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Europe / Transports

La gratuité des transports en commun, une idée qui progresse en Europe

« Les bus de la ville de Dunkerque sont gratuits, tous les jours et pour tout le monde, depuis le 1er septembre. »
« Les bus de la ville de Dunkerque sont gratuits, tous les jours et pour tout le monde, depuis le 1er septembre. » RFI/David Baché
Texte par : David Pauget
7 mn

Anne Hidalgo, la maire de Paris, a annoncé le 10 janvier la gratuité des transports en commun en Île-de-France, dès septembre, mais seulement pour les enfants. Quelles sont les villes qui ont déjà fait le pari d’une gratuité totale en Europe ?

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Les jeunes âgés de 4 à 11 pourront voyager gratuitement dès septembre dans les transports en commun en Ile-de-France. C’est ce qu’a annoncé le 10 janvier la maire de Paris, Anne Hidalgo, écartant ainsi l’idée d’une gratuité totale après neuf mois de réflexion et de consultation.

« La gratuité ne peut pas être à elle seule l’alpha et l’oméga d’une politique de transports ou de mobilité », a-t-elle défendu dans un entretien à Libération. Pourtant, de plus en plus de villes en France et en Europe choisissent de mettre en place cette politique.

Dunkerque, plus grande agglomération en France à avoir fait ce choix

Depuis le 1er septembre 2018, Dunkerque est la première agglomération française de plus de 200 000 habitants à appliquer la gratuité des transports. Une mesure qui concerne les bus de ses 17 communes, qui étaient largement sous-utilisés. Pour compenser le coût, estimé à environ 8 millions d’euros par an, la collectivité a renoncé à construire une nouvelle salle de sports et de concerts.

Depuis les années 2000, le nombre de collectivités françaises ayant fait ce choix ne cesse d’augmenter. Elles sont aujourd’hui près d’une trentaine : Châteauroux, Gap, Niort, Vitré, Figeac, Castres, etc.

A Calais, la maire Natacha Bouchart (Les Républicains), a annoncé en novembre dernier la gratuité des bus dans l'agglomération à partir de 2020. Elle a présenté cette mesure comme une réponse au mouvement des « gilets jaunes ».

Le Luxembourg, premier pays à rendre gratuits tous les transports en 2020

Dès 2020, le Luxembourg (600 000 habitants) va franchir le pas, devenant alors le premier pays au monde à instaurer la gratuité de tous ses transports publics. L'accord de coalition du gouvernement, au pouvoir depuis décembre dernier, mentionne que « la gratuité des transports publics [bus, train et tram] sera introduite sur le territoire du Grand-Duché de Luxembourg durant le premier trimestre 2020 ». Double objectif : réduire les bouchons et améliorer la qualité de l'air

La conjoncture de ce contexte à la fois économique, social et environnemental fait qu’on plébiscite de plus en plus cette mesure.

Maxime Huré

L'Estonie a déjà devancé le Luxembourg sur la gratuité des bus, mise en application depuis le 1er juillet 2018 (les trains sont cependant restés payants). Depuis 2013, ils étaient déjà gratuits à Tallinn, la capitale. Cette politique a été évaluée positivement dans le pays, contribuant à animer les zones rurales et éviter un exode vers les villes.

« On observe aujourd’hui une accélération du passage à la gratuité des transports collectifs dans de nombreuses villes françaises et européennes », note Maxime Huré, maître de conférences en science politique à l'université de Perpignan et chercheur à Sciences Po Lyon. Ce spécialiste des transports publics gratuits l’explique par « un contexte porteur » : cette mesure permettrait de répondre aux problèmes environnementaux (favoriser les transports en commun par rapport à la voiture) et aux problématiques sociales, notamment sur le pouvoir d’achat.

Les associations d'usagers de transports critiques

Cette idée a néanmoins ses détracteurs. Selon la Fnaut (Fédération des associations d'usagers des transports), elle cacherait, à long terme, « des effets pervers sous-estimés », en particulier une paupérisation du système de transports à cause d’un manque de financement.

De plus, selon la Fnaut, la gratuité des transports publics ne suffirait pas à attirer les automobilistes, contrairement à une véritable amélioration de l’offre de transports, qui nécessite donc des investissements. Plusieurs villes ont d’ailleurs abandonné cette politique à cause de son coût, comme Bologne en Italie et Castellón en Espagne.

« Il y a des arguments financiers qu’on peut prendre très au sérieux », souligne Maxime Huré, faisant aussi remarquer que les difficultés financières et techniques sont plus importantes sur les grands réseaux, dans les villes de plus grande taille. Néanmoins, selon lui, les évaluations menées jusqu’à présent sont positives.

« Les réseaux de Châteauroux, de Dunkerque, qui ont mesuré les effets de la gratuité des transports, ont montré une baisse des actes de vandalisme : comme il y a plus de monde, le contrôle social est plus intense, et ils sont donc moins présents », donne-t-il en exemple. La difficulté dans le débat sur la question, selon lui, réside dans le fait que « peu de villes entreprennent une démarche d’évaluation ».

à (ré)écouter: Des transports en commun gratuits en France et en Europe

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