Royaume-Uni

Boris Johnson compose un cabinet d'eurosceptiques pour faire aboutir le Brexit

Le nouveau Premier ministre britannique Boris Johnson à son arrivée au 10 Downing Street, à Londres, le 24 juillet 2019.
Le nouveau Premier ministre britannique Boris Johnson à son arrivée au 10 Downing Street, à Londres, le 24 juillet 2019. Isabel Infantes / AFP

Le jour tant attendu est arrivé pour Boris Johnson. Le trublion du Parti conservateur a été reçu ce mercredi après-midi au Palais de Buckingham par la reine Elisabeth II qui lui a officiellement confié la tâche de former le nouveau gouvernement britannique, avec pour mission de faire aboutir le Brexit. Et c’est d’ailleurs l’une des premières promesses qu’il a faites devant Downing Street dans son discours d’arrivée.

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Boris Johnson a pris ses fonctions de Premier ministre mercredi après-midi. Après le traditionnel rendez-vous avec la reine, qui l'a chargé de former un gouvernement, il a présenté devant le 10 Downing Street ses priorités, en premier lieu bien sûr le Brexit : le pays quittera l'Union européenne sans tergiversations, le 31 octobre, a redit Boris Johnson, qui a l'intention de négocier un nouvel accord avec Bruxelles.

Mais en cas de refus, le nouveau Premier ministre promet que le pays sera prêt à un Brexit sans accord. La nouvelle équipe s'est mise en place, les premières nominations ont été annoncées en début de soirée, et le remaniement attendu s'est révélé être un renouvellement en profondeur du gouvernement. En effet presque tous les principaux ministres de Theresa May ont démissionné ou ont été remerciés par Boris Johnson.

Ligne dure

Sans surprise, le nouveau Premier ministre a construit une équipe eurosceptique de partisans résolus du Brexit. À l'image de Dominic Raab, nommé ministre des Affaires étrangères. Cette étoile montante du parti conservateur avait été secrétaire d'Etat au Brexit dans l'équipe de Theresa May. Il jouera un rôle de premier plan, car il est aussi nommé Premier secrétaire d'État - en quelque sorte Premier ministre délégué.

Le ministère de l'Intérieur revient à une personnalité controversée, Priti Patel. Ancienne secrétaire d'État de Theresa May elle avait été contrainte à la démission après avoir mené des discussions avec de hauts responsables israéliens sans en avertir la Première ministre et en lui dissimulant ensuite certaines informations.  Très conservatrice, elle a publiquement défendu la peine capitale avant de se rétracter. Elle remplace à l'Intérieur Sajid Javid, « Brexiter » convaincu, qui devient ministre des Finances.

Mais d'autres Brexiters convaincus ont eux été renvoyés, comme Liam Fox. Parmi ceux qui restent, Steven Barclay conserve un poste clé, celui de secrétaire d'État au Brexit. Il y aura donc une continuité de forme dans les relations avec Bruxelles pour conclure le divorce. Michael Gove, tour à tour ami, ennemi et rival de Boris Johnson reste à ses côtés au sein du cabinet mais sans portefeuille et promotion inespérée pour Jacob Rees-Mogg : l’ultra-brexiter est chargé des relations du gouvernement avec le Parlement.

Dominic Cummings, le plus clivant

Enfin Dominic Cummings, qui était le directeur de la campagne pour le Leave au moment du referendum, doit devenir l'un des deux principaux conseillers du nouveau Premier ministre, même s'il n'obtient pas de portefeuille ministériel.

À 47 ans, celui qualifié de personnalité « clivante » par des députés britanniques a déjà eu les honneurs de la télévision en devenant début 2019 la vedette d’un téléfim sur le Brexit – avec un des comédiens les plus célèbres du pays, Benedict Cumberbatch, pour l’incarner.

Sa décision de délaisser les traditionnels meetings politiques et de mener la campagne « Vote Leave » en se concentrant sur sur les réseaux sociaux et la collectes de données personnelles a sans doute été décisive pour le succès du « Oui » au referendum de 2016. Mais, depuis, la commission électorale a condamné l'organisation à 61 000 livres d’amende pour dépassement du plafond des dépenses autorisées et pour s’être allié en secret avec une autre campagne pro-Brexit. Ses méthodes aussi ont été mises en cause.

Ce qui n’empêche pas celui qui était déjà directeur de stratégie du parti conservateur au début des années 2000 de copieusement insulter depuis trois ans ses anciens collègues (« crétins », « idiots utiles », « tumeurs ») et plus largement les plans de Theresa May pour quitter l’Union européenne. Un de ceux qui a fait la campagne Vote Leave aux côtés de Dominic Cummings promet du sang sur les murs à son retour dans les allées du pouvoir.

Remaniement éclair

En se débarrassant de plus de la moitié du cabinet le message est clair et brutal : l’équipe précédente était divisée et a échoué. Boris Johnson entend diriger à l’inverse un gouvernement absolument déterminé et uni autour de la promesse de quitter l’UE pour Halloween, advienne que pourra. Une décision qui n’est pas sans risque, car le nouveau dirigeant remplace des ministres expérimentés par une nouvelle génération peut-être plus vulnérable.

Mais la volonté et le calcul de Boris Johnson derrière ce bouleversement est de remodeler un gouvernement ainsi qu’un parti conservateur à son image car il sait qu’il n’aura pas de seconde de chance et que, s’il veut réussir le pari du Brexit, il va lui falloir être fidèle à sa réputation et prendre des décisions audacieuses voire radicales.

Pour le politologue Tony Travers, de la London School of Economics, c'est une équipe à la droite du parti conservateur, avec une ligne dure sur le Brexit pour peser sur Bruxelles.

Il a mis en place une équipe très pro-Brexit et beaucoup de membres du gouvernement sont non seulement pro-Brexit, mais soutiennent une sortie sans accord si besoin. C'est le point sur lequel ils s'engagent en quelque sorte. Ils pensent à tort ou à raison que l'Union européenne ou les dirigeants de Berlin et Paris voudront éviter une sortie sans accord et qu'ils obtiendront un changement.

Tony Travers

Un discours censé donner le ton et la direction de son mandat

Boris Johnson a endossé le costume de chef de gouvernement tout en ayant soin de garder son style inimitable de tribun évangéliste. Dans une longue logorrhée verbale, à certains moments difficile à suivre et désordonnée, il a promis de quitter l’Europe le 31 octobre sans faute avec un nouvel accord qui n’inclura pas la clause de « backstop » en Irlande du Nord, rapporte notre correspondante à Londres, Muriel Delcroix

Il a aussi assuré que si les 27 n’étaient pas disposés à négocier, le Royaume-Uni serait, lui, prêt à partir sans accord et que, dans ce cas, Londres ne paierait pas la note du divorce, car cet argent servirait à amortir un « no deal ». Le nouvel occupant de Downing Street a reconnu en passant qu’il y aurait un impact, mais moins important que ce que prédisent les « pessimistes et les Cassandre ».

Mais Boris Johnson a aussi voulu montrer qu’il avait une vraie vision pour le pays au-delà du Brexit et consacré une bonne partie de son discours aux questions domestiques, promettant pêle-mêle d’unir le pays, d’augmenter les salaires, de lutter contre le changement climatique et de faire plus pour promouvoir le bien-être des animaux.

Mais ses détracteurs ont été prompts à faire remarquer que ces promesses étaient difficiles à prendre au sérieux alors que le nouveau Premier ministre n’a toujours pas indiqué de quelle façon précisément il comptait mettre en oeuvre ce Brexit. Et il est vrai, qu’au-delà de la rhétorique, aucun détail précis n’est ressorti de ce discours censé donner le ton et la direction de son mandat.

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