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Turquie

Un groupe kurde radical revendique le double attentat d'Istanbul

La double attaque à Istanbul samedi 10 décembre a fait 38 morts, dont 30 policiers.
La double attaque à Istanbul samedi 10 décembre a fait 38 morts, dont 30 policiers. REUTERS/Murad Sezer
Texte par : RFI Suivre
5 mn

Les drapeaux sont en berne en Turquie, au lendemain d’un attentat qui a tué au moins 38 personnes, dont 30 policiers, à Istanbul. Près de 160 personnes ont par ailleurs été blessées. L'attaque a été revendiquée par les Faucons pour la liberté du Kurdistan, un groupe lié au PKK. Une journée de deuil national a été décrétée ce dimanche.

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C'est dans un message publié sur leur site internet que les Faucons de la liberté du Kurdistan (TAK) ont revendiqué le double attentat perpétré hier soir à Istanbul près du Vodafone Arena, le stade de l’équipe de football de Besiktas. Deux membres des TAK « ont mené avec méticulosité (...) la double attaque simultanée qui s'est produite le 10 décembre 2016 », a affirmé le groupe. « Nos deux camarades sont héroïquement tombés en martyr dans cette attaque », a-t-il précisé.

Des centaines de personnes rendent hommage aux victimes

Cette revendication intervient alors que plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées ce dimanche près du stade de Besiktas, drapeau turc à la main, déposant des œillets pour les victimes du double attentat. Une « marche contre le terrorisme » encouragée par le président, Recep Tayyip Erdogan, lequel a appelé à la sortie d’un hôpital à « ne pas avoir peur et à ne pas laisser les places à ces individus abjects », rapporte notre correspondante à Istanbul, Anne Andlauer.

Les enquêteurs continuent d’interroger les 13 personnes déjà placées en garde à vue et de remonter la trace du véhicule piégé qui a servi dans l’une des attaques. Cette dernière, la plus meurtrière, a visé un car de policiers anti-émeute aux portes du stade. Ces policiers « étaient la cible » des terroristes, affirment les autorités, précisant qu’au moins 300 ou 400 kilos d’explosifs ont été utilisés dans le véhicule piégé. La seconde attaque, perpétrée 45 secondes plus tard dans un parc tout proche, était le fait d’un kamikaze dont l’identité n’est pas encore connue.

Hommage rendu dimanche 11 décembre 2016 aux policiers tués la veille dans le double attentat d'Istanbul.
Hommage rendu dimanche 11 décembre 2016 aux policiers tués la veille dans le double attentat d'Istanbul. REUTERS/Murad Sezer

Une émanation autonome du PKK

Si les Faucons pour la liberté du Kurdistan sont une émanation du Parti des travailleurs du Kurdistan, le PKK ne revendique pas les actions de ce groupe autonome de l’organisation politique armée kurde. Le TAK s'est fait connaître par des actions kamikazes, une technique que n’emploie pas habituellement la guérilla du PKK.

Autre particularité de ce groupe terroriste : la géographie de ses actions. Les Faucons de la liberté du Kurdistan s’attaquent en priorité aux policiers et à l’armée turque comme le PKK, mais depuis 2005, ils ont élargi leur champs opérationnel et mènent des attaques dans les grandes villes, loin parfois du sud-est de la Turquie à majorité kurde. L'organisation radicale a ainsi déjà revendiqué plusieurs attentats cette année : à Ankara en février et en mars, et à Istanbul en juin. Ces attaques avaient fait en tout 73 morts.

Double attentat dans un contexte politique tendu

Ce double attentat en plein coeur d'Istanbul aura certainement un impact très fort en Turquie, moins de cinq mois après la tentative de coup d'Etat contre le président Erdogan. Il y a, depuis ce putsch manqué, une reprise en main de l'armée, de l'appareil judicaire et policier et des arrestations massives dans tous les secteurs de la société: armée, justice, éducation, services publics.

Parallèlement à cette reprise en main, il y a une volonté de renforcer les pouvoirs du président turc - le parti au pouvoir vient d'ailleurs tout juste de déposer un projet de loi visant à instaurer un régime présidentiel. Le président Recep Tayyip Erdogan souhaite organiser un référendum au printemps prochain sur cette question, après un vote du Parlementaire. Une « dérive autoritaire », s'inquiète l'opposition. Dans ce contexte, la résurgence de la menace terroriste ne peut que conforter le président Erdogan dans cette volonté d'étendre ses pouvoirs.

« Il va appeler ses concitoyens à soutenir son régime et ses évolutions, en invoquant des questions de sécurité, en particulier ce dernier attentat », estime Jean Marcou, professeur à l'Institut d'Etudes Politiques de Grenoble, et spécialiste de la Turquie. Mais cet attentat, dans un contexte stratégique et économique dégradé, relance aussi « les interrogations sur sa capacité à affronter ces enjeux économiques et internationaux qui se manifestent depuis quelques jours de manière très aigüe. »

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