Royaume-Uni

Nucléaire: à peine lancé par EDF, Hinkley Point est retardé par Londres

Le projet de centrale nucléaire d'Hinkley Point adopté jeudi 28 juillet par le conseil d'administration d'EDF.
Le projet de centrale nucléaire d'Hinkley Point adopté jeudi 28 juillet par le conseil d'administration d'EDF. HO/EDF Energy/AFP

Le gouvernement britannique se donne jusqu'à l'automne pour signer avec EDF le contrat des deux réacteurs nucléaires à Hinkley Point. Un projet lancé officiellement, hier, par le vote du conseil d’administration de l’électricien français. Hinkley Point, chantier très coûteux, va-t-il enfin voir le jour ?

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C'est décidément une naissance aux forceps pour ce projet de centrale dans le sud-ouest de l'Angleterre. Si le conseil d'administration d'EDF a donné, jeudi 28 juillet, son feu vert au projet, 7 des 17 administrateurs participant au vote étaient contre. Parmi eux, tous les administrateurs salariés et l'ancienne patronne des patrons, Laurence Parisot, autrefois candidate à la présidence d'EDF. Le 18e administrateur entré au conseil sur proposition de l'Etat français - très favorable à Hinkley Point - a même démissionné avant le vote du conseil, en dénonçant l’orientation tout nucléaire d’EDF et les risques financiers du projet.

À EDF, l'opposition à Hinkley Point est importante à tous les échelons du groupe. C’est paradoxalement l'ambition d'Hinkley Point qui inquiète. Il s'agit pour l’électricien français de construire en Angleterre deux réacteurs de deuxième génération de type EPR. EDF devra réaliser tout l'investissement en amont : 18 milliards de livres, soit 21,5 milliards d'euros. Un montant très lourd alors que l'électricien doit déjà financer la rénovation du parc nucléaire français, le « grand carénage », et que le groupe doit aussi racheter la partie réacteur d'Areva, l'autre géant du nucléaire, sauvé de la faillite.
Lancer Hinkley Point dans ce contexte pourrait mettre en danger les finances du groupe. C'est en tout cas ce qu'a estimé le directeur financier d'EDF lui-même : il a claqué la porte à la fin du mois de mars dernier.

La plupart des salariés d'EDF contestent également le calendrier de cet investissement. Les syndicats estiment que le projet est prématuré, qu'il pourrait mener leur entreprise à la faillite. Lancer Hinkley Point aujourd'hui présente aussi des risques industriels et commerciaux selon eux, puisqu'aucun EPR n'est encore sorti de terre. Les chantiers de ces nouveaux réacteurs ont pris beaucoup de retard en France, en Finlande, et en Chine.

Londres reporte la signature : la facture a grimpé

Les syndicats ont eu recours à la justice pour gagner du temps, ils ont déposé deux référés pour le 2 août et le 22 septembre. Mais avec le feu vert du conseil d'administration, EDF peut en théorie lancer la signature des contrats avec ses partenaires chinois, ses fournisseurs et ses clients britanniques.

Mais c’est sans compter un nouveau coup de théâtre dans ce feuilleton nucléaire : le nouveau gouvernement de Theresa May vient d'annoncer, ce vendredi, qu'il se donnait jusqu'à l'automne pour revoir le projet en détail.

La Grande-Bretagne a toujours été très favorable à Hinkley Point qui devrait fournir 7% de son approvisionnement en électricité, qui repose aujourd'hui largement sur les énergies fossiles.

Mais le projet d’EDF est devenu encore plus coûteux depuis la décision des Britanniques de sortir de l'Union européenne : le Brexit a fait chuter la livre sterling et la facture d'Hinkley Point en monnaie locale a donc grimpé. Par ailleurs, l'accord avec EDF prévoyait un prix de rachat de l'électricité, qui s'avère aujourd'hui deux fois plus élevé que le prix de marché ! Un fardeau supplémentaire pour le contribuable britannique.

Le PDG d'EDF reste malgré tout confiant sur la réalisation d'Hinkley Point.
« Je ne doute pas du soutien du gouvernement britannique dirigé par Mme May », a déclaré Jean-Bernard Lévy. Le PDG d'EDF a également tenté de rassurer sur la santé financière de l'entreprise au jour de la publication des résultats. Grâce à un passe-passe comptable - l'allongement de l'amortissement des réacteurs français de 40 à 50 ans -, les résultats (-17,2% du bénéfice net au deuxième trimestre) ne sont pas aussi mauvais que prévu, ce qu'a salué la bourse de Paris par une remontée de l'action.

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