Autriche

Alexander Van der Bellen à la tête d'une Autriche coupée en deux

Le nouveau président autrichien Alexander Van der Bellen, juste après l'annonce des résultats, ce lundi 23 mai 2016.
Le nouveau président autrichien Alexander Van der Bellen, juste après l'annonce des résultats, ce lundi 23 mai 2016. REUTERS/Leonhard Foeger
Texte par : Piotr Moszynski
8 mn

L’Autriche a un nouveau président. Il s’appelle Alexander Van der Bellen. Il s’était présenté à la présidentielle comme candidat indépendant, mais il s’agit d’un ancien chef du parti écologiste. Avec 50,3% des voix, Alexander Van der Bellen a battu de justesse Norbert Hofer, candidat du parti d’extrême droite, le FPÖ.

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C’est le dépouillement des votes par correspondance qui a fait basculer le résultat en faveur d’Alexander Van der Bellen. Avant celui-ci, son rival d’extrême droite était crédité de presque 52% des voix. L’issue du scrutin était donc incertaine jusqu’au dernier moment, et le résultat est très serré : 0,6% sépare les deux adversaires.

Le nouveau président autrichien est un économiste, ancien professeur d’université, âgé de 72 ans. On le dit de sensibilité libérale et centriste, mais il est surtout le premier homme politique issu du parti écologiste à accéder à la présidence autrichienne.
Il avait débuté en politique dans les années 1980. Avant de prendre la tête du parti écologiste, il s’était engagé brièvement aux côtés des sociaux-démocrates. C’est justement avec un chancelier social-démocrate qu’il devra travailler comme président.

Alexander Van der Bellen est un Européen convaincu, connu pour son pragmatisme. Facteur significatif dans le contexte de la question migratoire, au centre de la campagne électorale, il se décrit lui-même comme « enfant de réfugiés ». En effet, son père, aristocrate russe, et sa mère estonienne, avaient fui le stalinisme.

Retournement entre les deux tours

Au premier tour, le candidat d’extrême droite avait largement devancé Alexander Van der Bellen. Mais au second tour, le report des voix des électeurs des deux partis traditionnels – les sociaux-démocrates et les conservateurs – a permis d’inverser la tendance. Grands perdants du premier tour, ces deux partis disposent toujours d’une majorité parlementaire et composent la coalition gouvernementale.

Norbert Hofer a réussi le coup de « dédiabolisation » de son parti pour les besoins de la campagne électorale, mais il est clair que son rival issu du parti écologiste reste toujours infiniment moins « diabolique » et dangereux aux yeux de beaucoup d’électeurs proches de partis de droite et de gauche modérés.

Fracture au sein de la société

A en juger par les données collectées lors du premier tour, les ouvriers auraient très majoritairement tendance à voter pour Norbert Hofer, candidat de l’extrême droite. Il semble également soutenu par la majorité d’électeurs masculins, sans diplôme du second degré, ainsi que par les zones rurales.

Le nouveau président, Alexander Van der Bellen, est parvenu à séduire notamment l’électorat jeune et les plus de 50 ans, résidant plutôt dans le milieu urbain. Toutefois, la principale fracture au sein de la société autrichienne semble être plutôt d’ordre politique. Ce qui divise le plus, ce sont des questions qui concernent l’Union européenne, les réfugiés et la confiance dans le système politique.

D’un côté c’est un résultat satisfaisant, mais d’un autre ça me rend triste que 50 % des Autrichiens aient voté pour l’extrême droite.

Les Autrichiens plus divisés que jamais

L’Europe confrontée aux populismes

Le scrutin était très suivi en Europe, et ceci pour une raison simple : l’Europe est confrontée à la montée des populismes. Une victoire de Norbert Hofer aurait été, de ce point de vue, une véritable percée à l’échelle du continent. En effet, cela aurait été la première élection d’un représentant d’un parti d’extrême droite à la tête d’un Etat membre de l’Union européenne.

Il n’est donc pas étonnant d’entendre ce soir des déclarations de soulagement venant de beaucoup de capitales et institutions européennes. A Paris, le président François Hollande a félicité « chaleureusement » son nouveau partenaire autrichien, tandis que le Premier ministre Manuel Valls a écrit sur son compte Twitter : « soulagement de voir les Autrichiens rejeter le populisme et l’extrémisme. Chacun doit en tirer les leçons en Europe ».

Les partis proches politiquement du candidat d’extrême droite en tirent aussi les leçons à leur façon. En France, le Front national a félicité le candidat malheureux Norbert Hofer pour « son beau résultat », qui, selon le parti de Marine Le Pen, « annonce des succès futurs ».

Il ne faut pas croire que l'élection de monsieur Van der Bellen va régler les problèmes. Il y aura des élections législatives très bientôt. Et donc effectivement, il y a une vraie défiance vis-à-vis des institutions et des grands partis politiques.

Patrick Martin-Genier

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