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Arménie

Avec la chute de Serge Sarkissian, l'Arménie tourne une page de son histoire

Des manifestants célèbrent la démission du Premier ministre Serge Sarkissian dans le centre d'Erevan, en Arménie, le 23 avril 2018.
Des manifestants célèbrent la démission du Premier ministre Serge Sarkissian dans le centre d'Erevan, en Arménie, le 23 avril 2018. REUTERS/Vahram Baghdasaryan/Photolure
Texte par : RFI Suivre
5 mn

Après une dizaine de jours de protestation, les Arméniens ont réussi à faire plier le Premier ministre. Serge Sarkissian a présenté lundi sa démission. Il justifie son départ en invoquant la nécessité de préserver « la paix civile » après plusieurs jours d’une contestation qui commençait à s'étendre à tout le pays. Les manifestants protestaient contre les pouvoirs qu'il s'était attribués en devenant Premier ministre après dix ans à la présidence. Jusque tard lundi soir les Arméniens ont fêté son départ. Ce mardi 24 avril, c'est une page de l'Arménie qui se tourne, le jour même de la commémoration du génocide.

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Le meneur de la contestation populaire, le député Nikol Pachinian, a appelé lundi soir à ce que cette journée de commémoration du génocide soit non politisée, qu’elle soit celle de « l’unité du peuple arménien ». La demande semble naturelle en Arménie, mais dans le contexte de la chute obtenue de haute lutte du Premier ministre, elle sonne aussi comme une nécessité politique.

Il s'agit donc d'une « parenthèse dans une révolution de velours », estiment les protestataires. Ce matin, le président, le Premier ministre par intérim et les autorités religieuses du pays ont emprunté la route qui serpente depuis la capitale sur la colline surplombant Erevan. C'est au mémorial dédié aux victimes du génocide que l'hommage officiel s'est tenu.

« Nous montrons au monde aujourd'hui que, malgré les difficultés et nos problèmes internes non résolus, nous restons ensemble et unis », a expliqué Karen Karapetian, chef du gouvernement par intérim dans un communiqué.

Karen Karapetian doit rencontrer demain mercredi Nikol Pachinian, qui entend poursuivre la mobilisation. « Notre révolution ne peut pas s'arrêter à mi-chemin, j'espère que vous allez continuer jusqu'à la victoire finale », a-t-il déclaré à ses partisans.

Le début d'une bataille politique

La bataille politique en Arménie est en effet loin d’être terminée. Le Parlement est largement dominé par une coalition menée par le Parti du désormais ex-Premier ministre, Serge Sarkissian, qui dispose de 65 sièges sur 105. Un vote à l'Assemblée est prévu dans un délai de sept jours pour désigner un successeur au Premier ministre.

Or le pays a beau être un petit Etat, corrompu, rongé par le népotisme, il n’en est pas moins tenu par un système puissant qui a tout verrouillé, les organes de force, les médias, l’économie. Et la page qui s’est ouverte lundi reste à écrire. Ce sera celle du démantèlement du système réclamé par la rue.

Notre envoyé spécial à Erevan, Régis Genté, se dit frappé par la présence, toute la journée d’hier, de la jeunesse dans la rue, exigeant un meilleur futur et la fin de l’accaparement des bons emplois et des bons secteurs de l’économie par une clique d’individus qui tournent autour du pouvoir.

Et c’est en cela que la victoire d’hier apparaît comme étant celle du peuple. Mais ce n’est qu’une bataille remportée. Pour gagner la guerre contre ce système, les Arméniens vont devoir restés unis et mobilisés.

Soutien prudent de l’allié russe

Reste également à savoir si cette nouvelle page s'écrira avec le soutien de Moscou, qui considère l’Arménie comme l’un de ses plus proches alliés. Pour l'heure, les autorités russes se montrent prudentes, même si les premières réactions officielles sont plutôt encourageantes.

Lundi soir, Dmitri Medvedev, le chef du gouvernement russe, a exprimé son soutien au peuple arménien au cours d’une conversation téléphonique avec le Premier ministre arménien par intérim, Karen Karapetian, rapporte notre correspondant à Moscou, Daniel Vallot.

La porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères s’est également fendue d’une déclaration de soutien : « Arménie, la Russie sera toujours avec toi » a écrit lundi Maria Zakharova sur les réseaux sociaux.

Moscou reste vigilante

Si la Russie s’abstient donc de condamner cette révolution de velours, les autorités russes vont certainement rester vigilantes et surtout s’assurer que l’Arménie ne remettra pas en cause l’alliance qui lie les deux pays. La Russie dispose notamment d’une base militaire en Arménie.

Le mouvement de contestation arménien a d’ailleurs pris soin ces derniers jours de ne formuler aucune critique à l’encontre de Moscou et son leader a répété lundi soir que son mouvement n’avait aucune motivation géopolitique. Aucune raison, donc, de faire un parallèle par exemple avec le Maïdan ukrainien de 2014.

Reste une réalité : une contestation populaire qui met fin au règne d’un dirigeant dont la longévité au pouvoir est contestée. Un scénario honni aux yeux du Kremlin, d’autant plus que la manœuvre consistant à échanger le poste de président avec celui de Premier ministre, à l’origine de cette mobilisation en Arménie, a été déjà utilisée par Valdimir Poutine.

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