Union européenne

Réfugiés: les chefs de gouvernement de l'UE vont-ils y arriver?

Conseil européen, Bruxelles, en décembre 2014.
Conseil européen, Bruxelles, en décembre 2014. AFP PHOTO/Emmanuel Dunand

Ce mercredi 23 septembre 2015, les chefs d'Etat et de gouvernement des pays de l'Union européenne sont attendus à Bruxelles pour un Conseil européen informel sur la crise migratoire. Après l'accord conclu la veille entre les ministres de l'Intérieur des Vingt-Huit, concernant la répartition de 120 000 réfugiés entre les Etats membres de l’UE, l'enjeu principal du sommet du jour sera de trouver un accord politique. Un accord va assurément être difficile puisque quatre pays européens s'opposent à cette répartition, à commencer par la Slovaquie qui vient d'annoncer son intention d'aller en justice pour s'opposer aux quotas de réfugiés.

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Il faut un accord politique, mais ce sera sans doute difficile de faire apparaître une unité sur la stratégie globale à adopter face à l'afflux de réfugiés, car les Européens arrivent en ordre dispersé. Quatre pays de l’Est ne veulent pas entendre parler de mécanisme obligatoire de répartition des réfugiés, dont la Slovaquie, qui vient même d'annoncer qu'elle allait contester cette décision des 28 devant la Cour européenne de justice. C’est ce qu’a déclaré aujourd’hui son Premier ministre, Robert Fico, qui a dit que son pays n’appliquerait pas l’accord, rapporte notre envoyée spéciale à Bruxelles, Véronique Gaymard.

« Impérialisme moral »

Mardi, les 28 ministres de l'Intérieur n'avaient d'ailleurs obtenu un accord qu'à une majorité qualifiée pour la répartition de 120 000 réfugiés en deux ans, sur la base d'une initiative du Luxembourg, qui exerce la présidence tournante de l'Union. La Hongrie, la Roumanie, la République tchèque et la Slovaquie ont voté contre et la Finlande s'est abstenue.

A Bruxelles ce mercredi, il faudra donc, sans doute, des concessions de plus pour apaiser le climat tendu qui s'est installé avec les pays d’Europe centrale et orientale, en particulier avec la Hongrie du Premier ministre Viktor Orban, qui continue d'ériger des barrières et qui vient de faire voter une loi autorisant les forces de l'ordre à tirer avec des balles en caoutchouc sur les migrants. Ce mercredi, le Premier ministre hongrois a même qualifié d'« impérialisme moral » ce que tente, selon lui, d'imposer la chancelière allemande Angela Merkel au reste de l'Europe, sur l'accueil des réfugiés.

1,7 milliard d'euros supplémentaires

Alors, quelles concessions les partenaires pourraient-ils faire ? Quelque chose d’important se dessine, à savoir le fait que les relocalisations de réfugiés par pays, qui devaient être « obligatoires », ne seraient finalement que « volontaires ». Il pourrait aussi y avoir un système par lequel les pays pourraient suspendre temporairement l’accueil de réfugiés en raison de circonstances exceptionnelles.

Jean Asselborn, ministre des Affaires étrangères du Luxembourg, commente les débats de mardi

La Hongrie refuse de relocaliser les 54 000 réfugiés qui lui incomberaient, refuse d’installer des centres d’accueil pour les réfugiés à sa frontière, ce qu’on appelle les hot spots. Elle ne veut pas apparaître comme un pays dit « en première ligne », comme la Grèce et l'Italie.

On sera sans doute loin d'un mécanisme permanent d'accueil des réfugiés, tel que le préconisait le président de la Commission européenne Jean-Claude Junker. Mais le pas accompli mardi a néanmoins été salué par le président français en marge d’une visite à Londres : « L’Europe a fait son devoir », a dit François Hollande.

Dans ce contexte, la Commission européenne vient de proposer de mobiliser 1,7 milliard de fonds supplémentaires de l'UE pour faire face à l'afflux de réfugiés. Ces fonds supplémentaires porteraient à 9,2 milliards d'euros sur deux ans les fonds mobilisés par l'Union européenne, a précisé la commissaire au Budget Kristalina Georgieva. Une partie de ces fonds supplémentaires (600 millions d'euros) a notamment pour objectif d'accroître les moyens de l'agence Frontex (chargée de la coordination de la gestion des frontières), de l'Easo (l'agence de politique européenne en matière d'asile) et d'Europol.

Donnant-donnant politique

Autour de la table ce mercredi, il s'agira aussi de discuter des aides à octroyer aux pays qui reçoivent la plupart des réfugiés en dehors de l'UE, des pays limitrophes de la Syrie comme la Turquie, le Liban ou la Jordanie. Il sera aussi question de l'aide aux agences de l'ONU dans ces pays et du renforcement des frontières européennes. En cherchant ainsi à leur permettre d’améliorer les conditions d’accueil de ces millions de réfugiés, les Européens cherchent aussi à tenter de les dissuader de traverser la Méditerranée, même si ce n’est pas le premier motif mis en avant.

Les Européens doivent aussi s'attendre à un donnant-donnant politique avec ces pays non-membres de l'UE, pour qu’ils acceptent de maintenir ces réfugiés sur leur territoire, comme le décrypte le correspondant de RFI à Bruxelles Pierre Bénazet. On sait par exemple que la Turquie escompte bien une relance des négociations d’adhésion à l’UE. En tout état de cause, le point crucial de ce sommet sera de parvenir à dégager une enveloppe financière suffisamment généreuse pour être efficace.

Les projets actuels tablent sur un milliard d’euros environ. La grande difficulté du sommet sera de déterminer la contribution de chacun des Vingt-Huit. Dans cette optique, le vote à la majorité qualifiée des ministres de l’Intérieur, mardi, a concrétisé une fracture avec quatre pays d’Europe centrale et orientale et pourrait hypothéquer les débats, car la décision est déjà dénoncée comme un diktat.

Ce sera peut-être un accord à minima, alors que le flux de migrants ne faiblit pas. Le HCR parle 500 000 personnes arrivées en Europe depuis le début de l’année et les pays de l’Union européenne peinent à se mettre d’accord sur une partition de 120 000.


■ François Hollande n'y va plus par quatre chemins

« L’Europe a montré un visage uni ce mardi, elle le fera ce mercredi. » François Hollande, l'éternel optimiste. Le président français en est sûr : même les pays qui ont voté contre l’accueil et le partage des migrants se plieront à la règle commune. « C’est fait, c’est fini, c’est voté, ça va s’appliquer, on ne va plus en parler. » Ton tranchant. François Hollande sait pourtant bien la colère des pays mis en minorité mardi et l’avalanche de leurs réactions négatives.

« Tant que je serai Premier ministre, les quotas obligatoires ne seront pas appliqués sur le territoire. » Propos du chef du gouvernement slovaque Robert Fico. Alors, le président français hausse le ton : François Hollande parle pour la première fois de sanctions et agite cette menace : « Si ces pays refusent la solidarité, ce qu’ils reçoivent de l’Europe ne viendra plus. » Manière de tenter de recadrer les débats, d’éviter le retour de cet explosif sujet des quotas à la table des Vingt-Huit ce mercredi.

Il y a des règles en Europe. Quand on ne respecte pas le droit de la concurrence, quand on ne respecte pas le pacte de stabilité, il y a des sanctions, ça existe. Et donc, ces pays se mettraient dans des situations où, forcément, ce qu'ils reçoivent de l'Europe ne viendra plus. On ne peut pas demander à l'Europe un soutien, et refuser à l'Europe une solidarité

François Hollande, président de la République française

Avec  Anissa el-Jabri,  envoyée spéciale à Londres

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