Allemagne / France

Un «Airbus de l’armement» pour construire des chars d’assaut

Un char Leopard en opération sous les couleurs britanniques en Afghanistan, en 2010.
Un char Leopard en opération sous les couleurs britanniques en Afghanistan, en 2010. AFP PHOTO/PATRICK BAZ

Le nouveau fabricant de char européen n’a pas encore de nom, mais il se pose déjà en leader européen du secteur. La nouvelle entité, qui rassemble le Français Nexter et l’Allemand KMW, sera le quatrième producteur mondial d’armement terrestre.

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Avec notre correspondant à Berlin,  Pascal Thibaut

Le marché de la défense est de plus en plus concurrentiel et les marchés nationaux, voire européens sont insuffisants pour subsister sur la durée. Pour survivre, l'heure est donc aux rapprochements, sur le modèle de ce que l’on a vu dans le passé avec EADS.

Le Français Nexter et l'Allemand KMW (Krauss-Maffei Wegmann) ne fusionnent pas, mais créent une filiale commune pour jouer dans la cour des grands. Avec près de 2 milliards d'euros de chiffre d'affaires annuel et 6 000 salariés, la nouvelle entité basée aux Pays-Bas, en « terrain neutre », sera le numéro quatre mondial et un géant européen de l'armement terrestre avec les chars Leclerc français et Leopard allemand.

Enthousiasme mesuré en Allemagne

« On a dit que c'était le début de l'Airbus de l'armement terrestre. Je trouve que la formule est juste », a déclaré le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, qui s’est félicité de ce rapprochement qui « va créer le champion européen de l’armement terrestre, et illustre que l’Europe de la défense est bien en marche ». Pour le ministre, cette signature « marque à nouveau l’excellence de la relation franco-allemande dans le domaine de la défense ».

Côté allemand, ce rapprochement n'était pas évident. Le ministre allemand de l'Economie, Sigmar Gabriel, préférait une solution germano-allemande, et privilégiait un rapprochement entre KMW et Rheinmetall.

Et l'opposition s'interroge sur la remise en cause des règles d'exportation d'armements. En Allemagne, elles sont plus sensibles qu’en France : les contrats de vente d’armes doivent en effet être supervisés par un conseil de sécurité présidé par la chancelière avant d’être avalisés. Le gouvernement affirme que rien ne changera, mais les médias sont sceptiques. « Il n'est pas envisageable que les Français tremblent à chaque fois qu'ils veulent conclure un contrat parce que Berlin s'y oppose », affirme ainsi un commentateur de la radio Deutschlandfunk.

La création de cette filiale commune à la France et l’Allemagne pour la construction d’armements terrestres intervient dans un contexte où les dépenses militaires mondiales - estimées à plus de 1 700 milliards de dollars en 2013 - sont à la baisse dans les pays occidentaux (Amérique du Nord, Europe occidentale et Océanie), mais en hausse dans le reste du monde. « L'Afrique et le Moyen-Orient ont affiché des augmentations particulièrement importantes, tandis que l’impact des politiques d’austérité a continué de se faire sentir en Europe », écrit l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (Sipri) dans son rapport annuel 2014.

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