Turquie

Turquie: Erdogan annonce trois mois d'état d'urgence

Le président turc Erdogan a tenu une réunion du conseil de sécurité nationale, puis du gouvernement, au palais présidentiel à Ankara ce 20 juillet.
Le président turc Erdogan a tenu une réunion du conseil de sécurité nationale, puis du gouvernement, au palais présidentiel à Ankara ce 20 juillet. Kayhan Ozer/Presidential Palace/Handout via REUTERS

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a annoncé mercredi soir l'instauration de l'état d'urgence pour trois mois en Turquie à la suite de la tentative de coup d'Etat manquée la semaine dernière qui a ébranlé son régime. « Notre conseil des ministres a décidé de l'instauration de l'état d'urgence pour une durée de trois mois », a annoncé le chef de l'Etat islamo-conservateur lors d'un discours au palais présidentiel à l'issue d'une très longue réunion du conseil de sécurité nationale, puis du gouvernement.

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C'est la première fois depuis le coup d'Etat de 1980 que l'état d'urgence est instauré en Turquie, en dehors des régions à majorité kurde du sud-est du pays, rappelle notre correspondant à Istanbul, Alexandre Billette.

Une mesure nécessaire selon Recep Tayyip Erdogan pour préserver l'état de droit et la démocratie, alors que la tentative de coup d'Etat n'est peut-être pas terminée, a expliqué le président turc. Cette mesure était « nécessaire pour éradiquer rapidement tous les éléments de l'organisation terroriste impliquée dans la tentative de coup d'Etat », a dit le président turc, en référence aux réseaux du prédicateur Fethullah Gülen, sa bête noire, qu'il a accusé d'avoir été l'instigateur du putsch. Ce dernier, depuis son exil aux Etats-Unis, a formellement démenti toute implication.

Le président Erdogan s'est engagé à ne faire « aucun compromis » sur la démocratie, alors que son régime est sous le feu des critiques à l'étranger sur l'étendue des purges déclenchées après la tentative de putsch qui ont déjà touché 60 000 Turcs, arrêtés, licenciés ou suspendus de leur poste.

« Nous n'avons jamais fait aucun compromis sur la démocratie, et nous n'en ferons jamais », a assuré le président Erdogan lors de son discours à Ankara. L'état d'urgence « n'est absolument pas contre la démocratie, la loi et les libertés », mais « c'est tout le contraire : (il) vise à protéger et renforcer ces valeurs », a-t-il ajouté.

Il s'est également adressé aux partenaires étrangers de la Turquie : « Personne n'a le droit de critiquer nos décisions », a mis en garde Recep Tayyip Erdogan.

Avec la mise en place de l'état d'urgence, les autorités ont désormais le pouvoir d'imposer des couvre-feux, de faire des perquisitions sans mandat, de contrôler les publications et les programmes audiovisuels et de prolonger les gardes à vue sans limite de durée.

Selon un dernier bilan officiel, la tentative de putsch dans la nuit de vendredi à samedi a fait 312 morts, dont 145 civils, 60 policiers et trois soldats. 104 rebelles ont été tués.

Une décision applaudie sur la place Taksim

Sur la place Taksim, au cœur d'Istanbul, ils étaient des milliers à écouter l'annonce et à applaudir la décision de cet état d'urgence, rapporte notre envoyé spécial à Istanbul, Daniel Vallot. Sur les deux écrans géants installés devant la place, l'image du président turc semble portée par la forêt de drapeaux rouge et blancs déployés par la foule. Une mesure nécessaire pour sauver la démocratie. Un argument salué par les partisans du président turc. « Je pense qu'avec l'état d'urgence, le gouvernement pourra traquer tous ceux qui ont provoqué le coup d'Etat. Je ne pense pas que les libertés seront menacées, je pense qu'ils feront ça correctement », explique une femme.

Autre argument avancé à plusieurs reprises par Recep Tayyip Erdogan : la comparaison avec la France qui a elle aussi décrété l'état d'urgence. Un argument qui fait mouche là encore auprès des partisans du chef de l’Etat. « J'étais à Paris récemment, et même en bas de la Tour Eiffel il y avait des militaires pour la sécurité. Maintenant, c'est nous qui en avons besoin de l'état d'urgence », souligne-t-il.

A l'écart de la place Takism, d'autres voix se font entendre plus discrètement. A la terrasse d'un café, un groupe d'amis s'inquiètent des conséquences que pourraient avoir cet état d'urgence pour les libertés publiques. « Depuis qu'Erdogan est au pouvoir, nos libertés sont déjà réduites et avec l'état d'urgence, ça risque d'être encore pire. Moi je vois ça comme une autre forme de coup d'Etat. Avec l'état d'urgence, on ne sait pas ce qui peut arriver ! » s’inquiète cet homme.

Sur la place Taksim, la foule reprend à pleins poumons les chants traditionnels diffusés par la sono. Malgré l'annonce de l'état d'urgence, le président turc a demandé à ses partisans de continuer l'occupation des places publiques jusqu'à nouvel ordre.

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