Accéder au contenu principal
Royaume-Uni

Elections britanniques: Corbyn gagne une bataille mais pas la guerre face à May

Pendant 1h30, lundi 29 mai, le chef de l'opposition travailliste Jeremy Corbyn (photo) et la Première ministre Theresa May se sont succédés sur le plateau pour répondre aux questions du public et des journalistes en vue des élections législatives du 8 juin
Pendant 1h30, lundi 29 mai, le chef de l'opposition travailliste Jeremy Corbyn (photo) et la Première ministre Theresa May se sont succédés sur le plateau pour répondre aux questions du public et des journalistes en vue des élections législatives du 8 juin REUTERS/Stefan Rousseau
Texte par : Fabien Leboucq
8 mn

A seulement 10 jours des élections qui doivent permettre de renouveler la chambre basse de leur Parlement, les Britanniques ont assisté, lundi 29 mai au soir, à un premier duel télévisé entre Theresa May, Première ministre conservatrice, et Jeremy Corbyn, leader de l’opposition travailliste. Au lendemain de cette confrontation en différé (les candidats ne se sont pas fait face mais ont été interrogés l’un après l’autre), les observateurs s’accordent sur une victoire du chef du Labour, Jeremy Corbyn. Pas sûr cependant, que cela suffise aux travaillistes pour s’imposer aux législatives du 8 juin.

Publicité

Au début du mois, et à l’unisson des autres chefs de partis britanniques, Jeremy Corbyn avait déjà demandé un débat à la Première ministre Theresa May. Il envoyait alors des messages à la chaîne ITV News quand elle y était interrogée. Mais la conservatrice a toujours refusé la confrontation directe, trop dangereuse pour elle et son parti en tête des intentions de vote. D’autant que la cheffe du gouvernement britannique n’est pas particulièrement à l’aise dans cet exercice.

Après une pause de la campagne suite à l’attentat de Manchester, qui a fait 22 morts une semaine auparavant, c’est le lundi 29 mai que les Britanniques ont pu écouter pendant 90 minutes les candidats des deux principaux partis défendre leurs positions. Successivement et dans cet ordre, Jeremy Corbyn et Theresa May ont fait face aux questions d’un public farouche et du journaliste Jeremy Paxman. Intervieweur pour Channel 4 (qui co-diffusait le débat avec la chaîne Sky News), il est parfois surnommé le « bulldog », en référence à une séquence de 1996 où il avait posé dix fois la même question à un homme politique qui refusait de lui répondre.

« Contrairement à May, Corbyn était aimable, humain, et même drôle »

« La "Bataille pour le numéro 10" [titre de l’émission faisant référence au 10 Downing Street, l’adresse londonienne du Premier ministre britannique] c’est ici et maintenant », lance Paxman au début de l’émission. Jeremy Corbyn est très rapidement interrogé sur ses capacités de leaders par un membre de l’assistance qui se dit pourtant acquis aux idées du Labour. « Je suis sûr que si nous prenions le temps de discuter, nous nous entendrions très bien », tente le travailliste, suscitant les rires d’une partie du public. Dans cette séquence, il développe aussi sa vision de la gouvernance : « Pour moi, diriger c’est utiliser autant ça [en montrant son oreille] que ça [en montrant sa bouche] ».

Au fil des échanges, le premier opposant de Theresa May a su utiliser l’humour – « une arme efficace sur le terrain politique britannique », rappelle Politico. Pour le site d’information, « Contrairement à May, Corbyn était aimable, humain, et même drôle. Il n’était pas sur la défensive, mais se défendait quand il le fallait. »

Sur les réseaux sociaux, les saillies caustiques de Jeremy Corbin pendant l’émission ont rencontré un certain succès. Comme quand Jeremy Paxman lui demande pourquoi le programme des travaillistes pour l’élection n’aborde pas la question de l’abolition de la monarchie – à laquelle le chef du Labour est favorable : « Il n’y a rien dans ce manifeste parce que nous ne ferons rien [pour abolir la monarchie] », s’amuse Jeremy Corbyn, avant d’ajouter : « D’ailleurs j’ai eu des discussions très agréables avec la reine. »

« Terne mais solide pour May »

Ces moments de légèreté qui ont émaillé le débat suffiront-ils à faire gagner les travaillistes ? Ces derniers sont toujours en retard, même si les derniers sondages font état d’une remontée au cours des dernières semaines. Depuis l’annonce des élections anticipées (elles étaient au départ prévues pour 2020), les écarts d’intentions de vote pour les conservateurs et les travaillistes se sont réduits en moyenne de 20 à 6 points, selon les instituts de sondage. Et ces résultats ne prennent pas en compte le débat de lundi, puisqu’ils sont issus d’études antérieures à sa tenue.

Le parti de Theresa May, qui comptait sur ce scrutin pour affermir sa majorité en vue des négociations pour le Brexit, pourrait s’en inquiéter. Dans la « Bataille pour le numéro 10 », la Première ministre a parfois eu de mal à tirer son épingle du jeu, même si sur Twitter, des d’observateurs (repérés par Libération) concluent à un match nul.

« Qu’est-ce que ce débat a changé ? Probablement pas grand-chose sur le résultat de l’élection, mais beaucoup sur la confiance des parlementaires de May en ses décisions », estime une journaliste politique. « Plutôt bon pour Corbyn malgré les difficultés sur les questions de défense et de sécurité. Terne mais solide pour May, en particulier sur le Brexit. Pas sûr que cela change grand-chose », analyse un autre.

« Foutaises ! »

Statu quo ou non, Theresa May s’est accrochée aux points clés de son programme. Concernant le Brexit justement, elle n’a pas hésité à marteler que « Pas d’accord, c’est toujours mieux qu’un mauvais accord », laissant entendre qu’elle serait prête à claquer la porte de l’Union européenne si aucune entente n’était trouvée pour permettre une sortie favorable du Royaume-Uni de l’UE.

Attaquée sur le sous-financement chronique de la NHS, le système de santé britannique, la Première ministre a défendu son bilan et celui de son prédécesseur David Cameron. Idem quand elle est interrogée par un policier dans le public, qui déplore ses politiques « désastreuses », quand elle était ministre de l’Intérieur sous David Cameron (2010-2016), ayant mené à la réduction des effectifs des forces de l’ordre. Theresa May réplique qu’il faut prioriser la lutte contre le terrorisme ; et que seule la reprise économique pourrait permettre de financer les politiques sociales et de santé. « Bollocks ! [Foutaises !] », peut-on lire sur les lèvres de ce membre du public en réaction aux réponses de la Première ministre.

« Si la question [des législatives] de ce 8 juin était de savoir quel type de service public les gens veulent […], les conservateurs pourraient trouver l’élection plus dure qu’ils ne l’ont jamais imaginée. Mais cette élection, dans l’esprit de Theresa May […] ne tourne pas autour de la NHS ou du financement des écoles. Elle tourne autour du Brexit, de la gouvernance et de la réduction de l’immigration », conclut, pragmatique, Politico. Et dans cette optique, force est de constater que la droite britannique a une longueur d’avance.

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.