Turquie / Allemagne / Espagne

L'affaire Akhanli, dernier épisode de la brouille diplomatique turco-allemande

L'écrivain Dogan Akhanli, photographié en mars 2017, à Cologne, en Allemagne.
L'écrivain Dogan Akhanli, photographié en mars 2017, à Cologne, en Allemagne. Henning Kaiser / dpa / AFP

Les relations entre la Turquie et l'Allemagne ne cessent de se détériorer. Nouvelle source de tension entre les deux pays, l'écrivain allemand d'origine turque Dogan Akhanli a été arrêté à la demande d'Ankara, samedi 19 août, à Grenade, en Espagne, où il passait ses vacances. Le ministre allemand des Affaires étrangères Sigmar Gabriel a de suite demandé à l'Espagne de ne pas l'extrader vers la Turquie. Samedi, le président turc Recep Tayyip Erdogan s'en est alors violemment pris au ministre fédéral allemand. Dogan Akhanli a été relâché ce dimanche 20 août, en Espagne, sous conditions. Angela Merkel a personnellement réagi à l'affaire.

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Avec notre correspondante à Berlin,  Nathalie Versieux

Un tribunal espagnol a décidé, dimanche 20 août, de remettre en liberté sous conditions l'écrivain allemand d'origine turque, Dogan Akhanli, né en 1957 et qui vit à Cologne depuis 1992. Il « est libéré à condition de rester à Madrid », en attendant que la Turquie demande formellement son extradition, a précisé son avocat Ilias Uyar.

Dogan Akhanli avait été arrêté la veille, samedi, en Andalousie, par des policiers espagnols, sur la foi d'une notice rouge d'Interpol. Ankara pourrait demander son extradition, à laquelle s'oppose publiquement la diplomatie allemande.

Dogan Akhanli a notamment écrit une trilogie évoquant le génocide des Arméniens. Présenté comme un critique du régime turc, il ferait l'objet de poursuites dans son pays d'origine. Soupçonné d'être impliqué dans un vol à main armée en 1989, il avait déjà été arrêté à Istanbul en 2010. Il avait été relâché, innocenté, mais une Cour d'appel avait relancé des procédures. L'avocat et les proches de Dogan Akhanli sont convaincus que l'écrivain intéresse le régime turc à cause de ses écrits critiques à propos du génocide arménien.

Dix citoyens allemands déjà détenus en Turquie

La chancelière allemande Angela Merkel s'est félicitée dimanche de sa remise en liberté par la justice espagnole. « On ne doit pas abuser d'organisations internationales comme Interpol », a déclaré la chancelière, à l'antenne de la chaîne RTL. Elle a également indiqué que Berlin était en contact étroit avec les autorités espagnoles et qu'elle était disposée à appeler son homologue Mariano Rajoy si nécessaire. Samedi, le ministère allemand des Affaires étrangères a exhorté la justice espagnole à ne pas ordonner d'extradition vers la Turquie.

L'arrestation de Dogan Akhanli est « malheureusement l'un des nombreux cas » d'Allemands contre lesquels la Turquie a lancé des poursuites, a poursuivi Mme Merkel. Le cas de Doghan Akhanli inquiète fortement les autorités allemandes, alors que dix citoyens allemands, selon elles, certains ayant la double nationalité, sont actuellement détenus en Turquie. Le cas le plus célèbre est celui de Deniz Yücel, correspondant du quotidien Die Welt, détenu depuis février 2017 à la suite de reportages sur les opposants kurdes.

Les relations entre Berlin et Ankara sont au plus mal depuis un an et la tentative de putsch raté contre le président Erdogan, le 15 juillet 2016. La Turquie reproche à Berlin de protéger les opposants kurdes à Ankara ou les soutiens du prédicateur Fetüllah Gülen, rendu responsable de la tentative de coup d'Etat.

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