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Brexit: en Irlande du Nord, la crainte d'une nouvelle frontière physique

Un autocollant «pas de frontière, pas de Brexit» collé sur un panneau de signalisation à Londonderry.
Un autocollant «pas de frontière, pas de Brexit» collé sur un panneau de signalisation à Londonderry. REUTERS/Clodagh Kilcoyne

Le Brexit aura-t-il lieu ? A quatre semaines de la date de sortie du Royaume-Uni, c’est toujours l’incertitude. En Irlande du Nord, une sortie sans accord entraînerait la création d’une nouvelle frontière physique avec la République d’Irlande et raviverait les tensions entre catholiques et protestants vingt ans après la mise en œuvre d’un processus de paix qui a mis fin à trente ans de guerre civile. Reportage à Londonderry, Derry pour les catholiques, deuxième ville d’Irlande du Nord située à la frontière avec la République d’Irlande.

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Les paroissiens de la cathédrale Saint-Eugene avaient retrouvé un peu de sérénité, vingt ans après un conflit sanglant qui a commencé ici dans le Bogside, le quartier pauvre et catholique de Derry mais aujourd’hui ils s’inquiètent pour leur avenir à l'image d'un paroissien. « C’est juste un grand désordre, personne n’en veut, mais qu’est qu’on peut faire ? c’est le rôle des politiciens d'agir »

Un autre renchérit: « Ils nous maintiennent dans le noir, personne ne sait de quoi sera fait l’avenir donc on ne peut rien prévoir, ça va arriver, mais personne ne sait rien ».

« Personne n'y comprend rien »

« C’est une chose terrible le Brexit, personne n’y comprend rien, si on n’a pas d’accord il y aura une frontière dure et il y aura des problèmes, particulièrement à Derry parce qu’on est si près de la frontière ici, je ne sais pas comment on va s’en sortir », témoigne un autre habitant de Derry.

Ses craintes sont partagées par une autre paroissienne, « Il y a beaucoup de confusion autour du Brexit et comme on est près de la frontière cela va nous affecter énormément. Mon mari traverse la frontière tous les jours pour aller travailler donc ça me rend vraiment nerveuse ».

« Conséquences désatreuses pour l'Irlande du Nord »

Colin Harvey, originaire de Derry est spécialiste du conflit qui a ensanglanté l’Irlande du Nord pendant 30 ans. Il se dit inquiet pour l’avenir du processus de paix mis en place et garanti à la fois par la Grande-Bretagne et l’Union européenne. Pour ce professeur à la Queens University à Belfast la seule solution acceptable est le « filet de sécurité » - en anglais backstop - proposé par Theresa May.

« Le backstop pour moi a du sens, premièrement parce qu’il évite une frontière dure avec la République d’Irlande, deuxièmement il protège les accords de paix du Vendredi saint et enfin nous avons beaucoup d’échange de biens et de personnes avec la République d’Irlande et ce que le backstop propose c’est de permettre que cela continue donc je pense que c’est une proposition raisonnable et simple et que le gouvernement britannique devrait le mettre en place. »

Une sortie sans accord aux conséquences « désastreuses »

Cette solution qui éviterait de recréer une frontière matérialisée entre l’Irlande du Nord et la République d’Irlande a été rejetée par le DUP, le parti Nord irlandais théoriquement allié du gouvernement de Theresa May au Parlement britannique. Néanmoins, le DUP ne représente pas tous les protestants d’Irlande du nord. Mike Nesbitt, du Parti unioniste d’Ulster n’hésite pas à critiquer la position jusqu’au-boutiste de ses collègues : « Deux ans après le référendum, je n’ai toujours pas compris les conséquences pour l’Irlande du Nord d’une sortie sans accord car elles n’ont jamais été  clairement évoquées, mais tout le monde considère qu’elles seraient désastreuses  ».

Le « filet de sécurité », qu’il s’agisse d’une frontière naturelle en mer d’Irlande entre l’Irlande du Nord et le reste du Royaume-Uni ou du maintien de ce pays dans le marché unique permettrait aux Nord-Irlandais de conserver le meilleur des deux mondes.

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