UE

Après les adieux de Cameron, l’avenir de l’UE se bâtit à «Vingt-Sept»

L'avenir de l'UE se jouera désormais à 27 après le départ du Royaume-Uni.
L'avenir de l'UE se jouera désormais à 27 après le départ du Royaume-Uni. REUTERS/Francois Lenoir TPX IMAGES OF THE DAY
Texte par : RFI Suivre
6 mn

Le sommet européen se poursuit ce 29 juin sans le Royaume-Uni. Le Premier ministre britannique David Cameron rentre à Londres. Les autres pays l'Union européenne doivent désormais décider de la marche à suivre, pour envisager l'avenir à 27 et non plus 28 Etats membres. Lundi, tous les regards se sont braqués sur David Cameron, qui ne s'était pas exprimé pendant le week-end, et qui était très attendu à Bruxelles.

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Le Premier ministre britannique était si attendu, rapporte notre envoyée spéciale à Bruxelles Anastasia Becchio, que les 80 sièges de la salle où il donne depuis des années ses conférences de presse à Bruxelles se sont révélés largement insuffisants. Ce qui a valu à David Cameron un petit sourire et une réflexion ironique : en temps habituel, la salle était peu fréquentée.

La conférence de presse s’est transformée en séance d’adieux au Conseil européen, empreinte d’émotion, de tristesse et de regrets après la défaite au référendum. Mais le chef du gouvernement britannique ne regrette pas d'avoir organisé ce scrutin. C’était la bonne chose à faire, a-t-il martelé de sa voix toujours assurée.

Un peu plus tôt, pendant le diner, David Cameron a affiché un sourire un peu crispé, face à ses homologues qui ont tenté de l’entourer. L’heure n’était visiblement pas au règlement de comptes, mais plutôt à l’empathie. « Il y avait de l’émotion, de la tristesse aussi », a expliqué François Hollande.

David Cameron n'a pas non plus été accueilli en messie, alors que le référendum sur le « Brexit », dont il est à l’origine, plonge à nouveau l’Europe dans la crise. Les dirigeants européens ont pris soin de préciser qu’ils n’avaient pas cherché à l’humilier, mais ils lui ont rappelé tout de même que le Royaume-Uni ne pourrait pas bénéficier des avantages de l’UE sans en avoir les inconvénients.

Devant ses pairs, David Cameron est revenu sur les causes de son échec. Il affirme avoir été débordé par le problème de l’immigration, dont se sont emparés avec succès ses adversaires. Il a aussi tenté de préparer les Britanniques à une négociation délicate, en les prévenant qu’effectivement, ils ne pourraient pas avoir tous les bénéfices du marché unique sans contreparties.

Les 27 doivent désormais parler de la marche à suivre

David Cameron est rentré chez lui, pour laisser place à un sommet tout à fait inédit. Les contours de l’après-Brexit restent encore flous, même si beaucoup de responsables européens ont appelé à aller vite. David Cameron a affirmé qu’il ne se laisserait pas dicter de calendrier. Ce sera son successeur au 10 Downing Street qui se chargera d’activer la clause de retrait, le fameux article 50 prévu par les traités européens.

La désignation d’un nouveau Premier ministre est attendue pour le 9 septembre, a acté David Cameron. D’ici là, les « Vingt-Sept » vont tenter de s’accorder sur une position commune. La première phase de discussions se déroule ce mercredi matin. La priorité, c’est évidemment de gérer dans l’urgence les retombées du référendum, même si toutes les données n’en sont pas encore connues moins d’une semaine après ce séisme institutionnel sans précédent.

C’est donc à une tentative de clarification que se sont livrés hier soir les 27 partenaires de David Cameron, bien plus qu’à une mise en accusation du principal artisan du désastre. Les conclusions de la réunion, c’est que quelques semaines sont accordées à M. Cameron pour calmer la situation chez lui et organiser le passage de témoin avec son successeur, dont il est maintenant accepté que ce sera lui qui se chargera d’activer le processus de désengagement du Royaume-Uni de l’UE.

Il va aussi falloir penser à réinventer l’Europe, explique notre correspondant à Bruxelles, Quentin Dickinson. Les « Vingt-Sept » entendent assez logiquement contenir le brasier britannique et empêcher que les tendances europhobes, qui se font jour dans la plupart des pays, ne l’exploitent à leur avantage. Le recours au référendum pour sortir de la monnaie unique, de l’espace Schengen, de l’Union européenne ou encore de l’Otan, est en effet devenu le « chiffon rouge » « attrape-tout » agité sous le nez des gouvernements et des partis traditionnels.

Alors, le plus dur reste à inventer. Comment provoquer un durable retour d’affection, ou du moins d’approbation, des citoyens européens vis-à-vis de la construction européenne ? Il est à craindre que la réponse des chefs d’Etat et du gouvernement soit cantonnée à des réformes institutionnelles, en particulier pour ce qui est du Parlement européen et des relations de celui-ci avec les parlements nationaux. Utiles, ces réformes le seraient incontestablement, mais suffisantes ? On peut en douter.


■ La question écossaise revient sur le devant de la scène

C’est aussi ce 29 juin que le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker, au centre d'échanges vifs avec le chef de file du parti eurosceptique britannique UKIP la veille au Parlement européen, reçoit la Première ministre écossaise Nicola Sturgeon à Bruxelles.

Cette dernière vient défendre la place de l'Ecosse dans l'Union européenne, malgré le « Brexit ». Les Ecossais ont voté à 62 % pour un maintien du Royaume-Uni dans l'UE lors du référendum du 23 juin. Il serait donc « démocratiquement inacceptable » que les Ecossais sortent de l'UE « contre (leur) gré », a lancé mardi la dirigeante du parti indépendantiste SNP.

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