Royaume-Uni / Brexit

Brexit: Theresa May et le Parlement britannique demandent un nouvel accord

L'amendement proposé par la députée conservatrice Caroline Spelman pour exclure une sortie de l'Union européenne sans accord a été adopté par 318 voix contre 310.
L'amendement proposé par la députée conservatrice Caroline Spelman pour exclure une sortie de l'Union européenne sans accord a été adopté par 318 voix contre 310. Reuters TV via REUTERS

Theresa May veut rouvrir les négociations avec l'Union européenne. C'est ce que la Première ministre britannique a dit aux députés du Parlement ce 29 janvier. Ces derniers votaient ce mardi soir sur un certain nombre d'amendements visant à encadrer la négociation. Malgré les avertissements répétés des Vingt-Sept expliquant que l'accord rejeté le 15 janvier n'est pas renégociable, le Parlement britannique demande quand même un nouvel accord.

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Avec notre correspondante à Londres,  Muriel Delcroix

Objectif atteint pour Theresa May : le vote en faveur de cet amendement (317 voix pour, 301 contre) qui demande de remplacer la clause du « backstop » nord-irlandais par des « mécanismes alternatifs » signifie qu’elle a le soutien d’une grande partie du Parlement.

La Première ministre est d’ailleurs venue conclure cette soirée de votes en proclamant qu’elle avait désormais un mandat clair pour se tourner vers ses partenaires européens et leur dire que si le « filet de sécurité » est modifié, le Parlement est prêt à ratifier un accord de retrait et le Royaume-Uni peut sortir comme prévu le 29 mars.

Le problème bien sûr c’est que le bloc européen ne donne aucun signe de vouloir rouvrir l’accord de retrait et toucher au « backstop », les Vingt-Sept l’ont dit et répété encore et encore, il n’en est pas question. Personne ne sait donc à l’heure actuelle ce qui peut se passer dans les prochains jours. « Il faut attendre de voir quelle va être l'évolution, s'il y a évolution, de la position des dirigeants européens par rapport à ce qui a été voté par la chambre des communes », explique Keith Dixon, professeur honoraire de civilisation britannique à l'université de Lyon, pour qui cet amendement risque de ne pas peser lourd face à la position de l'Union européenne.

Ce qui est sûr, c’est que cet amendement et sa volonté de rouvrir l’accord de retrait permet à Theresa May de gagner du temps, même si dans le fond sa stratégie reste probablement de finir par mettre les députés au pied du mur notamment les Brexiters qui ne voudront pas d’un Brexit doux et encore moins risquer de ne pas sortir du tout et pourraient finalement voter à contrecœur pour son accord.

Pas de report et pas de Brexit sans accord

Un peu plus tôt, l’amendement de la travailliste Yvette Cooper pour éviter un no deal avait été rejeté malgré le soutien du parti Labour, ce qui enlève une épine du pied de Theresa May qui aurait été obligée par une loi de repousser la date du Brexit de plusieurs mois.

Néanmoins le Parlement a clairement indiqué en votant en faveur d’un autre amendement qu’il n’était pas prêt à un Brexit sans accord. Cet autre amendement n’est pas contraignant, mais il signale, notamment à l’UE que dans les semaines à venir, lors d’une nouvelle série de votes, les députés tenteront à nouveau de reprendre la main pour empêcher un no deal si le Brexit est toujours dans l’impasse.

Tobias Ellwood est député conservateur sous-secrétaire d’Etat (aux Droits de l’homme et aux Anciens combattants) du gouvernement de Theresa May. Opposé au Brexit, il soutient néanmoins l’accord de sortie et il espère que les dirigeants européens feront preuve de souplesse pour permettre une sortie de l’impasse.

« Nous sommes à l’instant de vérité, estime-t-il. Il y a une semaine l’accord de la Première ministre a été rejeté par le Parlement à cause de la disposition du filet de sécurité pour l’Irlande du Nord. Le Parlement a eu la possibilité de s’exprimer : il  l’a dit il veut quitter l’Union européenne dans le cadre d’un accord. Nous en sommes si proches ! Il reste des détails techniques à régler pour garder la frontière terrestre ouverte en Irlande. J’espère vraiment que l’UE va reconnaitre qu’un tout petit peu de compromis, juste un dernier pas, dans ce puzzle compliqué, permettrait de mener à bien l’ensemble du dispositif de sortie. C’est ce à quoi nous devons arriver. Et j’espère, alors que le 29 mars approche, que l’intelligence et le bon sens  prévaudront. C’est dans l’intérêt de tous, y compris de l’Union européenne. Donc, on a un bon accord sur la table, comme je l’ai dit, il n’y a qu’un point qui demande une petite modification, c’est une toute petite partie de l’accord de sortie. Il faut régler ce point, et avancer. »


Reportage : les députés continuent à être extrêmement divisés

Une majorité de députés britanniques ont donc fait savoir qu’ils pourraient accepter l’accord de compromis de Theresa May si et seulement si la Première ministre arrache à l’UE un changement de taille, la modification du backstop. Une décision dont s’est félicitée la dirigeante ainsi que nombre de ses députés dont le flamboyant brexiter Boris Johnson : « Ce à quoi on a assisté aujourd’hui est assez merveilleux. Notre parti uni donne un mandat à Theresa May pour obtenir un meilleur accord et croyez- moi, elle peut y arriver. Ce qui obligera l’UE à changer d’avis c’est que nous sommes un immense partenaire commercial ! »

 

Mais si cette unité retrouvée le temps d’un vote réjouit les conservateurs, côté remainers, on est plutôt catastrophé. « C’est une décision complètement folle de la part du Parlement, témoigne la députée du SNP écossais Kirsty Blackman. Je ne comprends pas comment la Première ministre s’est retrouvée dans cette position : nous sommes si proches du Brexit, comment est-ce possible d’en être seulement à ce stade ? Demander une extension de l’article 50 est la seule chose qu’elle puisse faire désormais… »

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