Turquie / Société

Turquie: dispersion violente de la marche des fiertés interdite à Istanbul

La police anti-émeute a utilisé des gaz lacrymogènes pour disperser les militants LGBT alors qu'ils tentaient de se rassembler pour la marche des fiertés, dans le centre d'Istanbul, le 30 juin 2019.
La police anti-émeute a utilisé des gaz lacrymogènes pour disperser les militants LGBT alors qu'ils tentaient de se rassembler pour la marche des fiertés, dans le centre d'Istanbul, le 30 juin 2019. REUTERS/Murad Sezer TPX IMAGES OF THE DAY
Texte par : RFI Suivre
3 mn

En Turquie, ce dimanche 30 juin, la police a une nouvelle fois tiré des gaz lacrymogènes sur des militants LGBT qui défiaient l'interdiction de défiler à Istanbul pour la marche des fiertés. Organisée depuis 2003, la marche avait été interdite cette année encore, pour la cinquième année consécutive. En fin d’après-midi, des milliers de personnes se sont malgré tout rassemblées dans le centre d’Istanbul, dans des rues proches de la place Taksim, avant d’être dispersées par les forces de police.

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Avec notre correspondante à Istanbul, Anne Andlauer

Deniz, 27 ans, agite un drapeau arc-en-ciel devant une rangée de policiers. C’est sa dixième marche des fiertés à Istanbul et la cinquième sous le coup d’une interdiction. Cela ne décourage pas la jeune femme : « Nous serons là chaque année. Nous devons nous montrer, nous sommes fatigués de nous cacher. Au quotidien, nous ne pouvons pas nous promener tranquillement, nous recevons des remarques. Un jour ou l’autre, il faudra bien qu’on nous accepte. Et pour qu’on nous accepte, nous devons lutter pour cette marche ».

Un groupe « socialement répréhensible »

Cette année, non seulement les participants n’ont pas eu le droit de défiler dans le centre d’Istanbul, mais la préfecture a rejeté toutes les alternatives, y compris une esplanade dédiée aux rassemblements. Le vice-préfet a même parlé des LGBT comme d’un groupe « socialement répréhensible ».

Pour Baran, c’est la preuve que l’interdiction n’a rien à voir avec la sécurité, comme l’affirment les autorités : « D’année en année, le pouvoir use d’un discours de plus en plus discriminant, qui divise la société. Il interdit ce que nous sommes. Il nous oblige à nous rassembler dans des rues étroites où la police nous attaque ».

Un espoir nouveau avec l’opposant Ekrem Imamoglu

Seule bonne nouvelle pour Selin, une autre participante : l’élection, le 23 juin, de l’opposant Ekrem Imamoglu à la tête d’Istanbul. « Nous n’avions plus d’espoir, dit-elle, et cette élection nous a redonné une raison d’y croire. Nous nous sommes tous mobilisés pour qu’il gagne et je crois que, comme le disait son slogan, tout ira très bien. »

Alors que d’autres préfectures interdisaient la marche des fiertés à travers tout le pays, plus d’une trentaine de mairies détenues par l’opposition affichaient sur Twitter leur soutien à l’événement.

À écouter aussi : «Être contre la communauté LGBT est devenu quelque chose d'inacceptable»

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