Turquie

Turquie: le président Erdogan limoge le gouverneur de la Banque centrale

Murat Cetinkaya, gouverneur de la Bance centrale turque depuis 2016, a été démis de ses fonctions par le président Erdogan le 6 juillet 2019.
Murat Cetinkaya, gouverneur de la Bance centrale turque depuis 2016, a été démis de ses fonctions par le président Erdogan le 6 juillet 2019. REUTERS/Umit Bektas

Par un décret présidentiel publié samedi 6 juillet, Murat Cetinkaya a été remplacé par son adjoint. Le décret ne précise pas la raison de cette mesure, mais la presse économique cite des désaccords entre l’ancien gouverneur et le président Erdogan sur la question des taux d’intérêt. Cette annonce porte un coup à l’indépendance de l’institution.

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Dans sa première déclaration juste après sa nomination, Murat Uysal, le nouveau gouverneur de la Banque centrale turque s’est engagé « à continuer d’appliquer de façon indépendante les instruments de politique monétaire », rapporte notre correspondante à Istanbul, Anne Andlauer. S’il s’est senti obligé de faire cette précision, c’est que le limogeage de son prédécesseur 10 mois avant la fin de son mandat interroge une fois de plus l’indépendance de cette institution en des temps difficiles pour l’économie turque.

Depuis juillet 2018 et l’entrée en vigueur d’un régime présidentiel fort, c’est le chef de l’État qui nomme directement le gouverneur de la banque centrale. Autrefois, il était désigné par le conseil des ministres.

Pressions politiques

Les pressions politiques n’ont cessé de croître sur l’institution et son gouverneur, officiellement indépendants. Le président Recep Tayyip Erdoğan est un fervent partisan des taux d'intérêt bas pour soutenir la croissance.

Mais en septembre dernier, face à l’inflation galopante, l’institution monétaire avait relevé son taux directeur de près de six points, à 24 %, et ne l’a pas baissé depuis – malgré les appels répétés du chef de l’État. Le président turc a en effet réclamé à maintes reprises une baisse des taux d'intérêt pour relancer une machine économique fondée largement sur la consommation des ménages turcs. La Banque centrale résistait pour juguler l'inflation et redonner des couleurs à la lire, qui a perdu en 2018 près d'un tiers de sa valeur face au dollar, ce qui a favorisé l'inflation et fait entrer le pays dans la récession.

Selon la presse économique, c’est ce qui l’aurait poussé à exiger la démission du gouverneur puis, face à son refus, à le limoger.

Investisseurs échaudés

Les entreprises turques se sont endettées en dollars ces dernières années. Nombreuses sont celles qui ne peuvent plus rembourser leurs créanciers et demandent la restructuration de leurs dettes, y compris des grands groupes dans l'énergie et la construction, des secteurs clé de l'économie turque. Désormais, l'interventionisme présidentiel a atteint un tel niveau que la crédibilité de la Banque centrale pourrait en être affecté.

Ce qui ne va pas aider les investisseurs à rester ou revenir en Turquie. Des investisseurs déjà refroidi par le climat politique intérieur et...les menaces de sanctions brandies par Donald Trump pour punir Ankara d'avoir choisi la Russie pour s'équiper de missiles S-400.

Les banques centrales sont censées être indépendantes...

Hélène Rey, économiste, spécialiste des systèmes monétaires internationaux et enseignante à la London Business School.

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