Hongrie / Viktor Orban

Législatives en Hongrie: l’inquiétude monte à Budapest après le triomphe d’Orban

Dans un bureau de vote de Budapest lors du scrutin pour les législatives, le 8 avril 2018.
Dans un bureau de vote de Budapest lors du scrutin pour les législatives, le 8 avril 2018. REUTERS/Bernadett Szabo

Si le Fidesz, le parti ultraconservateur de Viktor Orban, a de nouveau triomphé dans les campagnes, dans la capitale les habitants sont beaucoup plus favorables aux partis d'opposition. Le Fidesz est accusé d'avoir muselé depuis 2010 de nombreuses institutions et contre-pouvoirs du pays, comme les médias et la justice, mais aussi l'économie et la culture. Le tout légalement, grâce à sa super-majorité au Parlement et sans s'émouvoir des critiques de la Commission européenne et de nombreux observatoires internationaux. A Budapest, au sein de la population, l'inquiétude est palpable. Reportage.

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De notre envoyée spéciale à Budapest,

Dès que l’on sort de la capitale, il devient difficile de poser des questions sur la politique. Les Hongrois sont nombreux à refuser une interview devant un journaliste étranger avec son micro. A Budapest, même quand on interroge un fonctionnaire ou quelqu’un qui a une position publique, les quelques réponses peuvent être allusives, évasives. En revanche, quand on éteint le micro, l’interlocuteur vérifie que les portes et les fenêtres sont fermées, baisse un peu la voix et ensuite seulement s’autorise à dire tout le mal qu’il pense du pouvoir.

Eva Fodor est, elle, salariée du privé. Professeure à l’université d’Europe centrale de Budapest, l’université fondée et financée par Georges Soros, le milliardaire américano-hongrois catalogué ennemi public numéro 1 par Viktor Orban. Cette enseignante libre de sa parole décrit un climat pesant à l'oeuvre dans le pays.

« Oui, il y a une forme de peur. Certaines personnes ont peur de mesures de rétorsion si elles disent ce qu’elles pensent. Enfin, c’est surtout de perdre leur travail que les gens ont peur. Rien de pire, enfin pour l’instant, car on ne sait pas ce qui peut arriver. C’est un sentiment qu’on connait bien, celui qu’on avait sous l’époque communiste. Il avait disparu, mais maintenant ça revient. Et cette peur que les gens ressentent et expriment, elle s’est intensifiée ces dernières années », dit-elle.

L’université d’Europe centrale est justement dans la ligne de mire du gouvernement. Menacée de fermeture depuis des mois, elle retient son souffle depuis le résultat des élections. L’année dernière, les toutes premières attaques du gouvernement avaient suscité des manifestations de dizaines de milliers de personnes dans les rues de Budapest.

«  Je crains qu'il n'y ait plus de liberté d'expression. »

Dimanche soir à Budapest, après l’annonce des résultats des législatives, des protestations ont éclaté. Quelques centaines d'étudiants au cœur de la nuit réunis devant l'Assemblée nationale, criant des slogans anti-Orban entourés par des policiers. Les responsables d'ONG qui ont pignon sur rue – c'est le cas de Transparency International Hongrie par exemple – s'expriment parfaitement librement et à Budapest aussi, aux terrasses de café ou au téléphone dans la rue, on ne cache pas son opinion, même si dans cette ville qui a donné majoritairement ses voix à l'opposition, on ne cache plus son inquiétude.

« Je crains qu'il n'y ait plus de liberté d'expression, confie une militante. J'ai peur qu'encore plus de gens quittent le pays et aillent faire leur vie ailleurs. Je crains que l'espoir des intellectuels et des gens qui veulent le changement soit désormais brisé. J’ai peur que les gens ne viennent plus chez nous et c'est ce qui va nous enfermer encore plus. J'ai vraiment peur de ce qui va se passer, ici, dans les prochaines années »

Juste après les résultats des élections, le gouvernement l'annonçait : la loi dite « Stop Soros » sera une des premières votées au Parlement, une loi anti-ONG. Le ministère de l’Intérieur pourra alors recourir aux services secrets pour surveiller la société civile.

(Re) lire : [Reportage] Législatives en Hongrie: pourquoi ils votent pour Viktor Orban

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