Turquie

Après la coupure de deux chaînes télévisées, tollé en Turquie

Des employés tentent de bloquer l'assaut des forces de l'ordre à l'entrée dans les locaux des chaînes de télévision Bugün et Kanaltürk, mercredi 28 octobre 2015 à Istanbul.
Des employés tentent de bloquer l'assaut des forces de l'ordre à l'entrée dans les locaux des chaînes de télévision Bugün et Kanaltürk, mercredi 28 octobre 2015 à Istanbul. REUTERS/Usame Ari/Zaman Daily via Cihan News Ageny

La police turque a réduit au silence deux chaînes de télévision mercredi 28 octobre 2015. Bugün TV et Kanaltürk sont accusées de propagande, mais surtout réputées proches de l'ennemi public numéro un de Recep Tayyip Edorgan : l'imam Fethullah Gülen. A trois jours des élections législatives, cette décision a provoqué un tollé chez les journalistes et les politiciens.

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Avec notre correspondant à Istanbul,  Jérôme Bastion

Après le verrouillage des réseaux sociaux, après les innombrables emprisonnements et procès pour insulte au président, après la fermeture des sites d'information de gauche et kurdes, après la répression systématique de toute forme de manifestation depuis plusieurs années, l'assaut de la police pour couper la diffusion de deux télévisions d'opposition marque un nouveau coup dur pour la liberté de la presse et la liberté d'expression en Turquie.

Dans un rare élan d'œcuménisme, journalistes et politiciens de tous bords ont accouru aussi spontanément que sincèrement pour soutenir le groupe Koza Ipek, qui n'était pourtant ni un parangon d'éthique journalistique, ni un courant politique particulièrement fréquentable aux yeux de ses défenseurs de dernière minute. Car chacun sent bien que l'heure est grave désormais au pays d'Erdogan.

Si Human Rights Watch n'hésite pas à comparer les récents événements à la période du coup d'Etat militaire de 1980, personne ne trouve cette évocation exagérée. Les promesses du député AKP Aydin Ünal de s'occuper ensuite des autres journaux d'opposition - comme Cumhurriyet, Zaman ou Hürriyet - ne sont pas pour rassurer, bien au-delà de la seule liberté de s'informer. Une fois la presse totalement muselée, il ne restera plus guère de garde-fous face aux dérives totalitaires du système Erdogan.


La puissante confédération patronale TÜSIAD, toujours à la pointe des revendications pour des standards démocratiques, estime dans un communiqué qu'il « n'y a aucun droit plus naturel pour les citoyens (de Turquie) que d'attendre et d'exiger que l'Etat respecte les règles du droit ; la société (turque) doit être certaine que les mesures prises (contre le groupe Koza Ipek) sont proportionnées et non arbitraires ».

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