Grèce / Migrants

Grèce: l’île de Kos débordée par l’afflux de migrants

Migrants et réfugiés se pressent à l’entrée du stade pour être enregistrés afin d’obtenir un laissez-passer pour poursuivre leur voyage vers Athènes et d'autres pays européens. Kos, le 12 août 2015.
Migrants et réfugiés se pressent à l’entrée du stade pour être enregistrés afin d’obtenir un laissez-passer pour poursuivre leur voyage vers Athènes et d'autres pays européens. Kos, le 12 août 2015. REUTERS/Alkis Konstantinidis

L'arrivée massive de migrants se poursuit sur les îles grecques situées en face de la Turquie. La situation est particulièrement préoccupante sur l'île de Kos. On y dénombre plus de 7 000 migrants pour une population de 30 000 habitants. Devant le stade de la ville de Kos où les migrants doivent s'enregistrer auprès des autorités pour pouvoir poursuivre leur périple, la tension est particulièrement vive. Reportage.

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Ils sont plusieurs centaines, des Syriens pour la plupart. Tous essaient d'entrer à l'intérieur du stade, barré par des policiers antiémeutes, rapporte notre envoyé spécial à Kos, Daniel Vallot. Leur espoir : obtenir l'autorisation de quitter Kos, pour se rendre à Athènes.

« J'essaie d'obtenir ce papier pour sortir de l'ile, mais je n'y arrive pas. Ma mère est à l'intérieur, il y a des gens qui l'ont aidée à entrer, alors on attend », raconte un réfugié.

Devant la grille, la tension est palpable, entre les foules des migrants et les quelques policiers qui leur barrent la route. A plusieurs reprises, depuis le début de la semaine, des heurts violents ont éclaté aux abords du stade.

« La police s'est mise à frapper les gens, à les jeter par terre, témoigne un autre réfugié. Ils ont tiré des grenades de gaz lacrymogène et nous ont dit de partir. Tous les jours c'est la même chose, on se doit se battre avec eux. Qu'est ce que je peux dire de plus ? on va essayer d'obtenir ce papier, et après on essaiera d'avoir une vie meilleure

Le soir tombe, et la plupart des migrants massés devant la grille n'ont toujours pas obtenu le précieuxsésame. Ils reviendront dès l'aube après avoir passé la nuit dans la rue.

Des conditions d'accueil déplorables

L'île grecque de Kos est devenue le symbole du manque de moyens consacrés par la Grèce et par l'Europe à l'accueil des réfugiés. C'est l'île qui a reçu la plus grande arrivée de Syriens par rapport à d’autres villes du pays. Vincent Cochetel, directeur pour l'Europe du HCR, s'est rendu sur place. Selon lui, parmi les 4 000 réfugiés arrivés la semaine dernière, il y a 63 % de Syriens, 20 % d’Afghans et 4 % sont des Irakiens. Les migrants syriens qui arrivent sur l’île ont « des attentes incroyables » puisqu’ils sont déjà en Europe. « Ils pensent qu'ils vont être hébergés dans des centres d’hébergement et qu’ils vont pouvoir circuler légalement en Europe ou ailleurs facilement », analyse Vincent Cochetel.

Sur place, les autorités n’ont rien prévu pour les réfugiés qui accostent, pointe le directeur du HCR pour l'Europe. Certains migrants ont été parqués dans un stade temporairement, les autorités de police n’ont plus les moyens d’enregistrer les gens, ce qui augmente les délais pour les procédures d’enregistrement. « Quand les gens dorment dans la rue et qu’il n’y a pas d’accès à des facilités sanitaires, la situation est difficile. »

« Une situation de chaos total »

Les quelques humanitaires sur place sont désespérés, rapporte Vincent Cochetel, puisqu’il n’y a personne pour assurer la coordination, s’assurer que les gens soient nourris et hébergés temporairement, qu’il y ait des distributions d’eau, du ramassage d’ordures, etc. « On a une situation de chaos total avec l’effondrement des procédures d’identification », estime Vincent Cochetel. Au début de l’année, les réfugiés n’étaient pas nombreux. Après leur débarquement ils se rendaient auprès de la police où ils avaient un petit entretien, on leur prenait les empreintes digitales et le soir même ils pouvaient prendre le ferry pour rejoindre Athènes.

Maintenant les autorités grecques font face à une austérité financière, donc ils ne peuvent pas recruter du personnel supplémentaire, ajoute le représentant du HCR. Les gens doivent donc rester sur les îles beaucoup plus longtemps avant d’être transférés sur Athènes. « Il y a une frustration qui se développe autour de ça. Si les gens savaient qu’ils devaient attendre une semaine avant d’être transférés dans des conditions décentes, il n’y aurait pas de tensions, fait remarquer Vincent Cochetel. Mais là il n’y a rien. Ils ne savent pas combien de temps ils vont devoir attendre, si leur nom va être appelé et puis il n’y a aucune assistance structurée. »

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