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Arménie

Scènes de liesse en Arménie après la démission du Premier ministre Sarkissian

Des dizaines de milliers de manifestants arméniens se sont réunis sur la place de la République en plein coeur d'Erevan pour fêter le départ du Premier ministre et ex-président Serge Sarkissian.
Des dizaines de milliers de manifestants arméniens se sont réunis sur la place de la République en plein coeur d'Erevan pour fêter le départ du Premier ministre et ex-président Serge Sarkissian. REUTERS/Hayk Baghdasaryan/Photolure
Texte par : RFI Suivre
5 min

Le Premier ministre arménien renonce. Au onzième jour de manifestations anti-gouvernementales dans la capitale Erevan, Serge Sarkissian a annoncé sa démission ce lundi 23 avril. Il est accusé par ses opposants de chercher à s'accrocher au pouvoir après dix années passées à la présidence.

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« Je quitte le poste de dirigeant du pays », a déclaré Serge Sarkissian, selon son service de presse cité par l'agence de presse officielle Armenpress. Le chef de la contestation et député Nikol Pachinian « avait raison et moi je me suis trompé », a reconnu Serge Sarkissian. Il s'était fait récemment nommer Premier ministre, après avoir passé dix ans à la tête du pays.

Cette annonce intervient au onzième jour de la contestation, alors que des manifestants défilent par milliers dans les rues de la capitale. Les choses se sont accélérées ces deux derniers jours, avec d’abord dimanche matin l’arrestation du chef du mouvement de contestation, le député d’opposition Nikol Pachinian, et de deux autres députés, quelques minutes après la tentative de dialogue avortée avec le chef du gouvernement. Cela a sans doute poussé plus de personnes à sortir dans les rues, à cesser le travail et à mener des actions de désobéissance civile non violentes.

Par ailleurs, ce lundi matin, des militaires en uniformes se sont joints aux cortèges. Une prise de position qui a pu influencer la décision de Serge Sarkissian. La police fait aussi savoir qu’elle a soutenu les actions de protestation pacifiques.

Je suis là et nous tous nous sommes là pour en finir avec Sarkissian et arriver à avoir un vrai pays, une Arménie libre et indépendante, où il n'y aura plus de dirigeants comme ça. Je veux qu'on soit tous libres, que le pays se développe. Les dirigeants c'est nous, c'est nous les dirigeants!

Scènes de liesse à Erevan après l'annonce de la démission de Serge Sarkissian

Explosions de joie

C’est une véritable euphorie qui régnait ce lundi 23 avril à Erevan, commente notre envoyé spécial à Erevan, Régis Genté. Une euphorie comme l'Arménie n'en a certainement pas connu depuis très longtemps. C'est un concert de klaxons sans fin, les gens défilaient avec le drapeau tricolore arménien sur leurs épaules, qui sabrent le champagne  –local en tout cas – dans les rues d'Erevan. Des dizaines de milliers de personnes ont rejoint la place de la République qui a été l'épicentre de ces onze jours de manifestations.

Une foule composée en grande partie de jeunes  –des étudiants et même des lycéens – qui sont venus dire leur ras-le-bol de ce pouvoir corrompu, qui ne leur donne aucun espoir, tous les bons postes dans l'administration et dans le privé étant réservés à l'entourage du président, des députés, etc.

Pour Armen, un habitant de 60 ans rencontré par RFI aux abords de la place de la République, aucun doute, c'est bien la jeunesse qui vient de renverser Serge Sarkissian. « Je suis heureux parce que mon peuple se bat pour la justice et a déjà remporté une victoire, salue-t-il. Bientôt, ce sera la victoire finale et nous vivrons bien mieux. Il faut que ce parasite parte, le plus loin sera le mieux. Ces assemblées de jeunes sont calmes, ils sont bien plus intelligents que nous. Les jeunes nous ont ouvert la rue, et lui, Sarkissian, il ne faisait que les fermer. »

Le meneur du mouvement de contestation Nikol Pachinian célèbre la démission de Serge Sarkissian avec des manifestants.
Le meneur du mouvement de contestation Nikol Pachinian célèbre la démission de Serge Sarkissian avec des manifestants. REUTERS/Vahram Baghdasaryan/Photolure

Libération du leader de la contestation

Accueilli en héros sur la place de la République, Nikol Pachinian a rendu hommage aux manifestants. « Citoyen fier d'Arménie, tu as gagné ! Et personne ne peut te priver de cette victoire ! » a lancé le député d’opposition qui venait d’être libéré après avoir été arrêté la veille au cours d’une manifestation.

Le chef du mouvement de contestation dont le parti est minoritaire au Parlement veut avoir son mot à dire dans la suite du processus politique, qui s’annonce d’ores et déjà compliqué. Le Parlement reste dominé par une coalition menée par le Parti républicain de Serge Sarkissian. Il dispose d’une confortable majorité. Les diverses formations siégeant au Parlement ont sept jours pour proposer leurs candidats au poste de Premier ministre.

Nikol Pachinian, lui, souhaite prendre part à la composition du futur gouvernement provisoire qui devra mener, selon lui, le pays à des élections législatives anticipées. Quant à celui qui prendra la tête de ce gouvernement, il doit être choisi par le peuple, estime le député d’opposition qui a d’ores et déjà prévu de rencontrer le Premier ministre par intérim, Karen Karapetian. Les négociations doivent débuter mercredi matin, après une journée du 24 avril durant laquelle les Arméniens commémorent une page sombre de leur histoire : le génocide de 1915.

Si on respecte la Constitution qui vient d'être modifiée, le Parlement devrait élire un nouveau Premier ministre qui assurera l'essentiel du pouvoir. Or, le Parlement est pour l'instant contrôlé par le parti de Serge Sarkissian, le Premier ministre démissionnaire. Il est donc difficile d'imaginer que l'opposition puisse prendre le contrôle du pays.

Samuel Carcanague, chercheur à l'Iris

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