Espagne / Terrorisme

[Reportage] Attentats en Catalogne: les Barcelonais entre douleur et colère

Partout en Espagne et en Catalogne, un même recueillement:, comme ici à Barcelone, au lendemain des attentats.
Partout en Espagne et en Catalogne, un même recueillement:, comme ici à Barcelone, au lendemain des attentats. REUTERS / Eloy Alonso

Les terroristes qui ont attaqué Barcelone et Cambrils en Espagne, jeudi, préparaient une attaque de plus grande envergure encore : voilà ce qui ressort des premiers éléments de l'enquête après cette double attaque au véhicule bélier qui a fait 14 morts et quelque 130 blessés. Pour l'heure les 5 occupants de la camionnette de Cambrils ont été tués par la police et 4 suspects ont été arrêtés, trois Marocains et un Espagnol. A Barcelone, c'est encore le temps du recueillement.

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Avec notre correspondante à Barcelone,  Leticia Farine

« No Tinc Por », soit : « nous n’avons pas peur » en catalan. Voici ce qu’ont crié en cœur les milliers de personnes réunis vendredi midi sur la place Catalogne de Barcelone. Ils étaient venus rendre hommage aux treize victimes de l’attentat survenu la veille sur l'avenue touristique de Las Ramblas.

Une avenue où sont apparus spontanément vendredi de petits lieux de recueillement. Autour de fleurs, de bougies, de peluches, de dessins ou encore des slogans tels que « vous n’aurez pas ma haine », Barcelonais et touristes se sont recueillis solennellement.

C’est le cas de Daniela Padilla, une Mexicaine de 29 ans. En vacances avec des amis, elle a manqué de peu de se retrouver sur Las Ramblas au moment du drame. Comme pour beaucoup après ces événements dramatiques, ses sentiments sont partagés.

« Je me sens très en colère, très triste, mais je suis également émue de voir cette unité et de savoir que nous partageons tous le même sentiment. Nous souffrons, mais nous avons quand même de l’espoir, l’espoir de sourire à nouveau, comme le dit une carte déposée par là-bas », dit-elle.

D’autres hommages devraient avoir lieu ce vendredi et dans le week-end comme ceux des joueurs de l’équipe du FC-Barcelone ou celui du roi d’Espagne attendu ce samedi au chevet des blessés.

Mariam Islam est, elle, moins optimiste. Pour la jeune femme de 20 ans qui travaille au magasin d'alimentation de ses parents près des Ramblas, cet attentat pourrait bien nuire au tourisme.

« Cela va certainement avoir des effets négatifs sur les commerces, pas seulement le mien, mais celui de tout le monde ici. Ces derniers jours nous avions plus de clients, mais aujourd’hui nous en avons beaucoup moins. C’est peut-être parce que les gens sont encore effrayés ou qu’il attendent que les choses se calment ».

D’autres hommages devraient avoir lieu ce vendredi et dans le week-end comme ceux des joueurs de l’équipe du FC-Barcelone ou celui du roi d’Espagne attendu ce samedi au chevet des blessés.


■ Un vendredi soir de manifestations contre le racisme et l’islamophobie

Des groupes antifascistes ont expulsé des manifestants d'extrême droite qui avaient appelé à se réunir devant le marché couvert de la Boqueria, là où a eu lieu l'attaque. Le but selon eux : « défendre l'Espagne et l'Europe d'une culture totalement éloignée de leur patrie et de leur identité ». Des revendications teintées d'islamophobie qui ont été vivement critiquées par les collectifs antifascistes qui avaient prévu une contre-manifestation.

« Non aux nazis, non au racisme », « No pasaran », ou encore « Les rues seront toujours à nous ». Voici quelques-uns des slogans antifascistes scandés vendredi par des centaines de contre-manifestants face aux militants d'extrême droite qui n'étaient eux, qu'une petite dizaine.

Dans la foule, Arnau Gali, 35 ans s’époumone. Il affirme être venu avec un ami, « pour lutter contre le racisme et le fascisme qui peuvent découler de l'attentat terroriste qui a eu lieu hier à Barcelone donc on est en train de se battre, de crier et de dire : "Plus jamais de fascisme à Barcelone". »

Magalie, elle, habite Barcelone depuis trois ans, elle est venue à l'appel d'élus du Raval, un quartier populaire situé de l'autre côté de Mas Ramblas où la communauté musulmane est importante. « Moi ce qui me révolte c'est la récupération qui se fait sans cesse, de l'amalgame entre l'islamisme et le terrorisme. Barcelone c'est la première ville d'Europe à avoir adopté un plan de lutte contre l'islamophobie et je sens qu'aujourd'hui ça va être difficile à appliquer, il faut qu'on se mobilise pour faire en sorte qu'il n'y ait pas d'amalgame et de racisme, sachant que c'est toujours le risque quand il y a ce genre d'événement. »

Divers projectiles ont été lancés pour accompagner l'expulsion de ces groupes extrêmes qui ont ensuite été pris en charge par la police catalane. Deux d'entre-deux ont été légèrement blessés.

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