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Italie

La capitaine Carola Rackete, héroïne pour les uns, «emmerdeuse» pour les autres

La capitaine du «Sea Watch III», Carola Rackete, a été arrêtée après avoir accosté à Lampedusa, le 29 juin 2019.
La capitaine du «Sea Watch III», Carola Rackete, a été arrêtée après avoir accosté à Lampedusa, le 29 juin 2019. REUTERS/Guglielmo Mangiapane
Texte par : RFI Suivre
4 mn

Carola Rackete, la capitaine du « Sea-Watch III », a été arrêtée samedi matin après avoir accosté de force dans le port de Lampedusa pour faire débarquer 40 migrants secourus il y a 17 jours au large de la Libye. Son arrestation suscite de vives réactions, tant chez ses détracteurs que chez ses défenseurs, alors que la capitaine risque gros.

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Carola Rackete connaîtra toutes les accusations pesant contre elle lundi, lors de son premier interrogatoire par un juge du parquet d'Agrigente, en Sicile. On sait qu'elle est accusée de « résistance à un bateau militaire italien » qu'elle a heurté en accostant de force dans le port de Lampedusa. Un délit passible de trois à dix ans de réclusion.

Elle est aussi mise en examen pour aide à l'immigration illégale et là, la peine maximum prévue est de 15 ans de prison. Mais elle pourrait également être poursuivie pour tentative de naufrage, pointe notre correspondante à Rome, Anne Le Nir.

Une situation délicate donc pour « la capitaine courage » comme la surnomment ceux qui la soutiennent en Italie. Des partis et intellectuels de gauche aux associations humanitaires, qui rappellent tous que l'assistance en mer à des personnes en détresse est une obligation. Matteo Salvini, lui, jubile. Il a obtenu ce qu'il désirait : son arrestation et la saisie du navire.

« Un acte de guerre »

Le ministre italien de l'Intérieur, qui l'a qualifié d' « emmerdeuse », n'a pas de mots assez durs pour qualifier l'acte de Carola Rackete, comme dans ce message, posté par le ministre sur sa page Facebook. « C'est un acte criminel, un acte de guerre », tonne-t-il.

« Elle a été arrêtée à Lampedusa. La justice italienne a 48h pour décider si elle reste en prison ou pas, poursuit le leader d’extrême droite. Si sa détention est confirmée, comme je l’espère, il y aura un procès et cette jeune dame va passer son temps derrière les barreaux. Dans le cas contraire, un ordre d'expulsion est déjà prêt au ministère de l'Intérieur et elle sera renvoyée par le premier avion à destination de Berlin. »

Des enquêtes contre Salvini

Pour sa part, le porte-parole de l'ONG Sea Watch, Ruben Neugebauer, défend une tout autre vision juridique. « Nous voulons souligner que Carola Rackete a agi dans le strict respect du droit international de la mer. Elle a sauvé des personnes en détresse et les a amenés dans un port sûr », explique l’humanitaire.

« En revanche Matteo Salvini a privé ces personnes de leur liberté pendant plus de deux semaines en les empêchant d'accoster, précise Ruben Neugebauer. À deux reprises, des enquêtes ont été lancées contre monsieur Salvini accusé de privation de liberté. Il a pu les éviter seulement grâce à son immunité. Donc il faut regarder de très près pour savoir qui enfreint la loi et qui ne fait que son devoir de capitaine. »

Carola Rackete se dit prête à aller en prison et à défendre devant les tribunaux son acte qu'elle estime « juste ».

Indignation en Allemagne

Du côté du gouvernement allemand, relate notre correspondante à Berlin, Emmanuelle Chaze, on demande des clarifications rapides sur les charges exactes retenues à l'encontre de Carola Rackete. Heiko Maas, le ministre des Affaires étrangères a souligné que sauver des vies était un devoir humanitaire et que les secours en mer ne devaient pas devenir hors la loi.

Le cas Rackete n'est pourtant pas isolé, en 2017 déjà, une autre capitaine allemande de Sea Watch, Pia Klemp, était sous le coup d'une enquête des autorités italiennes pour avoir secouru des migrants en mer Méditerranée et encouragé l'immigration illégale. Elle est toujours en attente de son procès.

Pour l'heure en Allemagne, des manifestations de soutien à Carola Rackete s'organisent dans les grandes villes, comme ce dimanche devant le consulat italien à Francfort.

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