Chine / Royaume-Uni

EPR à Hinkey Point: Londres se méfie de la présence chinoise, Pékin se braque

Les réacteurs A et B de la centrale nucléaire d'Hinkley Point, en 2013.
Les réacteurs A et B de la centrale nucléaire d'Hinkley Point, en 2013. REUTERS/Suzanne Plunkett/File Photo

La semaine dernière, le conseil d'administration d'Électricité de France (EDF) avait approuvé la construction de deux réacteurs nucléaires de type EPR à Hinkley Point, dans le sud-ouest de l'Angleterre. Mais ce projet géant pourrait être mis à mal, le nouveau gouvernement britannique ayant repoussé l'examen du projet face à l'urgence du Brexit. Visiblement, Londres se méfie notamment du partenaire chinois censé financer un tiers de la nouvelle centrale, CGN. Une méfiance qui passe très mal à Pékin.

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Pékin « is not amused » et ne cache pas son agacement : « Certes, donner son feu vert à un projet qui vaut 24 milliards de dollars n'est jamais une décision facile », écrit l'agence officielle Chine nouvelle. Mais « ce que la Chine ne peut pas comprendre, c'est la suspicion sans fondement que ce délai fait peser sur les investissements chinois ».

Les investissements en question, ce sont ceux de la China General Nuclear Power Corporation (CGN), à savoir un tiers des financements prévus dans le cadre du projet de construction de deux nouveaux réacteurs de type EPR sur la centrale nucléaire d'Hinkley Point, au Royaume-Uni. Un projet validé par EDF, mais retardé par Londres donc.

Ces investissements, le gouvernement britannique précédent, celui de David Cameron, les avait appelés de ses vœux. Mais la nouvelle équipe installée à Downing Street par la Première ministre Theresa May semble se méfier de ce partenaire chinois, surtout dans un secteur aussi sensible que le nucléaire.

Si les critiques se sont multipliées au sujet des coûts colossaux et du bien-fondé du projet lui-même, l'influent co-directeur de cabinet de Mme May s'est en effet fait connaître aussi pour son hostilité vis-à-vis de la présence chinoise.

Des inquiétudes se sont notamment exprimées dans les médias et la classe politique sur la possible introduction par la Chine d'un « accès dissimulé » durant la construction pour contrôler ensuite l'infrastructure. Une crainte qui « n'a absolument aucun fondement et relève de la science-fiction », s'insurge Chine nouvelle.

L'agence officielle chinoise fulmine : « La Chine ne peut tolérer des accusations inopportunes contre sa sincérité », fait savoir l'agence d'Etat. Alors, le « nouvel âge d'or » vanté par Londres et Pékin, lors de la visite du président Xi Jinping en octobre dernier, touche-t-il déjà à sa fin ? Ce nouveau délai « ajoute des incertitudes », considère Chine nouvelle.

Dans cette affaire, rappelle notre correspondante à Pékin, Heike Schmidt, le nouveau gouvernement britannique aurait beaucoup à perdre : aujourd'hui, le Royaume-Uni est la destination numéro un pour les entreprises chinoises. Depuis 2008, les Chinois y ont financé des fusions et des acquisitions pour quelque 70 milliards de dollars.

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