Russie

Russie: Vladimir Poutine prononce un discours axé sur la défense

Le président russe Vladimir Poutine pendant son discours devant le Parlement à Moscou, le 1er mars 2018.
Le président russe Vladimir Poutine pendant son discours devant le Parlement à Moscou, le 1er mars 2018. REUTERS/Maxim Shemetov

Le discours de Vladimir Poutine devant les parlementaires russes, à moins de trois semaines d’une élection que l’actuel président est sûr de remporter, était un discours traditionnel, qui a pris la tournure d’un discours de campagne, un discours aux accents militaristes. Le président russe a longuement détaillé les nouvelles prouesses technologiques de l’industrie de la Défense.

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Avec notre correspondant à Moscou, Daniel Vallot

Le premier axe du discours de Vladimir Poutine a porté sur la lutte contre la  pauvreté. Le président russe reconnaît que la situation économique de ses concitoyens s'est dégradée au cours des dernières années, en particulier celle des plus démunis. Le chef du Kremlin s'est donc fixé comme objectif de réduire de moitié le nombre de personnes vivant sous le seuil de pauvreté d'ici à 2024.

Mais, sur un discours de deux heures, près de la moitié a été consacrée aux questions de défense. Vidéo à l’appui, Vladimir Poutine a présenté dans les moindres détails les nouvelles armes mises à la disposition de l’armée russe. Un discours triomphaliste, célébrant les succès technologiques du secteur militaro-industriel : «  L’une de ces innovations, c’est ce missile de croisière doté d’une charge explosive nucléaire, avec un rayon d'action pratiquement illimité. Ce missile est quasiment impossible à détecter et il est invincible face à tous les systèmes existants et futurs de défense anti-aérienne. »

Comme à son habitude, Vladimir Poutine a évoqué les années sombres qui ont suivi l’effondrement de l’URSS et l’humiliation infligée, selon lui, à une Russie trop faible pour tenir son rang de puissance. Une époque désormais révolue aux yeux du président russe : « Aujourd’hui que la Russie est dotée d’une armée moderne et à la pointe du progrès technique, malgré toutes les difficultés économiques et financières que nous avons rencontrées, la Russie est restée une grande nation nucléaire. Il y a vingt ans personne ne nous prenait au sérieux. Personne ne nous écoutait. Eh bien, écoutez-nous maintenant ! »

Sérénité américaine

Avec ce discours militariste, Vladimir Poutine a donné le ton de sa campagne électorale : le président russe jouera à fond l’argument de la puissance militaire retrouvée. Avec l’annexion de la Crimée, et l’intervention en Syrie, Vladimir Poutine espère ainsi faire oublier aux électeurs les difficultés économiques, et la régression de leur pouvoir d’achat.

Côté américain, le discours martial du chef du Kremlin a été accueilli sereinement, signale notre correspondant à New York, Grégoire Pourtier. Le Pentagone a estimé qu’il n’y avait rien de nouveau, et que sa stratégie et son équipement actuels tenaient déjà compte de la menace potentielle russe. « Les Américains peuvent être sûrs que nous sommes pleinement préparés », a martelé une porte-parole, tandis que des experts ont relativisé la prétendue puissance de feu russe. Le département d’Etat a également approuvé la vente à l’Ukraine de 210 missiles anti-char et de 37 lance-missiles, quelques heures après le discours du président russe.


 ■ Les nouveaux types de missiles

De notre journaliste Défense, Olivier Fourt

Présenter des vidéos sur un écran géant est une chose, aligner des armes réellement opérationnelles en est une autre. Dans le catalogue de nouvelles capacités militaires présentées par Vladimir Poutine, plusieurs missiles nucléaires ont été présentés : le RS 28 Sarmat, appelé à devenir le fer-de-lance des forces stratégiques russes. Ce missile intercontinental (ICBM) est connu depuis quelques années. Il est encore en phase de test et ne sera opérationnel avant 2020 au plus tôt.

Désigné SATAN-2 par l'OTAN c'est une énorme fusée tirée depuis un silo enterré, et pouvant emporter plus d'une dizaine de têtes nucléaire de différents types. Objectif, frapper les Etats-Unis en déjouant les défenses américaines.

L'autre missile qui inquiète l'Alliance atlantique, c'est le RS 26, missile nucléaire monté sur rampe mobile. Lui serait plutôt conçu pour frapper en Europe. Il est quasi opérationnel (il pourrait donc violer le traité INF signé dans les années 1980 sur l'interdiction des missiles d'une portée de 500 à 5500 km).

Toujours en expérimentation, un missile anti-navires hypersonique (kinzahl) qui devrait voler à 10 fois la vitesse du son, ce projet est à portée de main des Russes. En revanche Vladimir Poutine a aussi parlé d'un missile de croisière à portée illimitée car propulsé par un moteur nucléaire. Ce mode de propulsion a été envisagé dès les années 1960 aux Etats-Unis (projet SLAM Supersonic Low Atltitude Missile) mais n'a jamais débouché sur quelque chose de concret.

Autre projet sujet à caution, une énorme torpille nucléaire (Status6) censée prendre pour cible les villes côtières. Son utilité reste à démontrer ; pour l'heure ce n'est encore qu'une image sur ordinateur.

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