Turquie / UE

Nouvelles tensions entre la Turquie et l’UE: que veut Ankara?

Le président Recep Tayyip Erdogan lors d'un discours à Gaziantep, dans le sud-est de la Turquie, le 19 février 2017.
Le président Recep Tayyip Erdogan lors d'un discours à Gaziantep, dans le sud-est de la Turquie, le 19 février 2017. Yasin Bulbul/Presidential Palace/Handout via REUTERS
Texte par : Piotr Moszynski
4 mn

La tension monte entre la Turquie et plusieurs pays européens, notamment les Pays-Bas, l’Allemagne, l’Autriche et la Suisse. Il s’agit des pays qui ont refusé d’autoriser soit des meetings de la diaspora turque sur leur sol, soit la participation des ministres turcs à ces meetings, soit les deux.

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L’objectif du gouvernement turc est de convaincre ses compatriotes à l’étranger de voter « oui » au référendum qui vise à renforcer les pouvoirs déjà étendus du président Recep Tayyip Erdogan. L’opposition craint de voir la Turquie se transformer en dictature en cas d’une victoire de « oui ».

On estime généralement que la diaspora turque en Europe est plutôt disposée à voter en faveur de Recep Tayyip Erdogan. En envoyant ses ministres à la rencontre de celle-ci, le président turc compte renforcer cette tendance et espère convaincre ceux qui hésitent encore à voter « oui ». Vu les sondages qui prévoient un résultat très serré, le vote de la diaspora peut s’avérer crucial. Les autorités turques sont prêtes à affronter leurs partenaires mécontents à l’étranger, car elles trouvent que cette confrontation est le prix à payer pour la victoire au référendum.

Cependant, on peut se demander s’il s’agit là d’une raison suffisante d’accuser l’Allemagne ou les Pays-Bas de « fascisme », de « nazisme », ou encore d’être « une république bananière » – tout cela parce que leurs gouvernements ne souhaitent pas que des meetings politiques concernant un autre pays soient organisés sur leur territoire.

Tactique de victimisation

Les protestations et les insultes lancées par les autorités turques sont clairement destinées au public turc. Ils s’inscrivent dans le cadre d’une tactique de victimisation. Ils visent à créer l’impression qu’il y a, en Europe, des forces du mal – des nazis et des fascistes – qui s’associent pour nuire à la Turquie, et notamment à son président. L’objectif d’une telle tactique est de provoquer un réflexe de défense et de rassemblement autour du personnage présenté comme victime des attaques. Dans ce cas précis, autour de Recep Tayyip Erdogan.

Cette tactique de victimisation est très présente dans les propos du président et des ministres turcs, mais Racep Tayyip Erdogan lance aussi des propos fortement nationalistes. C’est du grand classique populiste : notre grand peuple est attaqué par des ennemis puissants, mais il saura les écraser tous. Profitant de la campagne référendaire et des conflits avec plusieurs pays européens, l’homme fort de la Turquie pense pouvoir montrer à son peuple qu’il n’a peur de personne, qu’avec lui la Turquie retrouvera son « indépendance » et ses territoires perdus ; qu’elle sera à nouveau « grande » et « fière ».

Leviers de pression

Au-delà des incantations populistes et nationalistes, la Turquie dispose également de leviers de pression tout à fait réels sur ses partenaires européens. En effet, il s’agit d’un pays à cheval sur deux continents, qui joue un rôle important dans la crise syrienne et qui occupe une place stratégique dans le flux des réfugiés vers l’Europe.

Le pacte migratoire, conclu il y a un an entre la Turquie et l’Union européenne, avait déjà été remis plusieurs fois en cause par des responsables turcs au gré des tensions traversant les rapports entre Bruxelles et Ankara, mais, jusqu’à présent, il était appliqué sans problème majeur. Il faut toutefois noter que le ministre turc des Affaires européennes vient de brandir de nouveau la menace de « réexamen » au moins partiel du pacte migratoire par la Turquie.

Rupture ?

Le comportement actuel de la Turquie, pourrait-il conduire à la rupture des négociations sur l’adhésion du pays à l’Union européenne ? La crise qui concerne l’empêchement des ministres turcs de participer aux meetings référendaires en Europe ne constitue certainement pas en soi la raison d’une telle rupture. En revanche, si Recep Tayyip Erdogan gagne le référendum et si, profitant de pouvoirs renforcés, il réintroduit la peine de mort, cela signifiera sans aucun doute la fin des négociations et la fin du rêve européen turc.

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