République

À Prague, une manifestation monstre pour la démission du Premier ministre

Selon les organisateurs, 250.000 personnes ont manifesté ce dimanche 23 juin à Prague.
Selon les organisateurs, 250.000 personnes ont manifesté ce dimanche 23 juin à Prague. REUTERS/Milan Kammermayer

Plusieurs dizaines de milliers de personnes se sont réunies ce dimanche 23 juin à Prague pour appeler à la démission du Premier ministre tchèque Andrej Babis, soupçonné de fraude aux subventions européennes.

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Avec notre envoyée spéciale à Prague, Anastasia Becchio

L’immense esplanade qui longe le parc Letna, haut lieu de la contestation il y a 30 ans, est ce dimanche 23 juin noire de monde. Les organisateurs et les médias parlent de 250 000 personnes. De la foule d’hommes, de femmes et d’enfants dépassent des drapeaux tchèques et européens. L’ambiance est bon enfant. Beaucoup sont venus avec des panneaux ou des banderoles humoristiques.

Acteurs de la société civile, artistes et musiciens se relaient sur scène. Deux noms reviennent : ceux du chef du gouvernement Andrej Babis et de sa ministre de la Justice Marie Benesova, accusée de le protéger de toute poursuite judiciaire. Le chef du gouvernement, deuxième homme le plus riche du pays, est sous le coup d'enquêtes pour fraude aux subventions européennes et conflits d'intérêts présumés.

« On est au centre de l’Europe, ça ne doit pas être le Far West. Il veut gouverner le pays comme on gouverne une entreprise », s’inquiète un manifestant. Teresa Capalova est venue avec son mari du sud de la Moravie. C’est sa première manifestation à Prague. « Nous avons deux enfants, dit-elle, et nous leur apprenons que ce n’est pas bien de voler. Or notre Premier ministre a volé des millions ».

Régulièrement, la foule scande « démission », mais personne ne se fait d’illusion. Même si la manifestation de ce dimanche est la plus importante depuis la révolution de velours il y a 30 ans, le Premier ministre continue de clamer qu’il n’a rien à se reprocher. Les manifestants le savent : leur combat sera encore long.

Je ne suis pas naïve, je ne pense pas qu’il va démissionner après cette manifestation, mais je voudrais qu’il se sente un peu plus nerveux. On veut lui montrer que de nombreuses personnes ne le considèrent pas comme notre Premier ministre et que tout le pays n’est pas derrière lui. Il a volé de l’argent européen et maintenant quand la police dit qu’il doit être poursuivi pour cela, il change son ministre de la Justice et il installe une dame qui est l’un de ses soutiens les plus importants. J’ai le sentiment que notre justice est en danger pour cette raison. Je ne veux plus être passive. Je ne veux pas être de ceux qui ne font que se plaindre dans leur coin et ne font rien pour changer les choses.

Témoignage de Katarina: «On veut lui montrer que de nombreuses personnes ne le considèrent pas comme notre Premier ministre»

Pour David Ondracka, directeur de Transparency International à Prague, cette manifestation est l’une des plus importantes depuis la fin du communisme. Une manifestation « positive », selon lui. Les Tchèques disent non à « une "orbanisation" de la République tchèque » et réclament un « pays démocratique avec une séparation des pouvoirs », analyse-t-il.

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