Turquie

Turquie: la Gay Pride d'Istanbul interdite pour la première fois depuis 2003

Gay Pride du 22 juin 2014, sur l'avenue Istiklal, à Istanbul.
Gay Pride du 22 juin 2014, sur l'avenue Istiklal, à Istanbul. AFP PHOTO/BULENT KILIC

A Istanbul, les autorités ont décidé de ne pas autoriser la marche de la fierté des lesbiennes, gays, bi et trans (Gay Pride LGBT), censée avoir lieu dimanche 26 juin. Le gouverneur évoque des raisons de sécurité et d'ordre public. Depuis plus d'une décennie, c'est la première fois ans que cette manifestation annuelle est interdite par le pouvoir.

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De notre correspondant à Istanbul,

Depuis 2003, la marche des fiertés a toujours eu lieu à Istanbul. Il y a eu des Gay Pride dans d'autres villes de Turquie aussi. L'évènement marque habituellement la fin de toute une semaine consacrée aux droits des personnes LGBT. Il s'est toujours bien déroulé, sauf l'an passé. La marche était alors autorisée, mais les policiers avaient violemment dispersé le rassemblement, usant de gaz lacrymogènes et de canons à eau, dès que les premiers slogans contre le président turc, Recep Tayyip Erdogan, avaient été lancés.

Cette année, c'est donc une première : le gouvernorat d'Istanbul a interdit la marche pour des raisons de sécurité et d'ordre public. On évoque notamment la menace terroriste qui pèse sur Istanbul, mais pour les organisateurs, c'est un argument fallacieux. Les autorités veulent faire taire les mouvements LGBT, disent-ils. D'ailleurs, un collectif d'associations tente de renverser cette décision de la municipalité devant la justice, mais il a très peu de chances d'être entendu cette semaine sur cette affaire.

Un drapeau arc-en-ciel dans une main, une pierre dans l'autre, ce participant de la dernière Gay Pride d'Istanbul, le 28 juin 2015, se montre peu impressionné par les canons à eau de la police anti-émeute.
Un drapeau arc-en-ciel dans une main, une pierre dans l'autre, ce participant de la dernière Gay Pride d'Istanbul, le 28 juin 2015, se montre peu impressionné par les canons à eau de la police anti-émeute. AFP PHOTO / OZAN KOSE

Menaces concrètes contre la sécurité des participants

Cette année, les organisateurs de la marche des fiertés d'Istanbul ont reçu des menaces très précises. Notamment celles d'un groupe qui a organisé une conférence de presse en début de semaine, et qui a menacé d'être présent physiquement près de la place Taksim, où devait avoir lieu la marche, pour empêcher le rassemblement, qu'il qualifie de réunion de « pervers dénudés qui boivent de l'alcool ». Ce groupe insistait sur le fait que le rassemblement avait lieu en plein mois de ramadan, et demandait donc aux autorités de réagir.

Les menaces ont finalement été retirées lorsque le gouverneur d'Istanbul a annoncé que la marche ne serait pas autorisée. En revanche, la journée de dimanche prochain reste à risque, puisque plusieurs partisans de la marche des fiertés ont indiqué qu'ils allaient défier l'interdiction des autorités. Or, outre le risque de les voir dispersés violemment par les forces de l'ordre, comme à l'accoutumée lors de manifestations interdites, le risque perdure aussi de voir certains de ces militants ultra-conservateurs prendre le parti, à titre individuel, de venir pour tabasser des militants LGBT.

Avenue İstiklal, Istanbul, juin 2013.
Avenue İstiklal, Istanbul, juin 2013. GURCAN OZTURK / AFP

Un ramadan sous pression dans l'ancienne Byzance

Cette année, le mois de ramadan se déroule dans la tension à Istanbul. Vendredi soir, une « rafle » a eu lieu lors d'un rassemblement musical consacré au groupe Radiohead. Ce devait être un petit évènement : quelques dizaines de personnes rassemblées chez un disquaire indépendant pour célébrer la sortie du nouvel album du groupe, dans un quartier plutôt libéral d'Istanbul, « bobo » en quelque sorte, mais à proximité d'un quartier très conservateur de la ville. Et justement, une vingtaine de personnes ont interrompu la soirée, ont fait évacuer le local, en battant des participants.

Il leur était précisément reproché de boire de l'alcool pendant le ramadan. Et tout cela a eu lieu en direct sur Internet, puisque la soirée était diffusée en ligne (voir vidéo ci-dessous). Les assaillants ont menacé de mort les jeunes participants, allant jusqu'à les menacer de les brûler vifs. Les faits ont rapidement fait le tour des réseaux sociaux en Turquie, et samedi soir, dans ce quartier branché, environ 500 personnes se sont réunies pour protester contre cette rafle anti-alcool. Ils ont été rapidement dispersés par les policiers, à coups de gaz lacrymogènes et de balles de plastique.

→ Écouter sur RFI : La situation des minorités sexuelles en Turquie (2013)

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