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Turquie

Turquie: une lutte anti-terroriste très politique

Les obsèques de Gunay Ozarslan dans le quartier Gazi à Istanbul ont été perturbées par des rassemblements et ripostes de la police. Militante d’extrême-gauche, la jeune femme a été tuée lors d’un raid des forces de l'ordre la semaine passée.
Les obsèques de Gunay Ozarslan dans le quartier Gazi à Istanbul ont été perturbées par des rassemblements et ripostes de la police. Militante d’extrême-gauche, la jeune femme a été tuée lors d’un raid des forces de l'ordre la semaine passée. REUTERS/Umit Bektas
Texte par : RFI Suivre
4 mn

Frappes aériennes et rafles policières continuent en Turquie, contre les islamistes mais aussi et surtout contre les Kurdes. La police a déjà procédé en quatre jours à quelque 1050 interpellations, selon un bilan lundi 27 juillet. Et elles se poursuivaient ce mardi 28. La lutte anti-terroriste glisse peu à peu sur le terrain politique et le Premier ministre Davutoglu interviewé sur CNN lundi 27 juillet a défendu la stratégie de son pays face au terrorisme.

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Avec notre correspondant à Istanbul, Jérôme Bastion

« Les procureurs de la République doivent faire leur travail » : c'est au leader du parti ultranationaliste MHP, Devlet Bahçeli, qu’est revenu il y a deux jours le rôle de dire tout haut ce que beaucoup pensent tout bas, lançant ainsi la campagne de sensibilisation qui pourrait mener à une requête en interdiction du Parti démocratique des Peuples, le HDP pro-kurde.

Çà et là des élus, voire des ministres de l’AKP reprennent eux aussi l’équation HDP = PKK, selon le principe qu’un Kurde reste un Kurde, et que tout Kurde est forcément terroriste, de près ou de loin.

Le Président de la République appelle ce mardi le Parlement à lever l'immunité des députés « liés au terrorisme ». Dans le même temps, le bureau du procureur de la Cour de Cassation ouvre une enquête pour « activités et déclarations en lien avec le terrorisme » à l'encontre du HDP.

Un AKP en manque de majorité

Ahmet Davutoglu sur CNN le 27 juillet 2015.
Ahmet Davutoglu sur CNN le 27 juillet 2015. Capture écran CNN

Les arrestations, ces derniers jours, de nombreux cadres du HDP participent d’ailleurs, bien avant la moindre décision de justice, à entretenir cette confusion.

Le Premier ministre Davutoglu rappelle qu’il est opposé, par principe, à la pratique de la fermeture des partis politiques à laquelle son propre parti, l’AKP, avait échappé de peu il y a quelques années. Mais, car il y a un «mais», si un parti appelle à la violence, il y a une base juridique pour son interdiction.

En l’occurrence, le HDP n’a pas appelé à la violence. Mais l’a-t-il condamnée ? A chaque attentat, le chef du HDP présente ses condoléances et dénonce la violence politique. Alors a-t-il dénoncé expressément le PKK ? Non, et c’est ce qu’a défendu le chef du gouvernement cette nuit sur CNN, comme pour préparer l’argument selon lequel le HDP est organiquement lié à la rébellion, motif de la fermeture d’une dizaine de partis kurdes ces 20 dernières années.

Ce qui pourrait changer la donne en cas d’élections législatives anticipées, comme cela se dessine pour l’automne prochain, et sauver un AKP en manque de majorité parlementaire.

L'Otan se réunit à la demande de la Turquie

La Turquie a demandé une réunion d'urgence du Conseil de l'Otan ce mardi 28 juillet
à des fins d'informations, essentiellement. La réunion des membres de l'Otan est convoquée au titre de l'article 4 de la Convention de Washington, c'est-à-dire pour donner des informations sur une menace à laquelle un des membres est exposé.

Cette réunion peut ouvrir la voie à la convocation d'une réunion au titre de l'article 5 de la même charte, qui constitue alors une demande officielle d'assistance. Mais en l'occurrence, la Turquie n'est pas supposée faire une telle demande. D'ailleurs, la menace d'une agression extérieure n'est pas véritablement avérée. 

En 2012, la Turquie avait bénéficié d'un tel soutien militaire contre le risque d'attaque de son territoire par le régime syrien, qui venait d'abattre un avion turc au-dessus de la Méditerranée, et l'Otan avait déployé à la frontière des batteries de missiles anti-aérien Patriot. Mais aujourd'hui, s'il y a risque, il est terroriste, il est interne, il est asymétrique. Il n'entre pas véritablement dans les prérogatives de l'Alliance Atlantique. La Turquie lance, avec cette réunion devant le Conseil de l'Otan, une opération de relations publiques plus qu'un appel à l'aide.

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