Accéder au contenu principal
Allemagne

L’Allemagne a su relever le défi de sa réunification

Tout avait commencé onze mois plus tôt avec le défilé des vélos et des Trabant après la chute du mur de Berlin.
Tout avait commencé onze mois plus tôt avec le défilé des vélos et des Trabant après la chute du mur de Berlin. PATRICK HERTZOG / AFP
7 mn

L’Allemagne fête ce samedi le 25e anniversaire de sa réunification du 3 octobre 1990. En un quart de siècle, les changements ont été spectaculaires à l’Est grâce à des investissements massifs venus de l’Ouest. Même si des différences subsistent, les Allemands sont fiers d’avoir su relever un défi historique.

Publicité

Vingt-cinq ans après, la réunification est perçue comme une réussite par une large majorité d’Allemands. Quatre sur cinq partageaient ce point de vue dans un récent sondage du magazine Stern. En un quart de siècle, des transferts massifs ont eu lieu d’Ouest en Est et sont estimés à 2 000 milliards d’euros. L’ex-RDA dispose aujourd’hui d’infrastructures méconnaissables. Routes, autoroutes et lignes de chemin de fer ont été massivement rénovées par la puissance publique. Les immeubles souvent laissés à l’abandon depuis la guerre ont été largement rénovés. Au premier abord, la partie Est de l’Allemagne se présente désormais sous des atours bien plus pimpants et modernes que certaines régions en difficulté à l'Ouest, comme le bassin de la Ruhr.

Le nivellement des différences entre les deux parties du pays n’a pas pour autant été atteint. Mais des différences régionales existent également entre des Länder de l’Ouest ou dans d’autres pays. La productivité à l’Est n’atteint ainsi que les deux tiers de celle de l’Ouest, notamment en raison du manque de grandes entreprises. Même chose pour les salaires : on gagne en moyenne 14% de moins à l’Est qu'à l’Ouest. Une importante désindustrialisation a frappé l’ex-RDA dans les années 1990. Un chômage important qui a atteint 20% en a été la conséquence (aujourd’hui c'est moitié moins mais deux fois plus qu’à l’Ouest) et beaucoup d’habitants sont partis s’installer à l’Ouest pour trouver du travail si bien que la démographie s’est effondrée.

Des changements spectaculaires

Coupée en deux de 1961 à 1989, Berlin a retrouvé sa plénitude.
Coupée en deux de 1961 à 1989, Berlin a retrouvé sa plénitude. Getty Images/Westend61

Des noyaux industriels se sont cependant développés comme la micro-électronique près de Dresde en Saxe. Le tourisme a connu un essor important au bord de la mer Baltique. L’agriculture, où des exploitations de grande taille héritées du régime socialiste ont subsisté, est particulièrement performante. L’environnement a connu une amélioration spectaculaire avec l’arrêt d’industries lourdes d’autrefois très polluantes.

Ces changements économiques ont été plus longs que ce que beaucoup pensaient notamment le chancelier Helmut Kohl qui avait promis lors de la réunification des  « paysages florissants » qui ont mis plus de temps que prévus à apparaître. Mais, ces dernières années, le rattrapage stagne et les experts pensent qu’il ne sera sans doute jamais complet.

Ce quart de siècle a aussi été marqué par le maintien, lui aussi sous-estimé au départ, de différences culturelles entre les deux parties de l’Allemagne. Elles s’atténuent et sont souvent insignifiantes parmi la plus jeune génération. Mais des préjugés sont restés longtemps vivaces. Les Wessies à l’Ouest reprochaient à leurs nouveaux concitoyens à l’Est de ne pas être suffisamment reconnaissants pour les efforts entrepris en leur faveur. Ces derniers, les Ossies, critiquaient souvent l’arrogance des premiers et avaient le sentiment qu’une colonisation rampante s’installait. Il est vrai qu’aujourd’hui encore, les élites à l’Est restent largement dominées par des personnes originaires de l’Ouest dans l’administration, les ministères, les universités. Mais les sondages témoignent d’une évolution des perceptions : 55%, toujours d’après le sondage du Stern, estiment qu’aujourd’hui les points communs l’emportent sur les différences contre 26% en 1995 et 40% en 2005.

Des différences subsistent toujours dans la perception de la démocratie occidentale ou de l’économie sociale de marché développée à l’Ouest depuis la guerre à l’égard desquelles les Allemands de l’Est sont plus distants. Cinquante ans de socialisme et de déchristianisation ont laissé des traces - contrairement à un pays comme la Pologne - et dans l’ex-RDA d’aujourd’hui on trouve beaucoup plus d’athées qu’à l’Ouest. Dans l’Allemagne orientale, où, à de rares exceptions près on restait entre soi, le rapport aux étrangers reste plus distant voire hostile, comme le montre le nombre plus important d’actes xénophobes contre les réfugiés.

Célébration bon enfant

Dès jeudi soir, on célébrait le 25e anniversaire de la réunification dans un son et lumière à Bruxelles.
Dès jeudi soir, on célébrait le 25e anniversaire de la réunification dans un son et lumière à Bruxelles. REUTERS/Francois Lenoir

Ce 25e anniversaire sera fêté de façon bon enfant comme d’ordinaire et sans pathos patriotique. Fédéralisme oblige, les cérémonies centrales se déroulent chaque année dans une région différente et en 2015, c’est la Hesse qui les héberge. Globalement, le 3 octobre - date de l’entrée en vigueur du traité d’unification en 1990 - n’a pas la même charge émotionnelle entourant le 9 novembre, jour de la chute du mur de Berlin, onze mois plus tôt. Mais cette date, symbole du passé complexe de l’Allemagne, est aussi celle de la nuit des pogroms nazis contre la communauté juive en 1938 et pouvait difficilement devenir un jour de fête.

Jour férié oblige, les journaux ne paraissent pas en Allemagne ce samedi. Mais hier vendredi, les quotidiens affichaient tous des Unes consacrés à cet anniversaire. Jeudi, le journal populaire Bild Zeitung a même fait imprimer une édition spéciale tirée à 42 millions d’exemplaires distribuée par la poste dans chaque foyer allemand. Hier, une banane symbole de la réunification ornait le très sérieux Frankfurter Allgemeine (un fruit que les Allemands de l’Est trouvaient rarement sur leurs étalages). La Une du  Tagesspiegel montrait un couple se tenant par la main, les ongles vernis aux couleurs de l’Allemagne noir rouge et or.

Plusieurs commentaires insistaient sur les succès de la réunification et soulignaient qu’avoir relevé ce défi historique devrait permettre à l’Allemagne d’affronter ceux d’aujourd’hui, à commencer par l’accueil de nombreux réfugiés. Le quotidien Berliner Zeitung écrivait ainsi : « A l’époque, on nous a donné la liberté et la paix. Aujourd’hui, c’est à nous de les partager avec d’autres ».

 

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.