Espagne

Barcelone en rouge et jaune, debout contre le terrorisme

Une marée humaine a submergé le centre de la capitale catalane, le 26 août 2017.
Une marée humaine a submergé le centre de la capitale catalane, le 26 août 2017. REUTERS/Albert Gea

Des dizaines de milliers d'Espagnols ont manifesté samedi 26 août à Barcelone avec la participation exceptionnelle du roi Felipe VI, pour dire leur « rejet du terrorisme » après les attentats qui ont fait 15 morts et 126 blessés en Catalogne, les 17 et 18 août. Mais le consensus sur le rejet du terrorisme et de la violence s’est mêlé à la revendication nationaliste. D’innombrables slogans contre le roi, contre le pouvoir central à Madrid se sont élevés du cortège.

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Avec notre envoyé spécial à Barcelone,  François Musseau

Des roses rouges, jaunes et blanches - aux couleurs de la ville - ont été distribuées aux participants, qui scandaient « No tinc por », « nous n'avons pas peur » en catalan. En fin d'après-midi samedi, les rues de la capitale catalane, Barcelone, se sont remplies d'une foule bariolée, à l'image de cette ville multiculturelle.

Sur la place de Catalogne, on a pu voir sur grand écran le roi Felipe VI, premier souverain espagnol à participer à une manifestation depuis le rétablissement de la monarchie en 1975. Il est cependant resté en retrait, plusieurs rangs derrière la banderole de tête, de même que le chef du gouvernement conservateur espagnol, Mariano Rajoy, le chef de l'exécutif régional, un indépendantiste, ainsi que de très nombreuses personnalités politiques de tous les partis venues de Madrid et d'autres régions du pays. Jamais il n'y a eu une telle concentration de tous les pouvoirs institutionnels espagnols.

Le tout premier rang était réservé aux « représentants des collectifs qui, dès la première minute, se sont occupés des victimes », selon le souhait de la mairie : policiers, pompiers, chauffeurs de taxis, commerçants ou habitants des Ramblas.

En fait, différents messages se sont mélangés lors du rassemblement. La plupart des gens, bien sûr, sont venus pour crier contre le terrorisme, pour clamer leur union contre cette barbarie. Comme Marcial Garcia, présent dans la foule avec sa fille et sa femme : « Je suis venu pour manifester mon horreur sur ce qu’il s’est passé à Barcelone, et qui s’est produit dans d’autres endroits du monde. »

Messages indépendantistes

Mais ce cinquantenaire déplore aussi que la politique se soit invitée dans la cérémonie : « la seule chose qui ne plait pas de cette manifestation, c’est qu’elle me parait un petit peu, ou pour tout dire plus qu’un peu, politisée, car on mélange tout cela avec l’indépendantisme, et je crois que ce n’est pas le moment ni l’endroit. Ce n’est pas le moment. »

Car en effet, bien d'autres colères se sont exprimées. Les revendications indépendantistes en premier lieu. Par milliers, on s’est autant déplacé pour dire non au jihadisme que pour dire oui à l’indépendance de la Catalogne.

La résponsabilité du gouvernement pointées du doigt

D'autres vitupèrent contre l'hypocrisie d'Etat. Elle ne passe pas, la présence du roi et de Mariano Rajoy, qui sont alliés à l'Arabie saoudite à laquelle l'Espagne vend des armes, monarchie qui, répètent ces foules, finance le terrorisme : « Vos politiques, nos morts », en dénonçant le fait que Madrid espère vendre prochainement cinq navires de guerre à Riyad.

« Je crois que nous nous devons d’être dans la rue, d’une part pour dire aux terroristes que n’avons pas peur et ensuite pour dire aux gouvernements que c’est aussi de leur faute du fait des ventes d’armes à des pays qui ne respectent pas les droits de l’homme », tance Marcial Garcia.

Aucun dirigeant de gouvernement étranger n'était attendu au défilé barcelonais.

Moi j’ai peur que les gens fassent la confusion, de même qu’il y a la peur des attentats, il y'a la peur que les gens se trompent

Reportage sur l'avenue Diagonale

«Nous n'avons pas peur», mot d'ordre de ce défilé géant contre la terreur, à Barcelone, le 26 août 2017.
«Nous n'avons pas peur», mot d'ordre de ce défilé géant contre la terreur, à Barcelone, le 26 août 2017. REUTERS/Juan Medina

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