Suède

Sommet social européen: le modèle suédois, failles et succès d'un système social

La police a déployé un cordon de sécurité autour du centre Svenska Massan où se tient le sommet social européen à Göteborg, en Suède, ce 17 novembre 2017.
La police a déployé un cordon de sécurité autour du centre Svenska Massan où se tient le sommet social européen à Göteborg, en Suède, ce 17 novembre 2017. Bjorn LARSSON ROSVALL / TT News Agency / AFP
Texte par : Agnieszka Kumor
5 mn

Le sommet social européen s’ouvre ce vendredi 17 novembre à Göteborg. Il réunit les chefs d’État et de gouvernement de l’Union européenne (UE) et les partenaires sociaux pour un échange de vues sur une croissance durable et des emplois équitables. L'occasion de rappeler ce modèle suédois dont on voudrait s'inspirer en France.

Publicité

S'il n'existe pas de modèle social unique en Europe, les défis sont plutôt communs. A savoir, libéraliser le marché du travail tout en maintenant des systèmes de protection sociale efficaces. Et les Suédois ont trouvé la réponse.

Avec un taux de croissance de 2,6% cette année, un budget excédentaire et un chômage sous la barre de 7%, la Suède fait des envieux, comme l'explique Emilie Bourdu. Elle est économiste et chef de projet à la Fabrique de l'Industrie, un laboratoire d'idées.

« La Suède est régulièrement prise en exemple parce qu’elle a une base industrielle robuste, qu’elle est compétitive et qu’elle a réussi à réformer son modèle social au début des années 90, rappelle Emilie Bourdu. La crise qui a touché ce pays à l’époque fut très grave. Mais la Suède a finalement réussi à maintenir un niveau élevé de protection sociale pour ses citoyens tout en garantissant le libre fonctionnement du marché et sa compétitivité. Elle a réussi, notamment, à assainir ses dépenses publiques de façon assez exceptionnelle ».

Etat providence

Et pour y parvenir, il a fallu concilier plusieurs choses. Ce qui caractérise la Suède c’est « l'équilibre entre quelque chose qui nous paraît étrange vu de France, à savoir un équilibre entre une logique de libre fonctionnement du marché et une logique de protection assurée par un Etat-Providence », conclut l'économiste Emilie Bourdu.

Cet Etat providence est le fruit d'un contrat social. Rien ne se fait en Suède sans un dialogue entre l'Etat, les partenaires sociaux et les employeurs. Un dialogue tripartite qui doit aboutir à un compromis, et qui exige une implication de la part des salariés. 70% des Suédois sont syndiqués, contre seulement 11% des salariés français. Cela accorde une légitimité aux réformes. Mais cela prend du temps, aussi. La réforme des retraites a pris quinze ans.

L’image écornée

Mais le modèle suédois a un revers. C'est l'exclusion sociale. En 2013, les quartiers défavorisés du sud de Stockholm se sont embrasés. La gauche suédoise a qualifié « d'échec cuisant » les politiques gouvernementales qui auraient, selon elle, conduit au développement de ghettos dans les banlieues. Et l'extrême droite a dénoncé une politique d'immigration « irresponsable ».

Certes, le chômage diminue en Suède, mais les travailleurs peu qualifiés, et en particulier les immigrés, ont des difficultés à trouver un emploi. Sans compter que depuis le début de la crise migratoire la Suède a accueilli 245 000 migrants. Un flux conséquent pour un pays de 10 millions d'habitants. Depuis, les conditions d'octroi de l'asile ont été resserrées. Même si cet afflux de migrants a soutenu la croissance du pays, notamment dans les services et la construction et a contribué au rajeunissement de la population.

Des modèles scandinaves

Y a-t-il, donc, des leçons à retenir du modèle suédois ? Peut-être, mais à condition d'éviter les erreurs commises par les Suédois avec la réforme de l'éducation et la sécurité sociale. Pour Philippe Aghion, professeur au Collège de France et membre du Cercle des économistes, il faudrait plutôt s'inspirer des modèles scandinaves en général. Dans sa réflexion il associe à la Suède des pays comme le Danemark, la Norvège et la Finlande.

« Il faut prendre du modèle scandinave que l’éducation doit être accessible à tous, estime-t-il. Mais je ne copierais pas l’éducation sur la Suède, je prendrais plutôt la Finlande comme exemple. Le deuxième aspect, c’est la réforme du marché du travail. Et là, ce sont plutôt les Danois qui étaient au point. Il s’agit de la flexisécurité, les allocations chômage très généreuses, mais conditionnées à la formation et le fait de ne pas refuser des emplois dans votre qualification. En France nous avons beaucoup de guichet de sécurité sociale, et eux ils essaient d’aller vers le guichet unique. On peut réconcilier une économie d’innovation avec la mobilité et la protection sociale. C‘est ce triangle-là qui est la clé du système scandinave ».

Un système dont le président Emmanuel Macron voudrait s'inspirer pour réformer la France.

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail