Pour Christopher Dembik, économiste responsable de la macro-économie à Saxo Banque, ces prises de position sont un bon signal. « Toute personne sensée pourra vite considérer que le niveau de la dette grecque n’est pas soutenable. Le fait que la BCE considère justement qu’il y a la nécessité d’avoir une renégociation de la dette grecque, un rééchelonnement ou éventuellement tout simplement une restructuration, est un signal extrêmement positif. Il y a le FMI, il y a la BCE, mais il y a aussi de nombreuses économistes, de nombreux politiques en Europe qui considèrent qu’il faudra renégocier le niveau de la dette grecque », assure-t-il.

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