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Russie

Russie: le journaliste d'investigation Ivan Golounov inculpé pour trafic de drogue

Un journaliste russe proteste contre l'arrestation de son confrère Ivan Golounov, le 7 juin 2019 à Moscou.
Un journaliste russe proteste contre l'arrestation de son confrère Ivan Golounov, le 7 juin 2019 à Moscou. Alexander NEMENOV / AFP
Texte par : RFI Suivre
5 mn

Le journaliste d'investigation russe Ivan Golounov a été inculpé ce 8 juin pour tentative de trafic d'une « quantité importante de drogue », a annoncé son avocat. Il a ensuite été admis dans un hôpital de Moscou après s'être senti mal pendant sa détention.

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« Ivan Golounov a été inculpé pour tentative de trafic de drogue », a déclaré l'avocat du journaliste russe, Pavel Tchikov, sur la messagerie Telegram. Il y a publié un document de la police accusant le journaliste du média indépendant Meduza d'avoir tenté de vendre « une quantité importante » de cocaïne et de méphédrone. Ivan Golounov a ensuite été admis dans un hôpital de Moscou après s'être senti mal pendant sa détention.

Journaliste pour le média indépendant en ligne Meduza, il a notamment écrit des articles sur le partage mafieux du business des cimetières et sur d'autres affaires de corruption et de détournements de fonds.

La police affirme avoir arrêté le 6 juin à Moscou le journaliste en possession de près de quatre grammes de méphédrone, une drogue de synthèse, trouvés dans son sac à dos, puis avoir découvert d'autres sachets contenant des stupéfiants au cours d'une perquisition à son domicile.

Mauvais traitements en détention

Ivan Golounov est soupçonné de « trafic de drogue » et encourt jusqu'à 15 ans de prison. Il rejette les accusations portées contre lui et affirme que ces sachets de drogue ne lui appartiennent pas. Il a comparu ce samedi devant un tribunal qui l'a assigné à résidence jusqu'au procès.

« Nous avons des raisons de croire que Golounov est persécuté en raison de son travail journalistique », ont déclaré des responsables du média dont le siège est à Riga, en Lettonie, pour échapper au contrôle des autorités russes.

« Il a dit qu'il n'avait pas dormi depuis 24 heures et qu'il se sentait mal. Il n'a pas mangé non plus », a déclaré Eva Merkatcheva, du Conseil présidentiel russe pour les droits humains, après lui avoir rendu visite en détention. Elle a ajouté qu'il affirmait avoir reçu deux coups de poing et que des policiers s'étaient tenus debout sur sa poitrine.

L'organisation Reporters sans frontières a averti que cette arrestation pourrait marquer « une escalade significative dans la persécution » des journalistes indépendants en Russie.

A (ré)écouter : L’information d’État, de la Russie à la Hongrie


La communauté des journalistes russes mobilisée

Lors de l'arrestation d'Ivan Golounov, vendredi, des dizaines de journalistes avaient manifesté devant le siège du ministère de l'Intérieur à Moscou, certains d'entre eux avaient été brièvement arrêtés. Ce samedi, la communauté journalistique restait mobilisée.

Avec notre correspondant à Moscou,  Étienne Bouche

Devant le tribunal, la température est caniculaire. Les journalistes attendent nombreux des nouvelles de leur confrère de Meduza. D’autres sont simplement venus lui exprimer leur solidarité. L’inculpation d’Ivan Golounov suscite une sérieuse préoccupation.

« Déjà l’année dernière, des journalistes ont été poursuivis pour " justification du terrorisme " – trois affaires de ce type sont en cours –, mais on n’avait pas encore eu le droit au coup de la drogue, et fait de façon si grossière. C’est arrivé en Tchétchénie, et voilà que ce procédé est arrivé jusqu’ici, ce qui est un défi lancé à toute la communauté journalistique », commente Igor Iassine, coprésident du Syndicat des journalistes.

Discréditer quelqu’un en l’accusant de trafic de drogue, la méthode est bien connue en Russie, mais jusqu’à présent elle ne s’appliquait pas aux journalistes. L’arrestation d’Ivan Golounov a suscité une mobilisation inhabituelle et au-delà de la capitale. Une affaire qui, fait rare, fédère la profession.

« Il est important de noter que même des journalistes travaillant pour des médias d’État ou réputés loyaux à l’égard du pouvoir considèrent que ce n’est pas normal, que cette affaire est scandaleuse », ajoute Igor Iassine.

Dans ce genre d’affaires, difficile d’identifier une quelconque signature. Les soutiens de Golounov espèrent que le pouvoir, qu’il soit impliqué ou non, osera faire machine arrière face à mobilisation, quitte à perdre la face.

 

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