Grèce

Réforme de l'audiovisuel privé en Grèce: neuf candidats pour quatre places

Alexis Tsipras, du mouvement Syriza, et Vangelis Meimarakis, de Nouvelle Démocratie, en 2015 à la télévision pour un débat dans le cadre des législatives.
Alexis Tsipras, du mouvement Syriza, et Vangelis Meimarakis, de Nouvelle Démocratie, en 2015 à la télévision pour un débat dans le cadre des législatives. LOUISA GOULIAMAKI / AFP

Les Grecs n'auront bientôt plus que quatre chaînes de télévision privées. Le gouvernement a dévoilé la liste finale des candidats à son appel d'offres cette semaine. Neuf chaînes sont en lice, mais la procédure fait grincer des dents. Un acteur important du marché va disparaître, la chaîne Mega.

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De notre correspondante à Athènes,

Mega, c'est la quatrième chaîne privée la plus regardée par les Grecs, selon les mesures d'audience de l'entreprise Nielsen. Mais elle n'a pas été retenue dans la liste des candidats finaux pour l'appel d'offres. Le gouvernement lui reproche notamment des dettes importantes vis-à-vis de l'Etat, mais aussi des banques.

Plutôt classée à droite, cette chaîne n'est pas favorable au gouvernement, mais elle n'est pas la seule parmi les chaînes privées. Giorgos Bobolas, à la tête d'un empire dans le secteur de la construction, est l'un de ses actionnaires. Son fils avait été arrêté en avril de l'année dernière pour évasion fiscale.

Appel d'offres contre licence provisoire

L'idée du gouvernement grec est de mettre fin au triangle des intérêts croisés entre les politiques, les grandes familles d'entrepreneurs grecs et les médias. C'est ce qu'on appelle en Grèce la Diaploki : quelques familles possèdent la plupart des médias grecs et ont également des intérêts économiques importants.

Le Premier ministre Alexis Tsipras a fait adopter une loi en ce sens à l'automne dernier. Elle doit permettre un octroi plus transparent des licences de télévision. En Grèce, l'ouverture du marché aux télévisions privées s'est faite à la fin des années 1980 et depuis cette époque, les chaînes diffusent grâce à des licences provisoires. Le système était resté en l'état, sans appel d'offres.

Contrôler le paysage audiovisuel grec ?

La décision du gouvernement pose cependant problème, notamment pour l'opposition. La réduction du nombre de chaînes est notamment critiquée. Elles passeront donc d'une dizaine à quatre, et l'ancien porte-parole du gouvernement de la Nouvelle Démocratie - 2004-2008 -, Theodoros Roussopoulos, estime que c'est le nombre le plus bas d'Europe. Pour lui, le gouvernement veut contrôler le paysage audiovisuel.

Du côté du gouvernement, au contraire, on réplique qu'il s'agit de créer des chaînes viables, alors que la Grèce ne compte que 12 millions d'habitants. Autre critère pour la candidature : les candidates doivent verser la somme de 3 milliards d’euros. Christos Spirtzis, le ministre adjoint aux Infrastructures, aux Transports et aux Réseaux, a indiqué que dans la situation économique actuelle, il n’y avait aucune raison d’envisager une augmentation du nombre des licences.

Une procédure de sélection draconienne

La prochaine étape doit avoir lieu fin août. La sélection des quatre chaînes de télévision aura lieu lors d'une procédure avec des mesures de sécurité particulièrement draconiennes. Le quotidien Ta Nea n'hésite pas à parler de scénario digne d'un film hollywoodien. Le bâtiment du secrétariat général à la presse et à l'information devrait être vidé quasiment intégralement de son personnel.

Chaque délégation qui participera sera composée de six membres. Pas de portable à l'intérieur, ils n'auront pas le droit de communiquer avec l'extérieur sauf cas d’urgence majeure. Et dans le cas où la procédure de sélection devait durer, des lits de camp seront mis à disposition. La création d'un appel d'offres et une attribution officielle était une demande des créanciers de la Grèce depuis 2010 déjà.

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