Drogues/Écosse

L'Écosse confrontée à une importante crise d'overdoses

Place de la mairie à Glasgow.
Place de la mairie à Glasgow. RFI/Assa Samaké-Roman

Avec près de 1 200 décès par overdose en 2018, soit une hausse de 27% en un an, l'Écosse est la nation européenne qui compte le plus de morts par usage de drogues dures. Un chiffre record dû à la consommation d'opioïdes. La situation ne cesse d'empirer. Élus écossais et associations exigent du gouvernement des mesures radicales.

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Un lundi matin d’été sous la grisaille de Glasgow, le centre-ville est animé. Les touristes font les boutiques, les musiciens de rues entonnent des reprises. Il est facile de ne pas voir que c’est dans la plus grande ville d’Écosse qu’il y a le plus grave problème de décès par overdose : l’an dernier, 394 Glaswégiens ont perdu la vie. Chiffre issu d'un rapport publié en juillet 2019 par le gouvernement écossais. « Tellement de gens en Écosse n’en ont aucune idée », se désole Austin Smith, de l’organisation Scottish Drugs Forum, qui forme les professionnels qui s’adressent aux utilisateurs de drogues et travaille en partenariat avec d’autres associations. « Nous n’avons jamais vu des chiffres aussi hauts, et la situation s’empire exponentiellement. » Le Scottish Drugs Forum estime qu’aujourd’hui, 55 000 personnes en Écosse ont un usage problématique de drogues.

Les drogues injectables et les benzodiazépines font des ravages

Historiquement c’est l’héroïne, drogue qui s’injecte, qui est la première cause de cette tragédie. Mais désormais, il faut ajouter la cocaïne et ce qu’on appelle les benzodiazépines des rues (notamment le faux Valium, un antidépresseur). L’immense majorité des victimes ne consomme pas une, mais plusieurs de ces drogues, souvent combinées à celle dont on parle trop peu, que ce soit en Écosse ou en France : l’alcool. « Le problème avec les benzodiazépines des rues, explique Austin Smith, c'est qu’elles sont fabriquées à l’étranger et qu’elles sont achetées en grandes quantités, donc elles sont peu chères. Les dosages sont aléatoires, et les usagers en prennent beaucoup : 40 voire même 60 comprimés par jour. »

Après des années de consommation, forcément, la santé des usagers décline rapidement. C’est une cohorte âgée de plus de 30 ans qui forme le plus grand nombre de victimes. Malheureusement, à cause de la stigmatisation à laquelle ces personnes doivent faire face, elles hésitent à demander de l’aide. De plus, l’usage des drogues n’est pas dépénalisé en Écosse. Mhairi McKean, qui dirige à l’association Waverley Care une équipe venant en aide aux personnes dans les rues, regrette cette stigmatisation. « Les usagers de drogues en consomment pour survivre, pas juste pour le plaisir. Il est temps que nous envisagions cela comme une problématique de santé publique ». Pour les personnes qui seraient tentées de porter un jugement moral sur celles et ceux qui luttent contre l’addiction, Mhairi McKean rappelle que « nous sommes tous usagers de drogues, à différents niveaux. Certaines personnes vont avoir besoin d’un grand verre de vin en rentrant chez elles le soir, d’autres d’antidépresseurs. Ce qui fait la différence, c’est d’avoir des réseaux de soutien autour de soi », notamment une famille sur qui compter. Nombreux sont les usagers qui n’ont pas ce soutien, parfois depuis le plus jeune âge.

Risque de contamination par le VIH

Waverley Care est dédiée à la lutte contre le VIH et l’hépatite C. Les utilisateurs de drogues par injection y sont particulièrement exposés : en effet, en échangeant les seringues, le risque de contamination est particulièrement élevé. D’ailleurs, Glasgow a connu une recrudescence des contaminations, avec 100 nouveaux cas de VIH détectés entre 2015 et 2017, dont beaucoup de personnes sans-abris. C’est la raison pour laquelle des mesures dites de réduction des risques sont prises, notamment un programme d’échange d’aiguilles usagées contre des aiguilles neuves, pratiqué par certaines pharmacies. Mais pour certains élus, ce n’est pas assez. Nombre d'entre eux réclament des salles de consommation à moindre risque, plus connues sous le nom de salles de shoot. La députée de Glasgow, Alisson Thewliss, du Parti national écossais (SNP), est une fervente militante de cette cause. « Nous devons voir l'ouverture d'une salle de consommation à moindre risque comme un élément clé de toute réponse publique. J'ai écouté les experts à ce sujet et pris en compte les preuves qui ont suivi l’installation d’infrastructures similaires partout dans le monde. Les arguments en faveur d'une salle de consommation à Glasgow sont indéniables. Elle fournira un lieu sûr et hygiénique aux usagers de drogues, en étant supervisée par des professionnels de la santé. Et surtout, cela donnera aux services de santé la possibilité de s’adresser directement aux personnes qui étaient dans l’ombre et de les orienter vers un soutien supplémentaire ».

Un problème social avant tout

L’épidémie des drogues que connaît l’Écosse résulte aussi d'un problème social. L’immense majorité des personnes en situation d’addiction et qui meurent d’overdoses sont issues des 15% les plus pauvres de la société écossaise. Pour Mhairi McKean, cela prouve qu’il ne faut pas seulement de réduire les risques liés à la consommation. C’est la société entière qui doit se demander pourquoi nombre de ses membres sont abandonnés, sans opportunités, sans logement, et se tournent vers le seul réconfort qu’ils peuvent facilement trouver : les drogues. Pour elle, cela n’arrivera pas sans l’indépendance de l’Écosse. « C’est la seule manière d’avancer. Le problème est que la législation pour les drogues est réservée à Londres (elle n’est pas décentralisée à Édimbourg). Si nous devenons indépendants, alors nous pourrons avoir des réponses écossaises plus progressistes sur ce sujet ».

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