Royaume-Uni / Brexit / UE

Brexit: conditions et enjeux d'un report à long terme

Le président français Emmanuel Macron et la Première ministre britannique Theresa May se quittent après une réunion sur le Brexit, à l'Élysée à Paris, le 9 avril 2019.
Le président français Emmanuel Macron et la Première ministre britannique Theresa May se quittent après une réunion sur le Brexit, à l'Élysée à Paris, le 9 avril 2019. REUTERS/Philippe Wojazer

Le scénario d’une sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne sans accord s’éloigne, du moins à court terme. À quelques heures d'un sommet extraordinaire mercredi 10 avril, la solution d'une longue extension pourrait être décidée mais sous conditions.

Publicité

« Nous n’avons jamais été opposés à une extension par principe » du Brexit, dit un diplomate à l’Élysée. Sauf que Paris, qui était jusqu’ici sur la ligne de « l’accord signé avec l’Union européenne ou la sortie sèche » comme le Luxembourg ou la Belgique, envisage désormais une longue extension.

L’option d’une « flextension », c’est-à-dire une date maximale de sortie, est préférée : si les Britanniques trouvent une solution avant, ils seraient alors libres d’entamer un Brexit.

Une des batailles de ce Conseil européen va donc certainement se jouer sur la durée du report du divorce. Angela Merkel plaide pour une date jusqu’à début 2020. Un an de plus, propose le président du Conseil européen Donald Tusk, mais cela est un délai bien trop long pour la France.

Faut-il en conclure que tout risque de sortie sans accord du Royaume-Uni est écarté ? En tout cas, les vingt-sept  autres pays membre de l'Union européenne vont tout faire pour l’éviter. Pour certains pays, les conséquences économiques d'un scénario de « no deal » peuvent être très négatives. Mais ce n’est pas la seule raison : dans cette affaire, l’UE n’a pas très envie de passer pour le mauvais partenaire ou celui qui aurait poussé à une rupture brutale.

Pas question de donner des gages aux eurosceptiques

Surtout en cette période, très délicate : il reste moins de sept semaines avant le vote pour les Européennes, prévu entre le 23 et le 26 mai, selon les pays. Pour Paris tout particulièrement, pas question de servir aux eurosceptiques et aux populistes sur un plateau l’argument selon lequel l’Union européenne serait un monstre bureaucratique qui empêcherait la volonté populaire de s’exprimer et lui ferait payer le prix fort pour son départ.

Malgré tout, repousser la date du divorce ne voudrait pas dire que Bruxelles pense qu’une solution peut émerger de Londres. Les Européens le répètent sur tous les tons : « oui » à un report de la date de sortie, mais seulement si Londres montre qu’une solution se dessine. En réalité, ils doutent beaucoup. Theresa May dit qu’elle veut faire adopter l’accord signé avec l’UE lors d’un quatrième vote au Parlement, mais c’est un scénario « fragile », selon une source diplomatique à Paris.

Écarter Londres de toute interférence à Bruxelles

Personne n’en parle, mais une longue extension laisserait aussi la porte ouverte à un second référendum ou bien à des élections générales. Ce qui pourrait mener vers un potentiel changement de majorité et de Premier ministre, soit une longue période d’incertitude pendant laquelle les Britanniques vont donc rester membres de l’UE.

C’est là où le bât blesse pour Paris, qui souhaiterait obtenir des garanties en cas de longue extension : entre autres, demander à Londres une déclaration politique stipulant que le pays s’engage à ne pas interférer dans les affaires européennes, comme dans le choix du président de la Commission ou ne pas mettre de veto au budget. Pour être sûr que l’engagement soit tenu, Paris envisage la mise en place d’un comité de suivi des engagements. Car « sur le fonctionnement de l’Union européenne, on ne peut pas faire le pari de la confiance », dit l’Élysée.

Participation aux européennes

Une longue extension voudrait également dire que le Royaume-Uni participerait aux élections européennes et devrait désigner 73 eurodéputés. Ceux qui devaient prendre leurs places - dont cinq pour la France - devront attendre leur départ pour rejoindre le Parlement européen. Ces élus-là seront, sur le papier, sur un pied d’égalité avec les autres et pourront s’investir dans la machine européenne.

Ce scrutin peut-il mobiliser dans un Royaume-Uni sur le départ ? Difficile de savoir si les électeurs se déplaceraient, étant déjà écœurés du feuilleton et très majoritairement remontés contre leur classe politique. De l’autre côté, des brexiters frustrés de ne pas sortir de l’Union européenne pourraient également se mobiliser pour donner davantage d’élus et donc du poids à un grand groupe populiste et eurosceptique.

La prolongation du délai avant le Brexit devrait être aussi courte que possible. Mais elle doit, malgré tout, avoir une durée nous permettant de travailler sereinement sans avoir des sommets extraordinaires incessants. Notre souhait que le Brexit ait lieu conformément à un accord conclu avec le Royaume-Uni n’a pas changé. C’est pourquoi je plaide pour qu’une prolongation de plusieurs mois soit décidée, si une majorité se dégage pour cette solution ce soir. Mais ce délai supplémentaire doit rester flexible et permettre à la Grande Bretagne dès que les conditions seront réunies de quitter l’Union européenne. Le gouvernement allemand souhaite toujours que le Brexit se fasse de la façon la plus coordonnée possible.

Angela Merkel

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail